Les Flammes de la Guerre

C'est une époque sombre et sanglante, une époque de démons et de sorcellerie, une époque de batailles et de mort. C'est la Fin des Temps.
 
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 Arduilanar

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Arduilanar
L'Effrayant
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Nom: Arduilanar
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MessageSujet: Arduilanar   Jeu 16 Déc - 18:30

Bah oui, parce qu'avant d'être le nom d'un jeune prince elfe arrogant, Arduilanar était le nom d'un autre jeune prince elfe arrogant. C'est avec émotion que je perpétue le souvenir de la genèse de ce nom...
(La réalité étant que j'ai perdu le fichier original, et qu'il ne me reste plus que la version que j'avais, dans ma grande prévoyance, postée jadis sur JVC. Autrement dit, vous n'êtes pas obligés de lire, surtout que ça n'a rien à voir avec Les Fils de la Vengeance.)





Mündil I : La Forêt
Partie I : La Prophétie

Chapitre I : L'Arduilan
Les feuilles des arbres étaient d’un vert tendre ce matin là dans la grande forêt d’Eldhamün, ce vert jeune et plein de sève si caractéristique du printemps. Dans toutes les forêts elfiques revenait la verdure après un dur hiver qui avait dépouillé de leurs feuilles les grands arbres sylvestres ; le vent du nord les avait transportées jusqu’à la côte, couvrant la mer d’un tapis de feuilles dorées, au grand étonnement des Elfes marins des colonies de Myatür, qui étaient peu habitués à ce surprenant spectacle.
Les premiers bourgeons avaient éclaté voilà à peine deux jours, et toute la forêt était à présent recouverte d’un dôme végétal foisonnant où chantaient les oiseaux, comme s’ils voulaient montrer à tous la joie que leur inspirait le retour du printemps. Les elfes le célébraient à leur manière par la grande fête de l’Arduilan, dédiée au puissant dieu Arduilë, seigneur des eaux sylvestres, dont le pouvoir s’étend des gouttes de pluie ruisselant sur les feuilles aux grands fleuves qui traversent l’Eldhamün. En effet, avec le printemps arrivait le dégel, redonnant vie aux ruisseaux clairs de la forêt et réveillant le dieu endormi par les glaces qui emprisonnaient l’eau dans les montagnes grises.
Cette fête de l’Arduilan était célébrée dans toute la forêt ; mais le sanctuaire principal se trouvait dans une clairière proche de la cité elfique de Tar-Mynië, la Tour-Arbre, capitale du royaume et résidence du roi. C’était donc là que se déroulait la plus grande cérémonie, à laquelle assistaient les grands prêtres d’Arduilë et même le roi Balinorian en personne ; toute la population des villages locaux se déplaçait pour assister à la fête. Nul ne savait alors quel drame allait se produire, et de nombreux elfes affluaient vers la clairière sacrée d’Arduilë, ignorant tout de la tempête qui allait s’abattre avec une force inouïe sur ce lieu où se jouerait le destin du monde.

Les rayons solaires, traversant une percée dans l’épais feuillage sylvestre, pénétra par une fenêtre ouvragée dans la chambre du jeune fils du Seigneur Maluïn, Taenion, qui dormait profondément sur un lit de bois sculpté de centaines d’oiseaux et de fleurs. La tête du jeune elfe fut tout-à-coup éclairée par le soleil, qui dévoila un visage aux traits fins et réguliers, parfaitement proportionné et d’une grande beauté. L’adolescent ne devait pas avoir plus de seize ans ; ses longs cheveux d’un blond d’or passaient derrière des oreilles pointues, et encadraient une figure légèrement allongée, au teint bronzé. Mais le jeune elfe était tourmenté : l’angoisse se lisait sur son visage, et il s’agitait dans ses draps, cherchant à fuir ses cauchemars. « Non... Oh, pitié, non... Non, pas cela... Ce n’est pas possible! »
Taenion se réveilla en sursaut, ouvrant ses yeux d’un bleu-gris clair – le souvenir de ses lointains ancêtres venus jadis de l’Océan – et se calmant presque aussitôt. Il regarda de lui, se retourna, reconnut sa chambre à son grand soulagement, heureux d’apprendre que tout n’était qu’un mauvais rêve. Toute trace de peur avait disparu de son visage, redevenu serein. L’adolescent soupira. Ce n’était pas la première fois qu’il rêvait de cela, mais tout avait paru tellement vrai cette fois-ci... Il avait vu... Il avait vu la forêt de l’Eldhamün parcourue de flammes, consumée tout entière par un terrible brasier, les arbres millénaires réduits à l’état de cendres... Il avait entendu les cris de son peuple, des cris de terreur et de désespoir devant les invraisemblables colonnes de fumée noire qui recouvraient le ciel d’un épais manteau de suie... Son rêve avait commencé comme à chaque fois, par une vision de la forêt vide et silencieuse, puis par un incendie se déclarant tout-à-coup. Les elfes se mettaient alors à crier, implorant un certain « Mündil » de les aider. Mündil, qui signifie « défenseur de la forêt ». Son rêve s’arrêtait là, et il se réveillait à chaque fois passé ce moment. Taenion se demandait qui cela pouvait être : Eïdos, le grand dieu sylvestre ? Arduilë, un autre dieu très puissant ? Non, il ignorait qui était ce Mündil, mais eut l’étrange impression qu’il ne tarderait pas à le savoir. Il se leva et regarda par la fenêtre qui surplombait la forêt toute proche.
# Son rêve devint tout à fait invraisemblable à ses yeux quand il vit le paysage somptueux qui l’entourait. Peut-on croire aux cauchemars devant le soleil éclatant d’un matin de printemps, devant ce dôme de feuilles vertes parcouru des chants des oiseaux ; comment penser à la fatalité et à la douleur devant la splendeur et la majesté du royaume sylvestre d’Eldhamün, la plus grande et la plus belle des trois forêts peuplées d’Elmünon ; est-ce seulement possible ? Taenion chassa donc de son esprit les noirs souvenirs de la nuit passée. Il savait qu’il avait attendu ce jour depuis longtemps, mais il ne savait plus pourquoi. Puis il se rappela enfin que ce jour était celui de l’Arduilan, la fête du printemps. Il espérait que rien ne troublerait la cérémonie, car des Morgiolon (ces ignobles créatures des ténèbres à la peau noire et aux yeux rouges) avaient été aperçus à la lisière de la forêt une semaine plus tôt par les gardes qui patrouillaient près de la frontière nord – Thirdian, dont le frère était soldat, le lui avait appris quelques jours auparavant. Ils avaient vu une meute entière de ces monstres, et avaient aussitôt donné l’alerte; mais les Morgiolon avaient disparu et ne purent être retrouvés. Cet événement avait provoqué l’émoi du peuple elfique, car on n’en avait plus vu depuis les Grandes Guerres des Elfes noirs. Comme le lui avait appris son Sogilon (mot à mot : maître de sagesse ; équivalent d’un enseignant particulier), ces guerres avaient opposé plus de cinq siècles auparavant les terribles Elmorgion descendus du nord et leurs cousins sylvestres. Le grand-père de l’adolescent avait combattu pour la sauvegarde du royaume, et avait dû affronter des armées entières de monstres ; les elfes noirs, peu nombreux, les utilisaient pour former la majeure partie de leur ost. Les batailles étaient meurtrières, car les Morgiolon, armés seulement de leurs griffes et de leurs crocs, se jetaient par milliers sur des soldats elfes, bien entraînés mais qui avaient du mal à tenir debout devant le flot de fureur de leurs ennemis ; les pertes étaient nombreuses des deux côtés, mais les elfes avaient fini par remporté une victoire majeure et massacré des milliers de créatures ; les rares survivants de cette race maudite avaient disparus sans qu’on les retrouve, d’où l’étonnement et la peur qu’avait suscités leur apparition, même brève, aux abords de la forêt et à si peu de temps de l’Arduilan. D’autant plus que, n’ayant pu être retrouvés, il était tout à fait possible qu’ils aient pénétré à l’intérieur même de la forêt, et qu’ils attendent dans l’ombre le moment propice pour lancer leur attaque…
Taenion ne put réprimer un frissonnement tandis qu’il faisait l’inévitable rapprochement entre les créatures et son cauchemar. « Mais non, se rassura-t’il, les Morgiolon ne pourraient pas venir à bout des elfes de la forêt, et encore moins mettre le feu à l’Eldhamün ! Leurs attaques ont déjà étaient repoussées, et nous connaissons maintenant nos ennemis. Pour autant que je le sache, ces êtres n’ont rien de civilisé, malgré leur apparence humanoïde ; aucun d’entre eux ne serait capable de tenir à la main une épée, alors de là à allumer un incendie ! Non, le véritable danger ne peut venir d’eux.» Comme on le verra plus tard, Taenion se trompait lourdement ; mais il ignorait encore tout des artifices de ses ennemis, et chassa de son esprit une fois de plus ses sombres pensées.
L’adolescent se leva et s’habilla pour la fête. Il enfila une chemise et un pantalon de fin tissu blanc, rehaussés aux extrémités de broderies d’argent. Il mit aussi des bottes légères – elles aussi en tissu blanc, quoique plus épais – et, sans doute encore un peu angoissé par son rêve, décida de cacher dans sa botte droite un petit poignard argenté qui lui avait – jusque-là – porté chance. Il se rappelait encore avec joie comment il était entré en sa possession : son Diralon, son maître de combats, était particulièrement fier des progrès faits par son élève, et notamment à l’épée ; il en avait fait part au seigneur Maluïn qui, très impliqué dans les affaires du royaume, voyait rarement son fils, et décida donc de le récompenser par un poignard effilé fabriqué par un forgeron réputé de Gial-Nivë, la cité qui abritait la plus grande forge d’Eldhamün. Taenion avait eu la joie, en rentrant chez lui, de trouver ce cadeau dans sa chambre accompagné d’un message : « Félicitations pour tes progrès. J’ai pensé que ceci pourrait t’être utile. » Il le conservait précieusement depuis. Il savait parfaitement, grâce à son excellente instruction, que le port d’armes était interdit dans les sanctuaires car ce geste était considéré comme un blasphème et une offense faite aux dieux, car comme le disait son Sogilon : « As-tu donc si peu confiance dans les dieux, que tu doives venir armé jusque dans leur sanctuaire ? » La punition était sévère pour ceux qui contrevenaient à la règle ; néanmoins il répugnait à se trouver sans protection devant l’éventuel danger que soit menée une attaque contre les elfes durant la cérémonie. Il tenta donc de dissimuler son poignard autant qu’il lui était possible à l’aide de son pantalon, puis sortit de sa chambre.
Il traversa d’un pas léger un long couloir orné de fresques représentant Baldir, grand roi elfique qui avait mené son peuple vers les forêts du continent, et avait trouvé la mort en combattant les elfes noirs lors de la Guerre de la Longue Nuit, qui était antérieure de dix siècles aux Grandes Guerres et avait fini par rejoindre le domaine de la légende. Taenion ne prêta aucune attention à cette œuvre sublime, et entra dans la salle de réception. C’était une vaste salle circulaire, construite par son grand-père Pegalio Maluïn (celui-là même qui avait participé cinq siècles plus tôt aux batailles contre les Elmorgion), dont les murs étaient peints de scènes sylvestres en trompe-l’œil, de telle manière qu’on se croie au milieu de la forêt ; aucun détail ne manquait, depuis les fougères jusqu’aux cerfs sauvages en alerte, en passant par les champignons d’automne et la mousse sur les rochers. La voûte circulaire ouverte en son milieu pour laisser pénétrer la lumière du jour et placée au-dessus de la salle renforçait l’illusion ; elle était soutenue par des colonnes de bois sculptées en forme de troncs, et qui portaient des torches que l’on allumait pour les banquets nocturnes. Au centre de la pièce se trouvait une table en demi-cercle où s’asseyaient les convives lors des festins et sur laquelle étaient posées des corbeilles de fruits et de fleurs. Taenion saisit une pomme, qu’il mangea sans s’arrêter de marcher, et franchit une nouvelle porte en n’accordant qu’un bref regard au magnifique décor qui l’entourait.
L’adolescent se trouvait à présent dans le vestibule. Le toit en demi-cylindre était recouvert d’un treillis fait de branches entrelacées qui soutenait des lierres – il peut sembler étrange qu’une plante pousse ainsi, sans eau ni terre, mais les Elmünon usaient de leur affinité avec la nature et de leurs pouvoirs pour faire vivre les végétaux à partir de quasi-rien. Encore une fois, Taenion traversa rapidement la pièce, et poussa la lourde porte de bois ouvragé qui était gardée à l’extérieur par deux guerriers, Faennien et Thirdian – celui-là même dont le frère était soldat. Leur rôle principal était la protection de la demeure et de la vie de Taenion et son père ; mais ils représentaient surtout une intarissable source d’informations et de nouvelles en tout genre pour l’adolescent qui vivait un peu coupé du monde extérieur. Ils étaient tous deux grands et minces ; leurs cheveux blonds dépassaient de leurs casques, et leurs armures de plaques argentées ornées de l’aigle des Maluïn scintillaient sous le soleil du printemps.
- Gloire et honneur sur votre nom à jamais, seigneur Taenion ! dirent les gardes en s’inclinant respectueusement.
- Bonjour à vous, Faennien et Thirdian, dit le jeune elfe en s’arrêtant. Quelles sont les nouvelles du royaume ?
- La meute des Morgiolon n’a pas reparu, dit Faennien ; les patrouilles des soldats sont allées jusqu’à trois jours de marche au nord et à l’est, mais n’ont rien trouvé. Certains ont peur que les monstres aient pénétré dans la forêt, et réclament l’annulation de l’Arduilan.
- Heureusement, le roi a refusé tout net, poursuivit Thirdian ; il a tout de même décidé de poster des gardes aux alentours du sanctuaire, par mesure de précaution.
- Effectivement, il vaut mieux prévenir que guérir… Cela me semble être une mesure juste et prudente, comme nous en avons l’habitude. Et mon père ? Est-il parti depuis longtemps ? demanda l’adolescent.
- Non, seigneur, il a quitté la demeure il y a une demi-heure à peine.
- Alors tant mieux, je ne suis pas trop en retard. Eh bien, à plus tard ! » fit Taenion qui repartait déjà en courant, laissant les deux gardes soupirer à propos de la conduite des jeunes gens.

La demeure des Maluïn avait été construite cinq siècles plus tôt à l’écart de Tar-Mynië, sur un arbre gigantesque qui entourait la maison de ses branches, et qui lui avait conféré cet aspect un peu étrange que l’on pouvait remarquer ; en effet, les occupants avaient du agrandir la demeure au fil du temps selon leurs besoins, mais également pour continuer à profiter de la lumière du soleil à mesure que l’arbre grandissait et faisait de l’ombre. Ces conditions un peu particulières faisaient regorger la maison d’escaliers, de passerelles, de tours et de raccords entre les pièces de différentes hauteurs ; mais le manoir et son support formaient malgré tout un ensemble parfaitement harmonieux.
Taenion descendit à toute vitesse l’escalier couvert enroulé tel un serpent autour du tronc, et emprunta un sentier forestier qui se dirigeait vers le sanctuaire d’Arduilë. Il ralentit sa course au fur et à mesure qu’il s’enfonçait dans la forêt, forcé au respect par la sérénité des lieux. Des arbres millénaires bordaient le chemin, des fougères luxuriantes et des fleurs sylvestres recouvraient le sol de la forêt d’un tapis vert moucheté d’or et d’argent. Seuls les oiseaux troublaient ce calme de leurs chants joyeux et entraînants. Taenion aimait cette forêt, s’y sentait chez lui. C’était sa patrie, presque « son » royaume ; et rien ni personne, pensait-il alors, ne pourrait l’en séparer.
L’adolescent croisa à plusieurs reprises des elfes qui se dirigeaient eux aussi vers la clairière sacrée ; ils étaient également vêtus de blanc, et ne prononcèrent aucun mot car tous se taisaient par respect envers la calme beauté de ce lieu d’harmonie et de paix – sans se douter que tout cela ne serait que d’une courte durée avant que la tempête ne se déchaîne. Il reconnut parmi eux les villageois de Fanlorian, reconnaissables aux couronnes de fleurs qu’ils portaient dans les cheveux ; ceux de Glaomian qui, fait étrange chez les Elmünon, étaient majoritairement bruns ; également ceux venus des villes plus éloignées : ceux-là avaient des chaussures recouvertes de la fine couche de poussière caractéristique des routes qui traversent l’Eldhamün.

Taenion marcha ainsi environ une demi-heure sur le sentier forestier qui longeait le ruisseau sacré, dont on pouvait entendre le doux clapotis, qui s’intensifiait au fur et à mesure qu’il s’approchait de sa destination ; puis, enfin, il arriva au grand sanctuaire. Cinq cents elfes de toute la forêt se tenaient déjà dans une vaste clairière sur laquelle débouchaient de nombreux sentiers semblables à celui qu’il avait emprunté ; au milieu coulait l’Ardi Nema, le ruisseau sacré à l’eau limpide et froide; des marches de marbre blanc avaient été disposées pour pouvoir descendre jusqu’à lui. Au centre se tenait le roi, entouré des nobles du royaume, reconnaissables aux broderies d’argent sur leurs vêtements ; le jeune elfe put aussi reconnaître les délégations venues de Celamün et Darlomün, ainsi que son père, à la droite du monarque, ce qui représentait un symbole de sa puissance et de son importance aux yeux du royaume. Il lui adressa un geste de la main ; celui-ci le vit, et lui répondit par un bref sourire avant de détourner son regard vers le roi ; mais pour Taenion ce sourire valait bien des paroles d’affection.
Ressentant soudain une gêne pour bouger son pied droit, il se rappela d’un coup la présence de son petit poignard dans sa botte, ce qui l’arracha à ses pensées heureuses. Il prit également conscience de la réaction qu’aurait l’assemblée si quelqu’un venait à découvrir son arme. Il se trouva stupide d’avoir transgressé les règles sacrées de l’Eldhamün. Pourquoi n’avait-il pas écouté les paroles de sagesse de son Sogilon ? Au lieu de cela, il s’était lancé droit vers une bêtise, qui risquait de lui coûter cher. Son problème le préoccupait fortement, ce qui expliqua qu’il ait eu du mal à se concentrer sur le cortège des prêtres qui avançaient vers la source en profession solennelle ; il croyait sentir des regards posés sur sa botte droite, s’apprêtant à ce que l’on crie à tout moment : « Arrêtez-le, il porte une arme ! »
Pendant ce temps, le grand-prêtre entamait la cérémonie : « Moi Narthilior, grand prêtre du dieu Arduilë, déclare ouverte en ce jour la cérémonie de l’Arduilan ! Premier jour du printemps, retour de notre dieu après un sommeil de quatre mois dans les glaces, il retrouve son pouvoir et la forêt revit avec lui ! Nous accueillons cette année nos frères – il adressa en signe en direction des émissaires des royaumes voisins – et nous nous réjouissons tous de leur présence parmi nous pour cette fête. Que ce jour soit placé sous le signe de l’amitié entre nos peuples et de la paix. » Puis le roi prit la parole : « Moi Balinorian, Grand Roi de l’Eldhamün, en ce grand jour de fête et de joie qu’est l’Arduilan, je renouvelle mon alliance avec le dieu Arduilë, par ce don fait à son ruisseau sacré, comme le fit avant moi Baldir il y a vingt siècles pour sceller le pacte éternel entre les elfes et les dieux de la forêt.» Le grand-prêtre tendit au roi le fengilcar, un rameau sacré prélevé à la forêt par les prêtres dès l’apparition de feuilles et doré à la feuille d’or par les habiles forgerons de Gial-Nivë ; le rameau était le symbole de la forêt, et la couche d’or l’action des elfes qui magnifie le travail de la nature . « Ô puissant dieu, accepte ce rameau béni, présent de la forêt et des elfes. Que par ce don soit rétablie l’alliance entre toi et les habitants de la forêt, que l’hiver brise chaque année en t’emprisonnant et en dépouillant de leurs feuilles nos arbres. »
Balinorian descendit une à une les marches de marbre, et déposa le rameau dans l’eau. Celui-ci flottait à la surface du ruisseau, car la couche d’or qui le recouvrait était très mince. Il s’éloigna un moment au gré du courant, mais soudain une brusque rafale de vent arracha l’une des feuilles dorées et la déposa sur le front de Taenion qui ne remarqua rien, préoccupé par ses problèmes. La feuille ne tomba pas, car elle était attachée au front par une fine pellicule d’eau qui la collait à la peau. Des murmures s’élevèrent dans la foule quand on remarqua cet insolite événement. Taenion sortit de ses pensées, et regarda autour de lui, légèrement inquiet ; il se demandait en effet s’ils ne venaient pas de découvrir le petit poignard caché dans sa botte droite, et sa peur grandit quand il vit s’avancer vers lui le cortège des prêtres, pensant : « Ils ont découvert le sacrilège, c’est certain ! Que vont-ils me faire ? Que va-t’il m’arriver ? »
Le grand prêtre s’approcha et lui demanda :
- Qui es-tu, garçon ?
- Je … je suis Taenion, fils du seigneur Maluïn, répondit-il d’une voix peu assurée (il croyait en effet qu’à l’issue de cet interrogatoire serait annoncée sa sentence).
- Taenion, Arduilë s’était-il déjà manifesté à toi auparavant ?
- Que…Quoi ? fit l’adolescent qui ne comprenait plus rien. Décidément, il s’attendait à tout sauf à cette question.
- Je te demande si dans le passé tu avais déjà eu des visions, des révélations faites par le grand dieu Arduilë, répéta Narthilior.
- Non…non, jamais, dit Taenion qui se rassurait peu à peu sans toutefois voir où il voulait en venir.
- C’est donc la première fois que tu es marqué par le dieu… Sache qu’aujourd’hui, le dieu t’a choisi : la feuille que tu portes sur ton front en est la preuve la plus évidente. (A ces mots, Taenion mit la main sur son front, et chercha de quoi le prêtre lui parlait ; puis, ayant reconnu du bout des doigts la feuille sacrée, la décolla et la glissa dans sa poche sans lui glisser un regard pour ne pas paraître impoli envers son interlocuteur.)C’est important, très important, fit-il à voix basse , sans doute beaucoup plus que tu ne pourrais l’imaginer. Si ce que je pense vient à se confirmer, il serait possible que tes jeunes épaules se retrouvent accablées d’une lourde et pénible tâche… Laisse-moi m’adresser à la foule ; ne dis rien tant que je ne te l’aurai pas demandé. Peuple d’Eldhamün, dit-il d’une voix forte en se tournant vers les Elfes assemblés, le très grand dieu Arduilë a aujourd’hui, en ce jour de fête qui lui est destiné, désigné cet adolescent pour qu’il soit son élu. Je ne suis pas encore sûr de ce que j’avance, mais vous devez savoir qu’il existe une vieille prophétie, écrite jadis dans le Grand Livre écrit par Baldir, qui dit ceci : “Et quand viendront les troubles, que le ciel s’assombrira des malheurs qui s’abattront sur les elfes, moi Arduilë marquerai l’un des fils d’Eïdos au nom de leur père, pour qu’il assure la destinée de son peuple devant le danger. Il sera nommé Mündil, le Défenseur, et sauvera les siens avec l’aide des dieux, bien qu’il ne s’y emploie pas de la manière dont on l’attend”. Cette prophétie s’est aujourd’hui accomplie, je le crains. Notre peuple a trouvé son protecteur, c’est vrai ; voici Taenion, fils du seigneur Maluïn : comme il est dit dans le Grand Livre, il devra désormais être appelé Mündil. Mais ne soyez pas trop prompts à vous réjouir, Elmünon : cela signifie en effet que de grands malheurs ne vont pas tarder à s’abattre sur notre peuple ; si l’on en croit la prophétie, il est même évident que …»
Il n’eut pas a la possibilité d’achever sa phrase et de révéler ainsi à tous le véritable danger qui les menaçait, car survint alors un événement inattendu – un événement qui détourna l’attention des elfes dont les regards étaient fixés sur le jeune adolescent qui venait de devenir leur défenseur – un événement presque banal face à ses conséquences, jamais égalées dans toute l’histoire d’Aggëolith, des conséquences terrifiantes et qui couvriraient le monde de ténèbres et d’horreur ; car ce geste meurtrier faisait partie d’un plan magistral minutieusement préparé, afin que nul ne puisse sortir du piège infernal qui venait de se déclencher. Une flèche empennée de noir jaillit d’entre les arbres qui bordaient la clairière, et vint se planter dans la poitrine du grand-prêtre, qui chancela un instant, tentant désespérément de finir ses mots, avant de s’écrouler, mort, sur le sol de la forêt. Quelques feuilles brunes, dernières reliques de l’hiver, s’envolèrent sous l’effet du choc et retombèrent avec légèreté sur le cadavre encore chaud. Personne n’osait parler, car tous étaient fascinés sur ce spectacle morbide qui semblait surnaturel. Le silence des elfes étonnés par les déclarations de Narthilior ne tarda pas à faire place aux cris de terreur des femmes, et aux hurlements sauvages d’une meute de Morgiolon qui, réagissant à un signal donné, pénétrèrent dans le sanctuaire en déchirant de leurs griffes les corps des malheureux qui passaient à leur portée. Déjà les plus proches des arbres étaient impitoyablement déchiquetés par les crocs et les serres des créatures ténébreuses ; et l’herbe verte de la clairière fut souillée du sang des Elmünon. Les émissaires de Celamün, tout comme ceux de Darlomün, étaient encore plus terrifiés et inquiets, car ils ne comprenaient pas ce qui se passait, se demandant si tout cela faisait – comme ils auraient voulu l’espérer – partie intégrante de la cérémonie et n’était qu’une pièce ou si –comme ils le craignaient – ils étaient vraiment attaqués. Tout laissait présager le pire pour les elfes désarmés, qui ne pouvaient guère se défendre devant le flot de furie bestiale et de haine qui se déversait sur eux avec la violence d’une tempête.
« Comment est-ce possible ? » se demanda Taenion. En quelques minutes, c’était tout son univers qui venait de s’écrouler. Il venait de recevoir un nouveau nom, un titre presque, qui l’attachait à un devoir qui lui semblait bien dur du haut de ses quinze ans – et il devait maintenant tenter de sauver non seulement sa vie, mais aussi celles de son peuple. Cela faisait trop, beaucoup trop d’un seul coup. Il tenta de remettre en ordre ses pensées : premièrement, il avait désormais la tâche de défendre la forêt et ses habitants ; deuxièmement, le grand-prêtre Narthilior qui venait de lui révéler la prophétie le concernant avait été à l’instant tué d’une flèche d’origine inconnue ; troisièmement, les monstres attaquaient les elfes désarmés dans la clairière sacrée. Tout redevint à peu près clair dans son esprit, bien que tout soit un peu trop rapide à son goût. Il choisit enfin de se lancer tant bien que mal dans la bataille qui faisait rage autour de lui. Il regarda brièvement ce qui se passait autour de lui, et fut pris d’horreur, car la vision qui s’offrait à ses yeux avait tout d’un cauchemar : des cadavres hideusement mutilés, les griffes des créatures brillantes du sang des elfes, les hurlements bestiaux des créatures tandis qu’ils massacrent ceux de son peuple ; il vit également son père qui tentait de défendre courageusement le roi et les représentants des autres royaumes, et avait déjà réussi à tuer un monstre qui gisait, mort, à ses pieds. Taenion frissonna ; le vêtement de son père était gravement déchiré en de nombreux endroits, et sa blancheur était tachée du sang qui s’écoulait abondamment de quelques blessures profondes. Mais la bravoure de son père lui donna du courage, et il sortit son arme de sa botte, bien décidé à honorer son nouveau nom – Mündil, celui qui défend la forêt. Il remarqua un monstre isolé, qui avait l’air d’un prédateur cherchant sa proie. L’elfe frissonna à la vue de l’imposante carrure du Morgiolo et des ses griffes longues de plus de dix centimètres. Mais il pensa à son père, se rappela les conseils de son Diralon, et se ressaisit. Il était bien décidé à vendre chèrement sa vie, et qu’au moins un membre manque à la meute quand elle quitterait les lieux du massacre. Il fut alors repéré par le monstre – et un sourire bestial éclaira sa face noire, dévoilant d’énormes crocs jaunâtres. Il se jeta sur l’adolescent en poussant un hurlement animal. Celui-ci eut à peine le temps de s’accroupir et de placer devant lui, défense dérisoire, son petit poignard. Il sentit la masse de la créature s’effondrant sur lui puis, plus rien. Il se releva péniblement, hagard et tremblant, les jambes flageolantes, et découvrit que le Morgiolo s’était empalé sur sa lame, s’étant rendu compte trop tard de sa présence et n’ayant pu l’éviter. Il regarda d’un air effrayé le cadavre, pensant que c’était seulement grâce à la volonté des dieux que ce n’était pas lui qui se trouvait allongé sur le sol dans une flaque rouge. Il nettoya son arme tâchée d’un sang noir et épais dans l’herbe épaisse de la clairière.
Ce combat avait exténué le jeune elfe, mais de nombreux Morgiolon étaient encore à l’œuvre, et il ne se sentait pas de taille à tous les vaincre seul. Ce fut à cet instant que deux autres monstres l’aperçurent ; et ils ne semblaient pas très heureux de voir le corps d’un de leur frère étendu sur le sol près de l’adolescent. Bien décidés à venger sa mort, ils s’élancèrent vers lui. « Trop tard, pensa-t’il tristement ; l’heure de ma mort est venue, car je ne pourrais remporter un combat aussi inégal face à deux créatures en même temps. Je remets mon destin entre les mains des dieux ; et je les rejoindrai bientôt, à moins qu’un miracle n’ait lieu. »
Le miracle arriva. Les deux Morgiolon furent stoppés dans leur course par deux flèches à empennage blanc ; ils churent lourdement sur le sol de la forêt, faisant s’envoler autour d’eux les feuilles forées qui tapissaient la clairière. A ce moment, les gardes placés par le roi aux abords de la clairière apparurent soudain d’entre les arbres et, profitant de l’effet de surprise, repoussèrent une première fois les monstres, acclamés par les elfes qui reprenaient courage. On distribua rapidement quelques armes à ceux capables d’en porter, des lances, des glaives, des arcs aux meilleurs tireurs. Les Morgiolon ne tardèrent pas à revenir à l’assaut, mais se heurtèrent cette fois à une résistance organisée. Ils enfoncèrent le premier rang de piquiers, mais les elfes en transpercèrent beaucoup sur leurs piques tandis que les archers les décimaient à distance. S’avancèrent ensuite les fantassins, pour un corps à corps meurtrier. C’était une bataille de griffes contre épées, de crocs contre lances ; les monstres déchiquetaient leurs proies, et les elfes lacéraient leurs ennemis de leurs lames dans le tumulte de la guerre. Les créatures ténébreuses perdirent rapidement l’avantage et furent repoussées petit à petit vers la forêt par les combattants qui reprenaient de plus en plus espoir à mesure qu’ils s’approchaient de la victoire. Les hurlements de terreur firent place aux acclamations et aux cris de joie ; néanmoins, cette joie était destinée à être de courte durée, et les pleurs lui succéderaient rapidement quand viendrait le moment du deuil de toutes ces morts d’innocents.
Taenion remercia mentalement les dieux de les avoir sauvés, et leva les yeux vers le ciel, soulagé et reconnaissant. Il sursauta, car ce qu’il vit le glaça de terreur, et son regard se chargea d’effroi. Car du haut d’un arbre, un archer dissimulé par les feuillages s’apprêtait à tirer une nouvelle fois – et cette fois, Balinorian était la cible du tueur.
Le roi dirigeait les troupes, et s’était placé bien en évidence, au centre de la clairière. Déjà la flèche était encochée, l’arc était bandé ; Taenion ne pouvait plus rien faire. Il suivit son instinct sans prendre le temps de la réflexion. Se jetant vers le roi dans une course mortelle, il sauta au moment où la flèche allait toucher à son but… et s’effondra, blessé à mort, sur le sol de la forêt qui l’avait vu naître.

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Amarthan Locëcundion, Fils du Dragon


Dernière édition par Arduilanar le Jeu 16 Déc - 18:54, édité 1 fois
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Arduilanar
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MessageSujet: Re: Arduilanar   Jeu 16 Déc - 18:32

Chapitre II : Les conséquences s'enchaînent

Deux jours après l’accident, Taenion ouvrit enfin les yeux. Il avait été transporté jusque dans sa chambre et allongé sur son lit ; on avait extrait la flèche qui par un véritable miracle (un de plus) n’avait pas touché le cœur, et on avait bandé son torse pour éviter les saignements. La première image qu’il vit fut le visage de son père, penché vers lui :
-Taenion ? Taenion, tu t’es enfin réveillé ! Oh, mon fils ! J’ai eu si peur !
Il le serra contre lui.
- Quel miracle… quel miracle que tu sois encore en vie, quand tant d’autres sont morts ! Les dieux veillent sur toi, mon fils…
- Que…qu’est-il arrivé ? dit l’adolescent qui reprenait ses esprits avec difficulté.
- Tu as sauvé le roi de la mort, mon fils, et jamais encore je n’avais été aussi fier d’être ton père. Je me suis demandé ce qui se passait quand je t’ai vu courir puis tomber ; je me suis approché de toi, et j’ai aussitôt remarqué que tu étais gravement blessé. Je t’ai fait porter jusqu’ici et soigner. La plaie était profonde, et le poumon était touché ; il a fallu faire appel à toute la science de grands guérisseurs pour te ramener à la vie. Voilà deux jours que je suis à ton chevet, dans l’attente de ton réveil… Mon fils, tu as été si courageux !
- Mais… qu’est-il arrivé au roi ? Je veux dire… après.
- Grâce à toi, il s’est rendu compte que sa vie était menacée ; les archers de la garde ont criblé l’assassin de flèches. Je ne sais rien de la suite car je suis rentré t’accompagner ; mais je pense que Faennien, qui a un cousin parmi les gardes du roi, pourra te renseigner dès que tu seras capable de te lever. Repose-toi maintenant, car je pense que tu en as besoin. »
Puis il sortit de la chambre, le laissant seul face à ses souvenirs. Taenion était en effet gravement tourmenté par les évènements de l’Arduilan. Cette succession trop rapide de faits graves, sans lui laisser le temps d’en prendre mesure, avait perturbé l’adolescent. Ses nuits étaient peuplées de cauchemars, et il lui arrivait souvent de se réveiller en sueur au milieu de la nuit. Heureusement, ses cauchemars finirent par disparaître à mesure qu’il se rétablissait. Ses longues journées de repos lui laissèrent le loisir de réfléchir sur la situation, et bien qu’il ne trouva pas de « solution » à tous ses nouveaux problèmes, il put se préparer, du moins mentalement, à sa nouvelle fonction. Il se demandait toujours pourquoi Narthilior avait été assassiné, et commençait à penser qu’on avait voulu l’empêcher de parler. Ce qu’il avait voulu dire resta un mystère jusqu’à l’accomplissement de ses pensées. Il se passa ainsi une semaine ; il put commencer à sortir prendre l’air dans le jardin et à reprendre des forces. Il ne vit plus son père pendant cette semaine ; mais quand il fut tout à fait remis sur pied, celui-ci revint lui parler.
- Je suis heureux de voir que tu es rétabli ; notre roi désirerait maintenant te voir, pour te récompenser de ta bravoure. Une cérémonie sera organisée en ton honneur, en même temps que les funérailles de Narthilior et de l’hommage aux victimes du jour funeste du printemps. La cérémonie aura lieu demain, dans le palais royal. Je compte sur ta présence, maintenant que tu es guéri.
- Bien sûr, père. Je serai là.
- Très bien. Profite de ce dernier jour de repos. Pour répondre à ta question de l’autre jour… fit-il juste avant de partir, l’archer que les gardes ont tué était un elfe noir, comme on aurait pu le craindre. Mais que cette pensée ne trouble point ton sommeil, ou tu me ferais regretter de te l’avoir dit. Je te laisse, nous nous verrons demain.
Taenion, avant de se rendormir, jeta un coup d’œil vers la table de chevet en bois blanc qui jouxtait son lit ; il eut la surprise d’y apercevoir un éclat doré, avant de reconnaître la feuille qui avait changé sa vie.
Le lendemain, Taenion se leva de bonne heure ; il répéta les gestes qu’il avait faits deux semaines plus tôt à l’occasion de l’Arduilan, mais sans la joie qui l’habitait ce jour-là, et avec moins de facilité de mouvements à cause de sa blessure au torse, encore douloureuse quand il bougeait trop brusquement. Il enfila cette fois-ci son armure de cérémonie, argentée et rehaussée d’or, ornée d’un aigle, symbole de sa famille depuis des siècles. Cette armure était bien plus reluisante que son armure d’entraînement, qu’il utilisait lors des séances d’escrime avec son Diralon, et qui était entaillée de coups d’épée, cabossée et ternie par l’usage intensif qui en était fait. Il mit à son côté son épée cérémonielle, dans son fourreau d’argent, et partit. Il salua en passant Faennien et Thirdian ; ceux-ci le regardèrent d’un air légèrement apitoyé, mais ne dirent rien ; car ils savaient tout du poids qui pesait maintenant sur ses épaules, et préféraient ne pas en rajouter.
Le temps était froid et humide, tout à fait différent du doux soleil observé quelques jours plus tôt ; ce temps-ci convenait mieux à la peine et au chagrin, et il était plus qu’adapté en ce jour de deuil. Taenion partit donc tristement vers Tar-Mynië, sur un sentier qui le menait à la Grande-Route, qui traversait jadis toute la forêt jusqu’à la capitale. Il avait beau inspirer profondément l’air de la forêt, il ne lui trouvait plus le même parfum qu’auparavant, car la paix et la sérénité avaient disparu, remplacées par un lourd sentiment d’angoisse qui étreignait tous les cœurs. Le chemin qu’il avait emprunté était désert ; mais quand il arriva, après une demi-heure de marche, à la Grande-Route, il rencontra de nombreux convois de marchandises venus de toute la Grande-Forêt, et même des Terres humaines. Des chariots tirés par de puissants chevaux transportaient la nourriture des régions sud, du gibier, des fruits, mais aussi celle des champs de l’orée nord : des céréales, des légumes… Des voyageurs de contrées lointaines empruntaient également cette route : des elfes des royaumes voisins de Celamün et Darlomün, mais aussi des Elmaron, reconnaissables à leurs habits bleus, quelques marchands humains venus vendre le minerai de métal qu’ils récoltent dans les montagnes et dont on fait les armures les plus solides, et même une délégation d’émissaires des Royaumes du Sud, vêtus de brun sombre et armés de longs sabres courbes, venus discuter de la paix avec les Elmünon.
Taenion les regarda, un peu surpris et même apeuré ; les Hommes du sud, les Gelmayon, n’avaient jamais été les amis de son peuple, et il se demandait ce qu’il faisait, nombreux et armés, dans l’Eldhamün. Il n’était pas le seul à avoir cette réaction : partout où ils allaient, ils attiraient l’attention sur eux, et provoquaient les commentaires des marchands ; mais ils n’y faisaient pas attention, car ils étaient d’une race fière et orgueilleuse. Leur peau était basanée, brûlée par le soleil des Terres inférieures ; ils vivaient dans des cités bordant le Désert Inexploré, et l’on dit que jadis leur peuple monta du Sud quand naquit le désert, comme semblaient l’attester les ruines d’une civilisation antique qui s’enfouissaient maintenant dans le sable brûlant des dunes. Ils n’étaient pas de la même lignée que les Hommes du Nord, et n’étaient donc pas enfants des dieux : semblables aux Lutins disparus, ils faisaient partie de ce monde, mais rien ne leur était destiné hors des frontières d’Aggëolith, tandis que les Elfes et les Hommes étaient jugés à leur mort, et atteignaient ensuite – ou non – le paradis d’Aündulidamo, d’où les dieux étaient venus puis où ils étaient retournés après la création du monde. Longtemps les Gelmayon avaient vécu en inimitié avec leurs voisins ; pendant les Grandes Guerres, ils avaient même attaqué les Elmünon par le sud – bien qu’ils prétextèrent par la suite que leurs intentions étaient détachées de celles des Elfes noirs et que nul pacte n’avait été conclu entre eux. Une paix bancale avait été établie, mais nul n’oubliait que ce peuple avait été leur ennemi, et que jamais leurs relations avec eux n’avaient été excellentes.
En réfléchissant sur cette question, Taenion finit par en arriver à la triste conclusion que peut-être une guerre se préparait, et que le roi voulait s’assurer du soutien de tous ses alliés. La guerre… Pendant cinq siècles elle avait été oubliée, mise à l’écart par les habitants de la forêt. Et voilà qu’elle faisait sa réapparition, accompagnée de son sanglant cortège de morts, de malheurs et d’épouvante. Les elfes noirs semblaient bien décidés à se venger, et l’on ne pouvait que s’attendre au pire pour l’avenir. Oui, la guerre était bel et bien de retour. Cette pensée qui l’oppressait lui fit presser le pas ; il arriva bientôt en vue du Grand-Arbre de Tar-Mynië. Le soleil avait percé les nuages, et il resta littéralement bouche-bée devant la splendeur et la magnificence de la capitale des Elfes de l’Est de la Grande Mer. La cité avait été bâtie sur différents niveaux, accrochés à l’arbre titanesque qui surplombait toute la grande Forêt ; une enceinte entourait la ville, et laissait passer les racines monstrueuses du Roi des Arbres, dont on dit qu’il fut planté jadis de la main même d’Eïdos le Grand. Le palais royal se trouvait à la cime, et était en partie caché par l’antique feuillage vert foncé qui ne tomba jamais tant que l’Arbre vécut, y compris au plus dur de l’hiver. Il a été dit que seul le feu pourrait un jour détruire l’imposante masse de cette canopée ; c’est effectivement ce qui arriva, mais ceci ne nous concerne pas pour le moment, et sera dévoilé en temps voulu.
Taenion franchit les portes de la cité, habituellement gardées par seulement une dizaine de gardes ; mais depuis les évènements tragiques de l’Arduilan, les mesures de protection avaient été fortement renforcées, et c’était presque une garnison entière qui s’occupait maintenant de la surveillance et du contrôle des voyageurs. Ils laissèrent passer l’adolescent sans dire un mot – son armure ornée du blason d’une des plus grandes familles d’Eldhamün suffisait largement. Ce n’était pas la première fois qu’il pénétrait dans la capitale, mais la dernière où il s’y était rendu remontait à de nombreuses années – à l’époque où son père pouvait encore prendre le temps de s’occuper de lui. Il était toujours ébloui par la lumière du soleil jouant sur les bâtiments blancs aux toits bleus, par la multitude des escaliers et des échelles de corde qui reliaient les différents niveaux ; il aperçut au sommet le bâtiment rond où siégeait le Conseil des Sages, les jardins de la cité – on désignait sous ce nom un dédale de passerelles et de petites plate-formes qui serpentait dans le feuillage si caractéristique du Grand-Arbre.
Taenion monta le long escalier creusé dans l’épaisse écorce de l’arbre ; les nombreux habitants de la cité le saluaient courtoisement quand il les croisait. Il en connaissait certains, déjà rencontrés lors de ses précédentes visites ; mais la plupart lui étaient inconnus. Il n’avait pourtant pas peur, ne se sentait ni menacé ni abandonné au milieu de cette foule ; car c’était « son » peuple, et il avait confiance en chacun d’entre eux. (Note de l’auteur : Il faut surtout signaler que Tar-Mynië, bien que relativement peuplée aux regards de son époque, mais aussi des Elmünon, habitués à vivre en communautés très restreintes, ne devait pas compter beaucoup plus d’un millier d’habitants. Cela explique en partie la réaction de notre héros, qui peut sembler étrange aux citadins modernes que nous sommes.) Il n’était pas seul à monter cet escalier, car de nombreux elfes habillés de gris sombre – la couleur du deuil chez les Ellamion – aux visages marqués par le chagrin et la douleur se rendaient eux aussi vers le palais. L’adolescent se rappela qu’il devait y avoir une cérémonie d’hommage aux victimes du Massacre du printemps (ou Karnlomë Nievelon, comme il fut appelé plus tard) ; il en conçut une grande peine, et songea que s’ils y en avaient qui méritaient d’être traités en héros, c’étaient bien ces braves qui avaient défendu à mains nues leur pays, leur femme et leurs enfants, et peut-être pas lui, qui après tout avait été moins courageux que ceux-là. Sa gorge se serra quand l’un d’eux vint le féliciter et le remercier de la bravoure et du dévouement exemplaire dont il avait fait preuve en n’hésitant pas à risquer sa propre vie pour sauver celle du roi ; il répondit seulement qu’il n’avait pas été seul à risquer sa vie, et que d’autres l’avaient fait mieux que lui. Ce à quoi son interlocuteur n’ajouta rien, si ce n’est un long soupir chargé de chagrin.
Il arriva enfin au palais, où de nombreux elfes attendaient déjà ; cette scène fit ressurgir en lui le douloureux souvenir de l’Arduilan, et il sentit les larmes lui monter aux yeux en pensant à la tragédie qui s’était déroulée sous ses yeux. Il remarqua à sa droite un corps entouré d’un linceul blanc, et sut que le grand-prêtre Narthilior assisterait également à cette cérémonie-là, mais que plus jamais il ne lui parlerait avant qu’ils se retrouvent à Aündulidamo. Il s’avança jusqu’au premier rang. Son père se trouvait à la droite du roi, tout comme deux semaines plus tôt, et la peine de Taenion s’accrut encore. Quelques personnes arrivèrent, puis le triste hommage commença. On fit tout d’abord signe à Taenion de s’avancer. Le roi dit à la foule :
- Nous sommes tous réunis ici en ce jour de deuil et de tristesse, pour nous remémorer – mais est-il seulement besoin de le faire – les actes terribles qui ont eu lieu quelques jours seulement plus tôt, bien que ces quelques jours puissent sembler des années à certain d’entre nous pour qui tout s’est retrouvé changé du tout au tout en l’espace de quelques heures. Tous ceux qui sont ici ont perdu un proche, que ce soit un parent, un enfant, une femme ou un époux ou ne serait-ce même qu’un ami. Je demanderai que tous admirent en ce jour sombre le courage de cet adolescent, qui seul conscient du danger qui menaçait ma vie, n’hésita pas une seconde avant de plonger, en sachant qu’il ne trouverait que la mort au bout de son chemin. Je tiens donc à le remercier devant tous ; il mérite bien maintenant son titre de Mündil, Défenseur de la Forêt, auquel je rajouterai celui d’Arduilanar, Celui de l’Arduilan, afin que nul n’oublie la bravoure dont il a fait preuve en ce jour sombre. Je m’incline donc devant lui, moi Balinorian, fils de Genlarion, roi d’Eldhamün au nom d’Eïdos. Il m’a sauvé la vie, et la gratitude royale ne saurait l’oublier. »
Il s’inclina respectueusement devant l’adolescent ; mais celui-ci eut la désagréable sensation que tout ce texte avait été répété, et que cette révérence était un peu hypocrite. Il ne put se défaire de cette impression, qu’il n’arrivait à s’expliquer. Pourquoi le roi le haïrait-il, après ce qu’il avait fait pour lui ? Il ne comprenait décidément rien à ce sourire faux qui s’étirait sur les lèvres du souverain, mais il ne songea pas un instant à lui demander les raisons de cette hypocrisie, car il ne tenait ni à provoquer un scandale ni à offenser d’avantage le roi.
- Je ne peux que remercier notre grand roi pour sa générosité, répondit-il cependant en s’inclinant à son tour.
- Maintenant, reprit le roi, il est temps de rendre hommage aux victimes de Karnlomë Nievelon, comme sera appelée désormais la tragédie qui eut lieu sous les frondaisons de notre forêt, et dont la première fut le grand-prêtre d’Arduilë Narthilior, dont la vertu et la piété étaient connues de tous. N’oublions pas non plus les autres, ces anonymes qui ont péri d’une mort tragique sous les griffes des monstres qui ont souillé notre forêt. Nous allons maintenant inhumer celui qui fut jadis le grand-prêtre d’Arduilë, et qui périt dans la clairière sacrée de son dieu, le jour même de sa fête. » Tous ceux qui étaient présents descendirent les marches de Tar-Mynië en une lente procession, qui alla jusque dans la forêt, dans une petite clairière – de bien plus petite taille que la clairière sacrée – où étaient enterrés tous les grands-prêtres. Le corps enveloppé du linceul blanc était porté par quatre elfes, qui le déposèrent dans la fosse creusée à cet effet. Commença alors un long chant d’adieu et d’hommage en langue elfique. Taenion ne pleura pas une seule fois, mais quand la procession remonta le sentier qui menait à la cité, sa mine était sombre et particulièrement affligée. Quand ils furent de retour devant le palais royal et que commença le discours du roi en l’honneur des victimes de Karnlomë Nievelon, il ne se sentait pas le courage d’écouter de nouvelles paroles affligeantes ; il rentra chez lui, la tête basse, et soupira longtemps sur sa douleur et le malheur qui s’acharnait sur son paisible pays. Il tourna et retourna dans tous les sens sa petite feuille dorée, se demandant s’il était vraiment né pour protéger les siens. Quand il s’endormit, le ventre vide, il ruminait encore de sombres pensées.
Après s’être levé le lendemain matin, il prit un déjeuner léger dans la vaste salle à manger du manoir ; puis il sortit un moment dans le jardin aménagé sur la plate-forme soutenant le bâtiment. Il rentra pour déjeuner, quand entra un émissaire.
« - Seigneur Taenion Mündil Maluïn, le roi vous convoque immédiatement pour une réunion d’ordre impératif. Veuillez me suivre tout de suite. Un cheval vous attend au pied du manoir.
- Je vous suis. » Mais que va-t’il encore m’arriver, pensait-il avec lassitude. Ne puis-je mener une vie normale ? Suis-je donc condamné par ce titre que je porte, à n’avoir aucun répit ? Depuis la prophétie de Narthilior, être Mündil ne m’aura rapporté que des ennuis. Que me veut aujourd’hui Balinorian ? Je n’ai guère apprécié son attitude de la veille, et je ne sais ce qui va bien pouvoir se passer ; aussi le moyen le plus simple de découvrir la vérité est de partir sans attendre.
Il suivit donc l’émissaire royal, qui le mena à l’intérieur du palais. Taenion n’y avait jamais pénétré, et il était bouche bée devant la splendeur et la richesse de la demeure du roi de la Forêt. De nombreux objets d’art étaient exposés dans les couloirs, tous l’œuvre des habiles artisans elfiques. Taenion remarqua notamment un lustre de cristal, un réseau de fins entrelacs ornés de feuilles dorées et de fleurs d’argent ; également une statue représentant Baldir, le mythique premier roi sylvestre, et encore bien des merveilles. Les couloirs étaient ornés de panneaux de bois blancs ornés de rehauts d’or, et partout des tapisseries aux couleurs vives contaient l’histoire des Elmünon depuis le grand Schisme. Mais son guide ne perdait pas de temps, et lui montra une grande porte de bois finement ouvragé, et lui annonça que le roi l’y attendait. L’adolescent poussa la lourde porte, la gorge un peu serrée, et rentra dans la grande salle du palais. Elle était surmontée d’une gigantesque coupole entièrement peinte de fresques sublimes et, à la manière du manoir des Maluïn, on y trouvait de nombreuses colonnes taillées à la ressemblance d’arbres. Le roi était assis dans un trône imposant, et derrière lui se tenaient tous ses conseillers et ses ministres. Dès qu’il aperçut le jeune elfe, il prit la parole :
« - Enfin, Taenion, je t’attendais. Approche-toi. Je t’ai fait mander pour te confier une tâche de la plus haute importance, et que tu ne peux refuser. La survie du royaume en dépend, et en tant que Mündil, c’est à toi qu’il revient de t’en charger. Cette quête est sacrée, et il est de ton devoir de la mener à bien, quelles que soient les circonstances.
- Quelle est cette quête, ô mon roi ? se risqua à demander Taenion. Il était tout sauf ravi de cette nouvelle responsabilité accablante, et qui lui semblait encore plus accablante que tout ce dont il avait été chargé jusque là. Il en avait assez des poids que chacun rajoutait sur ses épaules, il ne voulait pas assumer cette nouvelle charge, mais il n’avait pas le choix, et il lui pesait d’être contraint de l’accepter.
- Je ne t’ai pas autorisé à prendre la parole, répondit le roi en s’énervant. Il serait temps d’apprendre le respect des traditions au fils Maluïn, et ce n’est pas ce titre de Défenseur qui peut lui permettre de se moquer ainsi de l’ordre !
Le roi avait élevé la voix, et ses yeux étaient flamboyants de colère. L’adolescent ne comprenait pas ce soudain accès de haine.
- Ne prend pas cet air surpris, Taenion ! Tu sais très bien ce que je veux dire. Pensais-tu qu’en étant « élu des dieux » tu pouvais t’autoriser ce que tu voulais, comme venir armé dans le sanctuaire sacré, au mépris des toutes les règles. Personne n’a osé te faire de remarques à ce sujet, n’est-ce pas ? Mais moi je ne me laisserai pas faire par un arrogant fils de noble ! Tu accepteras la mission que ton roi te confiera, un point c’est tout !
- Je vous en prie, Majesté, calmez-vous… tenta d’intervenir un des ministres, un peu gêné par la tournure des évènements.
- Je me calme, je me calme, dit le roi qui retenait sa colère. Il inspira profondément, retrouvant son calme. Puis il continua : Je disais donc au jeune seigneur Maluïn qu’il était indispensable qu’il mène à bien cette quête, car la survie du royaume en dépend. Nous allons bientôt rentrer en guerre, et nous aurons besoin de nos alliés les plus puissants… Tu devras donc partir vers les Terres du Sud, puis chercher les Dragons dans le Désert Inexploré, car je sais que les Gelmayon les ont aperçus pour la dernière fois là-bas.
- Les Gelmayon ? Les Dragons ? Mais nous avons perdu de vue ces alliés depuis des siècles, et nul ne sait ce qu’ils sont devenus… et ces étranges Hommes du Sud ne sont pas nos amis et pourraient très bien nous avoir induits en erreur…
- Il suffit ! s’impatienta le roi. Tu iras, car tu es Mündil le Défenseur la Forêt, et il est de ton devoir de défendre les Elmünon contre leurs ennemis, et aussi d’obéir à ton souverain. M’avoir sauvé la vie une fois ne suffit pas pour te soustraire à ta tâche.
- Mais… tenta d’objecter Taenion.
- Ma décision est sans appel. Tu partiras dans une semaine. Messieurs, la séance est close. » Taenion sortit du palais dans un état encore plus lamentable qu’à la fin de la cérémonie de la veille. De nombreux sentiments l’envahissaient en même temps : la colère d’avoir été traité ainsi, l’impression d’être incompris par ceux qui l’accablaient sans cesse de nouvelles responsabilités, l’injustice profonde dont il se sentait victime… Il était de très mauvaise humeur tout le long de son chemin de retour, et faillit frapper un innocent voyageur qui lui avait tapoté sur l’épaule pour lui demander son chemin.

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MessageSujet: Re: Arduilanar   Jeu 16 Déc - 18:34

Chapitre 3 : Une aide innattendue

Quand Taenion arriva chez lui, de retour de son entrevue difficile avec le roi, il vit son père dans la salle de réception. Il était assis à une table, et paraissait l’attendre depuis un long moment. Il se leva quand son fils s’approcha, et entama une conversation :
« -Bonjour, fils. Ta réunion au palais s’est-elle bien déroulée ?
- Comment étais-tu au courant ?
- Je connais beaucoup de choses, mais j’ai appris cette nouvelle-là de la bouche du roi lui-même. Il te fait un très grand honneur en te confiant une mission, sais-tu ; beaucoup de jeunes gens de ton âge seraient prêts à tout pour avoir cette chance.
« Et moi, pensa l’adolescent, je serais prêt à tout pour pouvoir l’éviter. »
- Tu ne dis rien ? Te sens-tu bien ? Tu devrais peut-être aller t’allonger, dit son père, inquiet devant sa mine défaite.
- Non, non, tout va bien, le rassura-t’il. C’est juste que…
- Juste que quoi ? demanda-t-il.
- Je n’ai pas envie de partir à l’inconnu, chercher des créatures disparues depuis des siècles, sur la seule foi de nos anciens ennemis et sur ordre d’un roi qui ne me veut aucun bien, et c’est bien le moins qu’on puisse dire ! s’emporta Taenion.
La phrase était lancée. Taenion regretta aussitôt ses paroles, mais le mal était fait, et en se libérant du poids de sa colère, il avait osé médire de son suzerain, et malgré la légèreté de ses propos, il était sûr que son père, attaché comme il l’était au protocole, ne manquerait pas de le lui faire remarquer et de le sermonner.
- Comment oses-tu… Comment oses-tu dire ces choses… Dire du mal de notre grand roi, si juste et si clément, qui ne t’a pas puni pour ton sacrilège, remettre en cause sa décision… tu me déçois beaucoup, fils. Énormément, même. »

« Mais qu’est-ce qui m’a pris de lui dire ça ? pensait amèrement Taenion, seul dans sa chambre. Lui, tellement en adoration devant notre roi Balinorian, qui n’est qu’un hypocrite, qui me flatte en public mais me tourmente dès qu’il en a l’occasion ! Pourquoi ? Pourquoi se comportent-ils ainsi envers moi ? Qu’ai-je fait pour mériter la haine de mon souverain, pour perdre l’estime de mon père ? Où se trouvent les explications ? » Il réfléchissait ainsi, allongé sur son lit, quand il entendit des coups répétés à sa fenêtre. Accablé par son malheur, il n’alla pas ouvrir d’abord. Les coups se répétèrent, et il n’eut d’autre choix qu’aller regarder par l’ouverture ce qui se passait au pied de la tour où se trouvait sa chambre. Il vit un homme tout habillé de brun sombre et portant une capuche, qui jetait des cailloux pour attirer son attention.
« - Psst, seigneur Taenion ! Suivez-moi en silence, si vous voulez trouver toutes les réponses à vos questions ! » Bien qu’intrigué par cet étrange personnage, qui au moment où il en avait le plus besoin venait mystérieusement lui apporter son aide, il noua ses draps pour en faire une corde, à l’aide de laquelle il descendit le mur du manoir. Arrivé en bas, il demanda à l’homme en brun :
« - Mais qui êtes-vous ?
- Je n’ai ni le temps ni le droit de répondre. Sachez seulement que je suis un ami qui vous veut du bien. »
Un ami… Le mot sonnait étrangement dans l’esprit du jeune elfe. Il n’avait jamais eu beaucoup d’amis, et il lui semblait qu’il en avait encore moins ces temps-ci. Il suivit quand même l’homme encapuchonné qui, à son grand étonnement, le mena jusqu’à Tar-Mynië par des chemins détournés.
« - Je m’assure seulement que personne ne peut nous suivre. Personne ne doit savoir ce que vous avez fait aujourd’hui, Taenion Maluïn, et croyez-moi, il y va de votre plus grand bien. »
Taenion avait l’impression qu’il lisait dans ses pensées. Il aurait bien aimé savoir où il comptait l’emmener, mais ne dit mot. Quand enfin ils furent en vue du Grand Arbre, son mystérieux compagnon lui remit un manteau à capuche semblable au sien :
« - Mettez ceci pour ne pas être reconnu. Si quelqu’un vous parle, ne lui répondez pas et passez votre chemin. Je ne peux pas vous accompagner plus loin, car si les gardes nous voient entrer tous les deux cela attirera immanquablement leur attention. Vous allez devoir vous rendre seul jusqu’au siège du Conseil.
- Le Conseil ? Mais…
- Chut, plus en mot. Les réponses à vos questions vous seront données en temps voulu, croyez-moi. Hâtez-vous, et ne vous retournez pas ! »
Le temps que Taenion enfile son manteau, son interlocuteur avait disparu. « Etrange personnage, pensa-t’il ; mais il est encore plus étrange que cette fois ce soit le Conseil qui désire me voir. Pourquoi tous ces secrets ? Et que me veulent-ils, eux ? La meilleure solution pour le savoir est encore d’aller voir. » Il rabattit sa capuche sur son visage, et passa devant les gardes sans que ceux-ci – à son grand soulagement – ne lui disent quoi que ce soit ni ne l’arrêtent. Apparemment, ils connaissaient l’homme en brun, et ils ne s’étonnaient pas de ses agissements. « Normal, après tout, s’il est mandaté par le Conseil en personne. L’essentiel, maintenant que le plus dur est fait, est de ne pas me faire remarquer jusqu’au siège du Conseil. » Par chance, la cité était à peu près déserte à cette heure de l’après-midi, et il put monter sans encombre le long escalier qui le mena aux portes du bâtiment blanc. Quand il fut assuré que personne ne l’avait suivi et qu’il était totalement seul, il poussa les lourdes portes de bois et entra. Il fut frappé par le contraste entre le faste du palais et la sobriété qu’il observait dans ce siège du pouvoir. Un petit couloir le mena directement jusqu’à l’amphithéâtre où se tenaient les Sages du royaume. Il fut ébloui un instant par la lumière qui y régnait, descendant d’une ouverture au sommet du dôme, à l’instar de la Salle à manger du manoir Maluïn. Clignant des yeux pour s’habituer au changement de luminosité, il regarda autour de lui. Les formes d’abord floues se précisèrent. D’abord les vêtements – blancs, ornés d’un galon bleu roi, le signe de reconnaissance des Sages. Puis les visages. Certains lui étaient familiers, car il les avait déjà vus avec son père, mais d’autres lui étaient parfaitement inconnus. Un silence total régnait. Mais dès qu’il fut arrivé au centre de la salle circulaire, tous l’applaudirent violemment. Un peu abasourdi, il tenta de les remercier de quelques paroles confuses. Décidément, il comprenait de moins en moins ce qui lui arrivait depuis quelques jours : on lui annonçait d’abord qu’il était l’élu des dieux, puis on l’érigeait en tant que véritable héros national, ensuite on le traitait de rebelle, et maintenant il était conduit en secret vers le Conseil des sages où il était applaudi ! Il hésitait sur la posture à adopter, mais heureusement pour lui, un des Sages s’avança vers lui :
« - C’est un grand honneur pour nous de recevoir le seigneur Mündil Maluïn Arduilanar, le favori des dieux, le sauveur du roi ! Nous savons que vous avez vécu des moments difficiles, et sommes là pour vous aider. (Enfin ! pensa Taenion, depuis le temps que j’attendais ça !) Je suis Merchilior. Nous sommes au courant par exemple que le roi vous a convoqué tout à l’heure, et j’ai de bonnes raisons de croire que tout ne s’est pas passé pour le mieux, n’est-ce pas ?
- C’est tout à fait exact, fit Taenion étonné de la perspicacité du vieil homme à la barbe blanche qui se tenait devant lui, souriant.
- Il est maintenant temps de vous expliquer certaines choses, reprit-il, car je pense que de nombreuses questions ses sont présentées à votre esprit depuis ce jour tourmenté où vous avez été nommé Mündil par Narthilior. Je vais devoir être direct, car hélas le temps nous est compté. Vous savez sans doute que vous êtes ici en secret, à l’insu de tous – et surtout du roi. Pour commencer, je vais éclaircir cette histoire de prophétie. Vous pensez bien, jeune homme, que nous avons depuis le tragique événement de Karnlomë Nievelon effectué des recherches sur cette prophétie. J’ai consulté moi-même le Grand Livre de Baldir qui se trouve actuellement au palais du roi, et j’ai pu retrouver le texte entier. J’ai relevé le passage le plus intéressant, que voici (il sortit de sa poche un parchemin froissé, et s’éclaircit la voix avant de commencer à lire): “Moi Baldir, premier roi de la Forêt par la grâce d’Eïdos, ai reçu en songe ce message d’Arduilë : « Les dieux veillent sur leurs enfants, et ne les abandonnent pas devant le danger. Néanmoins, il a été dit que viendrait une période terrible, où tous douteront des dieux, car les catastrophes qui auront lieu seront les prémices de la Grande Bataille des Fins des Temps. Et quand viendront les troubles, que le ciel s’assombrira des malheurs qui s’abattront sur les elfes, moi Arduilë marquerai l’un des fils d’Eïdos au nom de leur père, pour qu’il assure la destinée de son peuple devant le danger. Il sera nommé Mündil, le Défenseur, et sauvera les siens avec l’aide des dieux, bien qu’il ne s’y emploie pas de la manière dont on l’attend. Il rassemblera les ennemis du mal, et il ne devrait pas faillir en cette tâche, malgré toutes les apparences ; mais si, malgré cela, il échouait en cette mission, alors il ne subsisterait guère d’espoir pour les enfants des Dieux, car Eïdos et Vlyïa les auraient abandonnés. Le temps venu, il combattra lui-même le Mal, et cette bataille verra soit la victoire totale et définitive du Bien sur le Mal, ou la destruction de cet univers par les adorateurs de Vikhtos. »[…]” Le texte est encore long, mais je t’épargne la suite. Narthilior a pensé que tu étais ce Mündil. Il est donc de ton devoir, normalement, de protéger les elfes de la Forêt. C’est le « qu’il ne s’y emploie pas de la manière dont on l’attend » qui est gênant, car il laisse l’interprétation libre. Pour certains, tu as déjà accompli ton devoir en sauvant le roi ; pour d’autres, c’est en ramenant les Dragons que tu accompliras ton destin.
- Vous êtes au courant pour ça aussi ? demanda Taenion considérablement surpris par la vitesse à laquelle les nouvelles se propageaient dans le royaume.
- Bien sûr. N’oublie pas que le Conseil et le Roi se consultent toujours avant chaque décision importante. Cette idée de mission venait d’ailleurs d’un membre du Conseil.
- Je ne comprends pas… Il avait l’air de considérer cela comme étant de sa propre initiative, pourtant.
- C’était pour ne point trop s’abaisser par rapport aux Sages. Taenion, tu dois savoir que le roi est jaloux : du Conseil, des grands seigneurs, mais aussi de ton pouvoir et de ta toute nouvelle influence. Il reste convaincu, malgré tous nos efforts, que tu cherches à usurper son pouvoir légitime, presque à prendre sa place ; c’est grotesque, mais cela peut expliquer son étrange comportement.
- Et d’où cette quête des Dragons… Je commence à comprendre. Il voulait se débarrasser de moi, sans doute.
- Mais tu ne sais pas encore tout, dit Merchilior. J’ai lourdement insisté moi-même auprès du roi pour qu’il te confie cette tâche.
- Mais pourquoi ? demanda Taenion.
- Car cette quête est réellement importante. Pour Balinorian, elle offre le double avantage d’être débarrassé de toi pendant quelques temps, et pour toujours au cas où tu ne reviendrais pas, mais aussi d’affirmer sa supériorité si tu reviens victorieux, car il pourra toujours dire que c’est sur son ordre que tu es parti. Mais ta mission dépasse de loin les ambitions politiques de notre souverain. Nous aurons réellement besoin de tous nos alliés, car nous savons, par nos nombreux contacts et espions dans les Terres du Nord, que les Elfes noirs ont recommencé à élever des Morgiolon, et en grand nombre, peut-être même plus que tous ceux que nous avons eu à affronter jusqu’alors. Mais ce qui est encore bien plus inquiétant, c’est qu’on signale une activité anormale dans leurs forges et leurs industries, que ne pourraient expliquer leurs seuls besoins en arme et armure. Nous avons de bonnes raisons de craindre qu’ils ne reçoivent eux aussi l’aide d’alliés, et nombreux. Nos espions ont eu le temps de découvrir cela – avant de disparaître. Nous ne savons pas ce qu’ils sont aujourd’hui devenus, et nous n’avons reçu aucun rapport de leur part depuis un an. Je pense qu’ils ne nous seront plus d’aucune utilité désormais, ayant sûrement été exécutés par les Elmorgion – c’est le sort le plus enviable pour eux, quand on pense aux tortures et aux atrocités dont sont capables nos ennemis. Les Dragons pourraient nous apporter un grand secours dans cette guerre, car ils nous sont toujours liés par un très ancien pacte d’alliance. Les Elfes marins, bien qu’ils soient nos alliés habituels, n’ont conclu aucun traité, aucun accord avec notre peuple, et ils risquent de nous faire faux bond au moment où nous avons besoin d’eux.
« Nous leur avons déjà envoyé des messagers demandant leur soutien, mais ils n’ont pas répondu. Ils ne se sentent pas concernés par cette guerre, et estiment qu’il nous revient de faire régner la paix sur le Continent où nous avons voulu vivre. Nous pouvons compter sur l’aide de nos voisins vivant sur la terre ferme, mais ils sont peu nombreux, et ne changeront pas le cours de la bataille. Les autres Elmünon sont disposés à mettre en œuvre tous leurs moyens pour combattre les Elmorgion, et ils savent que si nous tombons eux aussi auront à souffrir le joug de nos ennemis. Nous devons encore demander aux Humains, mais je ne pourrais dire s’ils vont accepter. Nos peuples se sont séparés il y a bien longtemps, et leur mémoire remonte moins en aval que la nôtre. Le roi était même prêt à traiter avec ces répugnants Gelmayon, ces traîtres infâmes, ces fourbes ; il a été jusqu’à leur demander des informations sur la retraite des Dragons. Nul doute qu’ils auront menti pour nous mener tout droit dans un piège, qu’ils auront tendu avec l’aide de leurs amis les Elfes noirs.
- Mais je pensais que les Gelmayon n’étaient pas en contact avec les Elmorgion ?
- Il y a quelques temps, cela était peut-être vrai ; mais il est sûr que maintenant ils ont des espions à leur service, et qu’ils les informent de tous nos faits et gestes, répondit sombrement Merchilior. Ils sauront ainsi maintenant que nous cherchons les Dragons, et feront tout pour entraver tes recherches. Heureusement pour toi, nous pouvons t’aider. Tout d’abord, tu ne feras pas route seul ; tu seras accompagné de Farendyl, un adolescent d’à peu près ton âge, et que tu devras – tout du moins tant que tu n’auras pas quitté Eldhamün – faire passer pour un valet, ou un quelconque serviteur ; car si le roi savait que nous t’avons attribué un compagnon de route, il se doutera que nous t’avons vu et penseras que nous avons cherché à te monter contre lui. Tu le rencontreras demain, et il pourra te détailler le projet de voyage. Tu auras à préparer tes affaires : des vêtements de route, une armure, plutôt légère, afin de ne point t’encombrer, une bonne lame surtout – car tu auras à passer par bien des épreuves avant d’arriver au terme de ton voyage. »
Merchilior parla ainsi longtemps avec Taenion, l’instruisant en détail de sa mission ; et quand le jeune elfe sortit du Conseil, il était déjà tard, et la Lune brillait dans le ciel. L’air frais de la nuit revigora le jeune elfe, qui respira à pleins poumons l’air délicieux de l’espoir. En une journée, sa vie avait basculé à deux reprises, et il avait besoin d’un peu de repos pour mettre toutes ses idées au clair. Le fait de ne plus se sentir seul et abandonné de tous était un vrai soulagement, une joie même, qui contrastait avec le profond sentiment de solitude et d’abattement qu’il avait ressenti à la sortie de l’entrevue royale. Il se voyait toujours chargé un peu plus par ceux qui plaçaient en lui toute leur espérance, toutes leurs chances de victoire, et les responsabilités qu’il avait à porter à tout juste seize ans menaçaient de l’écraser. Néanmoins, ce revirement de situation lui donnait un second souffle, redonnait un sens à sa quête, à sa vie même. En une journée, il avait perdu le soutien de son père, qui jusque-là avait été son seul pilier, mais il avait aussi remporté l’estime du Conseil des Sages, la plus prestigieuse institution de tout le royaume sylvestre d’Eldhamün. Tous ces bouleversements lui furent en un sens salutaire : brisant la monotonie de sa vie solitaire, privée d’amitié profonde avec des jeunes de son âge, et qui aurait fini d’une manière ou d’une autre par lui être fatale.
Taenion ne retourna pas directement chez lui : ce manoir où il avait passé toute son enfance, toute sa vie même, et qui avait jusqu’à ce jour été pour lui le principal point de repère, n’était plus l’endroit sûr, réconfortant et chaleureux qu’il avait toujours été. Il restait sa maison, mais le souvenir douloureux de l’entretien avec son père lui avait fait perdre sa situation de cocon familial protecteur. Il regrettait cette dispute, mais il était trop tard pour se réconcilier sans se soumettre à la volonté de son père et donc du roi ; et le sentiment d’avoir été coupé de ses racines attristait le jeune elfe. Il préféra se promener quelques heures dans la forêt, se guidant à la douce clarté des étoiles et à la lueur blanche de la Lune. Tout n’était que calme, tout n’était que silence ; il retrouvait la Forêt en tant qu’élément indépendant, celle qui avait su séduire des siècles plus tôt Baldir, et l’avait décidé à se séparer de son peuple pour y demeurer – entraînant au passage la Guerre Fratricide. Taenion communiait avec la Nature ; il marcha longtemps dans l’insouciance, jusqu’à ce que le Soleil se lève, éclairant les bois de sa chaude lumière dorée. Les chants des oiseaux s’élevèrent et retentirent joyeusement entre les arbres, et l’adolescent se décida enfin à retourner au manoir, bien qu’un peu à contre-cœur, pour ne pas manquer la visite de son nouveau compagnon.
Quand il arriva chez lui, après avoir brièvement salué et discuté avec les deux gardes, il eut le soulagement d’apprendre que son père avait déjà quitté le domicile, car il préférait éviter désormais sa compagnie pour ne pas subir de nouveaux reproches et de nouvelles disputes. Il prit un petit-déjeuner plutôt consistant dans la salle à manger, ayant peu mangé ces derniers jours : il prit du fanuil, un pain fait de farine et de miel, avec de la confiture de baies sylvestres, quelques tranches de viande de cerf conservée par salaison, puis finit en grignotant quelques fruits. Après ce solide petit-déjeuner, il alla dormir un peu dans sa chambre. On le réveilla vers le milieu de l’après-midi : Thirdian venait le prévenir que quelqu’un cherchait à le rencontrer. Un jeune homme, qui ne s’était pas présenté, mais affirmait qu’il était « urgent de le voir, et que ce rendez-vous avait été prévu ». Taenion bondit hors de son lit, et se rendit vers le hall. Il aperçut alors celui qui allait devenir son compagnon pour le long voyage à venir, qui attendait debout derrière la porte ouverte avec des signes manifestes d’impatience. C’était un adolescent de plus ou moins quinze ans, un peu moins grand que lui, les cheveux blond cendré coupés court (selon les critères des Elmünon), habillé d’un pantalon brun foncé et d’une cape de voyage d’un vert sombre, un peu abîmée et tachée par les intempéries. Ses bottes étaient recouvertes d’une fine couche de poussière, et Taenion en déduisit qu’il venait d’effectuer un voyage de quelques jours. Pourtant, le Conseil lui avait annoncé sa venue seulement la veille au soir. Les Sages avaient-ils déjà décidé de tout longtemps à l’avance ? Il lui semblait hautement improbable qu’ils aient préparé ce voyage depuis plusieurs semaines – du moins il l’espérait de la part de ceux qui représentaient actuellement son seul soutien. Il préféra penser que pour une raison ou une autre son compagnon – quel était déjà son nom ? – était sensé de rendre à Tar-Mynië, et qu’à peine arrivé le Conseil lui aurait demandé de venir lui rendre visite, sans qu’il puisse changer ses habits.
Taenion détailla ensuite son visage : des sourcils un peu plus épais que les siens, des lèvres délicatement ciselés, un nez fin et droit, des yeux noisette. Jusque-là, pas de surprises. Mais il faillit pousser une exclamation de stupeur quand il vit ses oreilles : elles n’étaient pas pointues ! En regardant mieux, il se rendit compte qu’elles n’étaient pas tout-à-fait rondes, mais il était tout de même étonné d’avoir affaire à quelqu’un qui avait visiblement du sang humain dans les veines. Farendyl ne regardait pas dans sa direction ; mais quand il se rendit compte qu’il était observé, il prit la parole :
« - Eh bien, as-tu fini de me dévisager ?
Surpris par cette attitude, Taenion balbutia un vague « pardon »
- Quelqu’un de normal aurait entamé la conversation en disant bonjour, et pas en détaillant son interlocuteur des yeux. On m’avait bien prévenu que tu n’avais pas souvent de compagnie, mais j’ose espérer que je ne suis pas le premier adolescent que tu rencontres.
Taenion ne put réprimer cette réplique cinglante : « Non, mais tu es bien le premier elfe que je croise qui a un humain pour ancêtre ! » Son interlocuteur ne répondit pas immédiatement, et il craignit de l’avoir blessé. Il regrettait ses paroles acerbes et hautaines, mais Farendyl se reprit vite :
- Tu penses que j’ai du sang humain parce que je n’ai pas d’oreilles pointues, c’est cela ? Quant à moi, même si tu ne m’avais pas insulté aux premiers mots que tu as prononcés j’aurais pu deviner, rien qu’en te voyant, tu n’étais sans doute rien de mieux qu’un fils de noble gâté à l’ego trop flatté depuis toujours. Oh, excusez-moi pour ces paroles, monseigneur, dit-il ironiquement. Il appuya lourdement sur le dernier mot et s’inclina en une révérence faussement respectueuse.
-Excuse-moi, fit piteusement le jeune elfe. Tu as raison, je n’ai hélas que rarement de la compagnie.
-Et tu crois sincèrement que cette excuse va te suffire ? ricana Farendyl. Tu as sans doute pris depuis trop longtemps l’habitude que tout le monde te traite comme un être supérieur, et par-là même tu considères tous les autres comme largement inférieurs à ta noble personne. Mais qu’as-tu donc réellement fait ? Tu as juste eu la chance de naître parmi une des familles riches, nobles et influentes du royaume. Quant à moi, misérable ver à tes yeux, je suis né d’un homme et d’une elfe, et pour cela j’ai souffert toute mon enfance et été rejeté par deux communautés ! J’ai dû me battre presque chaque jour pour vivre, et tu oses me traiter de haut ? Je crains qu’ici ce ne soit pas moi qui mérite d’être le valet. Tu me dégoûtes, et si je n’avais été chargé d’une mission importante, je te cracherais au visage et je partirais aussi loin que possible de ta répugnante petite personne ! Mais comme il est hélas de mon devoir de t’aider à préparer ta quête, il va falloir qu’on s’y mette tout de suite, dit-il en retrouvant son calme. Allons dans ta chambre – un fils de si noble famille doit bien avoir sa chambre, je me trompe ? – nous devons parler hors de portée des oreilles indiscrètes. »
Eh bien, pensait Taenion, ce voyage risque de ne pas être de tout repos. Il ne se doutait pas à quel point il était en dessous de la vérité.

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Dernière édition par Arduilanar le Jeu 16 Déc - 18:36, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Arduilanar   Jeu 16 Déc - 18:34

Le Maître des Crimes

Le Maître des Crimes Kônaragh était la terreur de tous ceux qui résidaient à Klôr Nyagthôm, tant des elfes, des esclaves ou des monstres, car sa cruauté et son pouvoir étaient connus de tous. Pour cette raison, Ghelkâr le brave, vétéran de nombreuses guerres, qui avait combattu et mis à mort des centaines d’elfes, d’humains et de toutes sortes de créatures, avait voyagé aussi loin que le Désert Inexploré, les Landes de Glace, et dont le seul nom suffisait à faire trembler les Ellamion, un des plus grands guerriers des Cavernes Noires, frissonnait derrière une lourde porte de bois noir, ultime obstacle qui le séparait de l’antre du Maître des Crimes. Il ne gémissait pas, car ce geste était réservé aux pitoyables esclaves des Elmorgion, créatures rendues presque difformes à force de travail forcé et de coups, désespérées à l’idée de ne jamais revoir la douce lueur du soleil ; il ne transpirait pas non plus, car son corps, terriblement frêle à sa naissance et qui avait été fortifié grâce aux pouvoirs néfastes de la magie noire, n’avait point été conçu pour de tels signes de faiblesse ; mais il savait pourtant que derrière cette porte l’attendait, au mieux, la mort. Quant au pire… Il n’osait même pas y songer. Les pires rumeurs couraient sur la Salle de tortures du Maître des Supplices, et il était assez haut placé pour savoir qu’elles étaient bien en-dessous de la sinistre vérité.
Il attendait donc avec terreur que retentisse la voix glaciale de Kônaragh, et tentait désespérément de se distraire en observant chaque détail de ce qui l’entourait, se disant que c’était sans doute une des dernières visions qu’il aurait de ce monde avant de mourir. Il était entouré de murs froids – tout à Klôr Nyagthôm était froid, d’ailleurs – faits de pierre noire, extraite des carrières sous les Montagnes, éclairés de la lumière tremblotante de torches de métal noir finement ouvragé. Tout était sombre autour de lui, reflétant la noirceur de son âme et le gouffre de son désespoir. Des runes argentées scintillaient sur la porte noire, indiquant de leurs formes tordues le nom de la plus grande crainte de Ghelkâr : le Maître des Crimes Kônaragh, âsh Meshkrâ gaî Khtemrî Kônaragh.
Les minutes s’écoulaient péniblement, presque avec douleur. Ghelkâr commençait à perdre toute notion du temps, à oublier tout ce qui se passait autour de lui. Il oubliait… dans l’angoisse de son attente il oubliait tout : qui il était, comment il s’appelait, de combien de morts il avait été responsable…Il savait seulement qu’il vivait ses derniers instants dans l’attente d’une mort certaine ou d’un châtiment pire.
Pendant ce temps, le si redouté Kônaragh attendait lui aussi, de l’autre côté de la porte noire. Avachi dans un trône de bois noir ferré d’argent se tordant en runes maléfiques, il semblait dormir… et ceux qui ne le connaissaient que mal auraient pu penser qu’il esquissait même un sourire. Le Maître des Crimes était cruel, et aimait jouer avec ses victimes avant de s’en débarrasser. Il savait parfaitement que le fier guerrier Ghelkâr était derrière la porte, et qu’il souffrait atrocement dans l’attente de l’annonce de sa sentence. C’était cette pensée qui le rendait heureux, et il se réjouissait sadiquement à l’idée des tourments qu’il allait bientôt pouvoir lui infliger. Enfin, il décida qu’il avait patienté un temps suffisamment long et qu’attendre plus longtemps ne pourrait pas aggraver son état.
Un frémissement parcourut l’échine du soldat quand son nom retentit ; et la réalité le saisit de nouveau. La voix qu’il venait d’entendre était dure, métallique, et d’une douceur qui lui laissait craindre le pire. Il insuffla profondément, tenta de se donner une contenance en gonflant le torse, saisit la lourde poignée de métal glacial, et poussa lentement la porte de bois. Il se retrouva alors en face de l’objet de ses pires frayeurs : âsh Meshkrâ gaî Khtemrî Kônaragh. Le fier guerrier ne put s’empêcher de trembler de tout son corps. Le Maître des Crimes dormait… pourtant il avait bien entendu sa voix… Un instant, il ne sut que faire : si jamais il se réveillait, il serait alors sûrement livré aux Tourmenteurs, les sbires zélés du Maître des Supplices ; mais s’il quittait la pièce alors qu’on l’avait effectivement appelé, son départ serait considéré comme un grave geste d’irrespect et d’insoumission, et il subirait alors le même sort. Il tâchait vainement de prendre une décision, regardant autour de lui par des mouvements de tête inquiets, si rien dans cette sombre salle n’était susceptible de l’aider… Il remarqua alors qu’une des paupières de Kônaragh s’était à moitié relevée, et qu’un sourire maintenant net s’étirait sur les lèvres minces et pâles du Maître. Ainsi, il avait été joué… une fois de plus.
Il tenta d’éclaircir sa voix par une petite toux, puis prit la parole avec courage :
« -Monseigneur Kônaragh, puissant maître des Crimes des Cavernes de Klôr Nyagthôm, je vous porte les nouvelles de l’expédition vers l’Eldhamün. Voulez-vous entendre mon rapport ?
Son bourreau se délectait de la frayeur qui se lisait sur le visage de sa victime. Il savait déjà tout ce qu’il allait lui annoncer, mais acquiesça néanmoins :
-Bien sûr, cher Ghelkâr, que je veux l’entendre… je me sentirais coupable si vous aviez fait tout ce travail de préparation pour rien… susurra-t’il d’une voix mielleuse.
-B..bien, fit le malheureux soldat dont la bravoure vacillait dangereusement. Il sortit de sa cape noire un rouleau de parchemin qu’il commença à lire ; mais la peur déformait sa voix : L’expédition commanditée par le Tout-puissant Maître des Crimes Kônaragh de Klôr Nyagthôm, sur ordre de sa Grandeur l’omnipotent Seigneur de Guerre Kûhlmarôkh Dîan, avec l’assistance du maître des Monstres, quitta les Cavernes de Klôr Frâghiam deux mois avant que le printemps n’arrive sur les terres australes. Son but était de déclencher un mouvement de panique chez les Elmünon d’Eldhamün (que soient leurs noms trois fois maudits), pour en tuer le plus grand nombre, et si possible le soi-disant roi sylvestre Balinorian.
-Pas « si possible », Ghelkâr, siffla Kônaragh. Le soldat déglutit avec difficulté, ses pires craintes se concrétisant. Il poursuivit malgré tout :
-L’exp…pédition était composée d..de trente Morgiolon de Klôr Frâghiam, dirigés par un assassin archer, Jûnghâtor, mandé par le Maître des Crimes en personne. Conformément aux instructions reçues, la meute des monstres se fit apercevoir aux abords de la forêt quelques jours avant la date de la fête du printemps des Elmünon, afin de semer le trouble parmi eux. Puis, quand les gardes se lancèrent à leur recherche, ils s’enfoncèrent dans la forêt de nuit en évitant les habitations. Ils creusèrent un terrier où ils purent se cacher en attendant le moment d’agir. Le jour de l’Arduilan, ils se postèrent aux abords de la clairière, puis attaquèrent les elfes désarmés au moment où ils semblaient s’y attendre le moins. Néanmoins…
-Oui ? fit la voix glaciale du Maître.
-L’attaque ré..réussit tout d..d’abord, mais un adolescent commença à se battre contre les Morgiolon. Il réussit à tuer l’un d’entre eux.
-Et alors ?
Ghelkâr avait de plus en plus de mal à poursuivre sa lecture. Il était maintenant agité de convulsions horribles à voir. Il prit le dessus comme il le pouvait sur ses tremblements, pour dire :
-Les… les renforts sont arrivés à… à ce moment, et… la ba..bataille commença entre les elfes et les c..créatures. L’a..l’archer qui s’était po..posté dans un arbre tenta alors de tuer le roi… Mais…
-Mais quoi ? demanda la voix glaciale de Kônaragh. Poursuivez.
Mais le malheureux n’était pas en mesure d’obéir. Il était tombé sur le sol, tremblant de tous ses membres, touché par la folie qui raffermissait peu à peu son emprise sur son corps. Le Maître des Crimes profitait pleinement de ce spectacle dont il était responsable. Son sourire était maintenant large, reflet de son incommensurable cruauté, et il prenait plaisir à voir Ghelkâr souffrir devant lui. Ce dernier tenta de dire quelques mots, mais sa bouche s’ouvrait et se refermait sans bruit. Enfin il put prononcer :
-L’a..l’ad..doles…cent s’est je..je..jeté devant le..le r..r..roi et a p..p..p..pris la flèche… l’a..l’archer a été tué… la m…mi..mission est un… é… éch… éch… échec… » A ces mots, Ghelkâr s’effondra. La vie l’avait quitté avec sa raison, quand il avait prononcé le mot qui le faisait craindre le pire : l’échec. Le Maître des Crimes éclata de rire, un long rire froid, cruel et sadique. Ainsi son serviteur était mort à la seule idée du châtiment qui l’attendait. Bien… cela renforcerait encore sa terrible réputation. Il fit tinter une clochette. Aussitôt un esclave accourut servilement : « -Maître, nous sommes là pour vous servir. Ordonnez et nous obéirons.
-Que l’on se débarrasse de ce corps. Fais vite ou tu envieras bientôt son sort. » L’esclave frémit. Après tout, son terrible maître n’était-il pas connu pour son extrême cruauté ? Il préférait ne pas imaginer les tourments qu’avaient dus subir le corps qu’il tirait hors de la froide salle noire. Il observa un moment le dur visage contracté en un hideux rictus de douleur. En tout cas, voilà un guerrier de moins susceptible de s’en prendre à lui.

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MessageSujet: Re: Arduilanar   Jeu 16 Déc - 18:35

Partie II : Le voyage

Chapitre 1 : Le départ

Taenion et Farendyl discutèrent longtemps des préparatifs du voyage. Taenion avait par précaution calfeutré la porte de sa chambre et la fenêtre avec son oreiller et ses draps – précaution inutile et assez peu efficace, mais il aimait se sentir en sécurité, surtout depuis Karnlomë Niëvelon. Farendyl se mit directement à son aise et alla s’asseoir sur le lit du jeune elfe. Celui-ci, un peu gêné, préféra prendre une chaise.
« -Qu’as-tu comme équipement ? demanda-t’il à celui qui devait jouer le rôle de son valet.
-Je ne que ce que le Conseil m’a fourni, car tu connais ma situation de pauvreté : une armure de cuir, de bonnes bottes de voyage, et des déguisements qui pourront nous être bien utiles au cours de notre voyage : de la teinture noire pour les cheveux et des habits Elmorgion…
-En aurons-nous vraiment besoin ?
-Ne m’interromps pas ! Oui, nous en aurons sans doute besoin. J’ai observé la région depuis de longues années, et je peux te dire que cela ne nous aidera pas d’être des Elmünon là-bas. Ces habits ont été pris sur des cadavres, autant te prévenir tout de suite : j’ai entendu dire que les fils de la noblesse étaient très délicats…
-On t’aura abusé ; nous sommes aussi fiers et braves que n’importe qui.
-N’empêche… J’ai aussi des vêtements de Gelmayon, mais il nous sera plus dur de nous faire passer pour eux… toi, surtout…
Taenion crut qu’il se moquait de lui une fois de plus ; pourtant son ton n’était ni ironique ni moqueur. Que voulait-il signifier par cela ?
-J’ai aussi une panoplie d’armes, mais j’aimerais éviter d’avoir à m’en servir. Notamment une épée, un arc, beaucoup de flèches, car nous aurons à chasser pour nous nourrir. Et toi, qu’as-tu ?
-Une bonne lame, moi aussi ; elle vient de Gial Nivë, et m’est avis que tu en as rarement vu d’aussi belle, ne put s’empêcher de se vanter le jeune noble. Déconcerté par l’attitude batailleuse de son compagnon, il était maintenant bien décidé à lui rendre la pareille et à ne pas perdre une occasion de se montrer supérieur à lui.
-Ce n’est pas tant la provenance de la lame qui compte au cours d’un combat, que la qualité de son porteur… Je me fierai plus à moi-même pour combattre les monstres…
-Ce n’est pas tout, poursuivit Taenion qui avait feint de ne rien entendre ; j’ai aussi un grand arc en bois d’enfraülino, qui est dans ma famille depuis les Grandes Guerres contre les Elfes Noirs… Et bien sûr, je suis pourvu de flèches dont les pointes sont faites du métal que les humains extraient des montagnes. Mais comme tu l’as toi-même dit, de bonnes armes ne servent à rien ans l’entraînement qui convient. C’est pourquoi je suis depuis de nombreuses années l’enseignement d’un Diralon, qui m’a appris à manier l’épée, la lance, l’arc, un bouclier, à monter à cheval… Et évidemment, j’excelle à toutes les disciplines.
-Tu m’en diras tant, fit Farendyl d’un air goguenard. Combien de monstres ce « Diralon » t’a-t’il fait combattre ? Combien en as-tu occis ? As-tu cheminé à travers les terres sauvages ? T’es-tu nourri de racines, d’herbes et du produit de ta chasse pendant que tu collectais des informations au péril de ta vie pour le Conseil ? J’ai fait tout ceci et encore bien plus, tandis que tu paressais dans le luxe des palais…
-Ce n’est pas à toi de me juger.
-Ca tombe vraiment bien, tu ne devrais pas non plus me juger, et pourtant j’ai comme l’impression que c’est exactement ce que tu fais depuis que je t’ai rencontré.
-Ne me reproche donc pas ce que tu fais toi-même.
-Je n’autorise personne, pas même un arrogant fils de noble, à me parler sur ce ton ! Sais-tu par quelles épreuves j’ai dû passer ?…
-Et c’est parti pour le concert des lamentations, le coupa Taenion. Tu ne crois pas qu’au lieu de se disputer nous devrions nous concentrer sur notre objectif ?
-Et c’est toi qui me dis ça ! Quel toupet ! Néanmoins, tu as raison – une fois n’est pas coutume, n’est-ce pas ? Nous en étions aux questions d’équipement… As-tu une armure ? Oh, oui, j’avais oublié, évidemment que tu en as une. Mon père m’a acheté cette armure chez le plus graaand forgeron de Gial Nivë…fit Farendyl en imitant la voix de Taenion.
-Je ne le prendrai pas mal, mon style est inimitable… Oui, j’ai bien une armure, mais elle ne vient pas de Gial Nivë – tu es déçu, peut-être ? J’en ai même deux, d’ailleurs : une armure de cuir et d’un métal léger, le galentios, mais tu ne dois pas connaître ça… Et aussi une armure de cérémonie argentée, patiemment lustrée et ornée des armes de ma famille. Une armure d’entraînement, encore, mais elle ne compte pas vraiment, je n’oserais pas me montrer avec ça sur le dos… Elle est pleine de coups et de bosses, dit Taenion presque pour s’excuser. Bon, ça doit être à peu près tout…
-Très bien, répondit Farendyl qui pour une fois faisait des efforts pour garder son calme et ne pas s’emporter. Il te faudra étudier les cartes du voyage, également.
-Mais mon Sogilon m’a aussi appris la géographie, objecta Taenion.
-Ca ne te suffira pas, tu peux me croire. Tu devras connaître tout notre itinéraire par cœur, afin que si jamais nous perdions les cartes et que je ne sois plus en état de nous guider, tu puisses te diriger seul.
-Tu n’exagères pas un peu ?
-Oh non, tu peux me croire. De grands dangers nous attendent sur cette route : des monstres, des créatures en tous genres, mais aussi, et ceux-là sont les plus dangereux, des Hommes et des Elfes.
-J’ai entière confiance en mon peuple, répondit fièrement Taenion ; ce n’est pas parce que tu es métis que tu peux te permettre de douter devant moi de l’honnêteté des elfes à part entière.
Taenion avait lourdement insisté sur ces derniers mots et Farendyl eût pu se sentir blessé s’il n’avait été habitué depuis toujours à subir ce genre de remarques.
-Je voulais bien entendu dire des Elfes noirs. Je pensais que tu comprendrais mais apparemment, j’ai dû un peu surestimer tes capacités mentales. Nous devrons d’abord – il sortit une carte de son équipement qu’il déroula – sortir d’Eldhamün, ce qui prendra à peine trois jours. Après cela – il traça du doigt l’itinéraire – nous parcourrons les Terres sauvages, puis les royaumes humains proches des Montagnes du Ciel. Si tout se passe bien, nous pourrons poursuivre jusqu’au grand royaume Gelmayo. C’est là que les choses devraient se corser, les Hommes du Sud, malgré leur attitude qui se voudrait amicale et docile, commencent à se montrer ouvertement hostiles à notre cause dans leurs décisions intérieures. Nous avons à craindre le pire, c’est-à-dire une alliance avec les Elmorgion. Si tu n’as pas trop peur, nous partirons au plus tôt, c'est-à-dire dans deux jours. As-tu réfléchi à ce que tu diras à ton père à mon propos ?
-De quoi parles-tu ?
-Comment comptes-tu justifier ma présence ? On m’a dit que je devrais jouer un temps le rôle de ton domestique pour ne pas attirer les soupçons de ton père, puis du roi. Mais comment lui-expliqueras-tu l’arrivée inopinée d’un nouveau valet au manoir, et qui plus est à ton service personnel ?
-Je ne pense pas que je devrais lui expliquer quoi que ce soit. Je me suis brouillé avec mon père récemment, et nous ne nous parlons plus tellement. Mais tu dis que le Conseil t’avait demandé de faire attention à mon père. Comment cela se fait-il ?
-Le Conseil sait pertinemment que le seigneur Maluïn est dévoué corps et âme au roi, et pense que celui-ci l’aurait même chargé de surveiller pour lui certains membres du Conseil ou de la noblesse jugés un peu trop subversifs. Et tout ce que le Conseil sait, je le sais, ajouta-t’il avec fierté.
-Comment es-tu rentré au service du Conseil ?
-C’est une longue histoire, et un peu trop compliquée pour un fils de la noblesse à la tête enflée mais vide… Je te la raconterai si besoin est, mais pas ici ni maintenant.

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MessageSujet: Re: Arduilanar   Jeu 16 Déc - 18:37

Et en bonus, que j'ai aussi pu retrouver sur JVC, à votre plus grande joie () :



Histoire d'Aggëolith :


Aggëolith est née quand sont apparus les Trois, des êtres d’un autre monde aux grands pouvoirs, et qui façonnèrent le monde à leur image. (On dit qu’ils vinrent d’Aündulidamo, et la légende ajoutait qu’après leur mort leurs enfants les y rejoindraient) Eïdos était le plus grand d’entre eux, car son pouvoir était celui de la forêt et de la vie. Vlyïa commandait les mouvements de la mer, et tout ce qui vivait sous la surface de l’eau lui devait obéissance. Elle travaillait toujours en harmonie avec Eïdos, et leurs œuvres en étaient embellies. Mais le sombre Vikhtos, le dieu des flammes qui détruisent le monde, vivait à part, et dans son cœur naquit la jalousie, car il aimait Vlyïa, mais il savait qu’elle lui préférait le blond Eïdos.
Il créa pour elle des serviteurs, des êtres nommés Hyrolon (ce qui signifie êtres de feu), constitués tout entiers de flammes ; mais elle les refusa, et Vikhtos abandonna ses créatures, dont les esprits s’emplirent de haine et de désirs de vengeance. Elles proliférèrent dans les déserts reculés d'Aggëolith, et les Trois oublièrent leur existence.
Sur le modèle de leur frère, Eïdos et Vlyïa créèrent à leur tour des êtres liés à leurs éléments, et qui furent respectivement les Münolon ou êtres de la forêt, et les Marolon, ou êtres de la mer. Leur but était de protéger les bois et les océans des démons nés dans les ombres d'Aggëolith, mais ils étaient incapables de vivre hors de la forêt ou de la mer, et en dépendaient totalement.
Vikhtos ignorait l’existence de ces créatures, et décida d’attaquer par surprise Eïdos avec l’aide d’une bande de monstres à qui il s’était uni par le serment de leur donner toutes les forêts dès que le dieu serait mort. Mais les Münolon vinrent en aide à leur créateur, et Vikhtos d’attaquant devint attaqué. Il fut poursuivi par son ennemi en courroux jusqu’aux confins du monde, dans le terrible Désert Inexploré. Il se retourna vers Eïdos dans une tentative désespérée, mais alors qu’il s’y attendait le moins ressurgirent les Hyrolon. Il les trompa, leur disant que c’était la faute du dieu sylvestre s’il avait dû les abandonner, et qu’ils lui devaient allégeance car il était leur père. Par sa langue aiguisé et son sens du mensonge, il sut les persuader de se joindre à lui. Aussi se soumettirent-ils à sa volonté, et ensemble ils tuèrent l’infortuné Eïdos qui périt sous les coups enflammés des monstres.
Dès que Vlyïa l’apprit, elle rentra dans une terrible et juste colère. Elle se forgea dans son atelier marin un sabre à la lame bleue qui frappait avec la puissance destructrice des océans, et le nomma Fülmarilo, ce qui signifie Fureur des mers. Elle s’en alla trouver Vikhtos, qui une fois de plus appela à lui ses monstres. Mais la déesse des eaux les vainquit tous, car sa colère décuplait le pouvoir de son arme. Le sombre dieu s’enfuit, et elle le poursuivit à travers tout Aggëolith, tel Eïdos avant elle. Elle rattrapa Vikhtos dans le Désert Inexploré, mais quand il tenta d’appeler une nouvelle fois ses créatures, aucune ne vint, car elles avaient trop peur de la déesse à la lame bleue. Aussi les deux dieux s’affrontèrent en un épique duel, la puissance des océans contre la force des flammes, mais Vlyïa avait le dessus, et après trois jours et trois nuits de combats, elle vainquit le sombre dieu.
Elle ne le tua point, mais fit sortir la vie de son corps au moyen d’une mince incision au niveau du cœur, car elle était versée dans l’étude des arcanes magiques, et, avec l’aide de son pouvoir, la récupéra, puis la fit rentrer dans le corps d’Eïdos, qui quitta la mort mais ne retrouva pas une immortalité totale. De plus, au cours de l’opération, une partie de l’âme de Vikhtos s’était retrouvée dans l’esprit du dieu sylvestre, mais nul ne s’en rendit compte, car l’esprit d’Eïdos était plus puissant que celui de l’intrus. Ainsi la vie reprit pour les deux dieux, et l’amour grandit dans leurs cœurs. Les combats entre les dieux déterminèrent à jamais les lois de la nature : le feu peut brûler le bois, mais l’eau est là pour éteindre le feu et redonner vie aux arbres.
Ils ne tardèrent pas à se marier, et de leur union naquirent six enfants : d’abord Eïdion et Vlyel, puis Eïdoth et Vlyan, et enfin Eïdor et Vlyë. Les dieux se rendirent compte alors que l’immortalité d’Eïdos avait perdu son intégrité. Cela ne se voyait pas encore chez leurs enfants, mais leurs petits-enfants deviendraient mortels si rien n’était fait. Ils décidèrent alors, malgré la dureté de ce choix, d’en sacrifier deux pour sauver le reste, et le sort tomba sur les deux derniers. Ils furent dépossédés de l’immortalité mais les autres purent enfin en recevoir une totale et qu’ils pourraient transmettre à leur descendance. Eïdion se maria à Vlyel, Eïdoth se maria à Vlyan, et tous ensembles ils formèrent le peuple des Elfes. Quant à Eïdor, il devint le premier père des Hommes, et il se maria à sa sœur Vlyë. Ils quittèrent la demeure des dieux, et chaque couple alla s’installer dans sa propre demeure : Eïdion et Vlyel près de chez leurs parents, car ils aimaient en recevoir des conseils ; les Hommes à l’écart ; et la troisième famille plus loin encore.
Eïdos et Vlyïa rendaient fréquemment visite à leurs enfants, mais un jour, en se rendant dans la maison d’Eïdoth et Vlyan, ils les trouvèrent en train de prier devant la dépouille de Vikhtos, et de l’appeler dans un noir langage qui n’était pas celui des Elfes. Ils comprirent alors que l’esprit du sombre dieu avait perduré à travers le corps du ressuscité et que leurs enfants en avaient maintenant hérité. Ils les interrogèrent, dans l’espoir que leurs âmes ne soient pas totalement noires, mais ils leur crachèrent à la figure et s’enfuirent. Aussi furent-ils maudits par les dieux, et ils changèrent de nom pour devenir Vikhtôr et Korâghia, les fondateurs du terrible peuple des Elfes noirs ou Elmorgion, au teint blafard et aux cheveux d’un noir de jais. Ils allèrent se réfugier dans les montagnes glacées du Nord, et l’on n’entendit plus parler d’eux pendant longtemps. Ils creusèrent d’immenses cavernes dans la roche, et leur descendance se multiplia, mais la malédiction des dieux prit la forme d’une terrible maladie qui les mena à leur déclin et leur fit perdre l’immortalité. Cependant, ils furent moins affectés que les humains, et leur durée de vie dépassait toujours cinq cents ans : mais leurs corps étaient corrompus et affaiblis, et pour survivre ils durent fortifier leurs carcasses pourrissantes par des procédés nécromantiques, ce qui ne fit qu’accroître la noirceur de leur âme.

Les Elfes qui descendaient d’Eïdion et Vlyel s’installèrent à Myatür, au milieu de l’Océan Immense, qui se situe au cœur d’Aggëolith, où ils fondèrent un grand empire maritime. Avec le temps, les dieux espacèrent de plus en plus leurs visites, et parallèlement se développaient les premiers Cultes, destinés à leur rendre hommage. Les Hommes s’installèrent loin des Elfes, car les fils d’Eïdor trouvaient injustes que leurs parents aient été sacrifiés pour l’immortalité des aînés; Eïdor lui-même considérait cela comme un honneur de s’être donné pour les autres, mais après sa mort les Humains coupèrent tous les liens qui les unissaient au peuple elfique. De ce fait, les dieux ne vinrent plus leur rendre visite, et peu à peu leur souvenir s’effaça de la mémoire des Hommes.
Des siècles plus tard surgit la première tentative d’attaque des Elmorgion. Les Elfes en furent surpris, car ils ne connaissaient pas grand-chose de ce qu’étaient devenus leurs sombres cousins, croyant à leur mort des suites de l’épidémie. Le roi Baldonion voulut parlementer avec les Elfes noirs, mais ceux-ci le trahirent et le tuèrent alors qu’il était venu dans leur campement, seul et sans armes (car telles étaient en effet les conditions pour entamer la discussion). Puis ils se lancèrent à l’attaque de Myatür, profitant du désarroi des Ellamion (Elfes de lumière, par opposition aux Elfes noirs). L’attaque fut cependant repoussée, et le fils du roi, Bellanion, prit sa suite. Après avoir réparé les dommages causés par la guerre, il leva une armée et tenta une audacieuse attaque sur les sombres cavernes des Elmorgion. Tout faillit réussir, mais l’annonce d’une attaque des Hommes sauvages, qui s’étaient séparés du peuple des Humains et s’étaient ralliés aux Elmorgion, fit rebrousser chemin à l’ost elfique.
La riposte des Elfes noirs ne tarda guère : deux mois plus tard , Bellanion était assassiné. S’ensuivit une terrible guerre civile entre les partisans du fils du roi, Baldir, dont les idées différaient de celle de son père et qui désirait guider les Elfes vers les forêts du Continent où ils vivraient enfin loin de la peur des tempêtes maritimes, et ceux qui soutenaient le cousin du défunt monarque malgré son lien de parenté plus éloigné, car ils ne désiraient guère quitter Myatür. Les Ellamion se lancèrent donc dans une guerre fratricide, qui eut de lourdes conséquences sur ce peuple. Les dieux mirent fin à leurs visites, et alors les Elfes, qui s’étaient séparés entre les Elmünon ou Elfes de la forêt et les Elmaron ou Elfes de la mer, ne purent plus compter que sur eux-mêmes. On ignore exactement comment les elfes perdirent leur immortalité : d’après certains les dieux exaspérés par la guerre qui régnait entre leurs enfants les auraient maudits à leur tour ; mais d’autres prétendent que ce sont les Elmorgion eux-mêmes qui dévastèrent le peuple des Ellamion à l’aide d’une épidémie, générée à partir des restes du Mal qui les avait ravagés des siècles plus tôt et renforcée par des maléfices. Les Ellamion meurtris se scindèrent malgré tout lors de ce qui fut appelé le Grand Schisme, et les Elmünon partirent dans les forêts du Continent fonder les royaumes d’Eldhamün, de Celamün et de Darlomün. Ils y découvrirent les Münolon, mais aussi les Hommes et les Lutins, avec qui ils conclurent des alliances. Ils se rendirent compte que la terre sur laquelle ils avaient débarqué et le pays des Elfes noirs n’étaient qu’un seul continent, et ils durent mettre en place des murailles pour protéger leurs royaumes.
Pendant vingt siècles, les royaumes ont prospéré, malgré les guerres incessantes contre les Elmorgion et les sombres Morgiolon (de sinistres créatures à l’apparence humaine mais dénuées d’intelligence et esclaves des elfes noirs ; pour une plus ample description, vous pouvez consulter l’inventaire des Races). Les Lutins sont partis se réfugier dans les montagnes ; les Elfes ont conclu des pactes avec le peuple des Dragons, qui vivent au sud de leurs royaumes ; Myatür a fondé des colonies sur le littoral du continent et a renoué des liens avec les royaumes sylvestres. Un semblant de paix règne désormais sur Aggëolith, et pourtant la guerre se prépare ; les Elfes noirs forgent de nouvelles armes dans leurs cavernes ; les Morgiolon s’agitent et réclament du sang ; les Dragons eux-mêmes semblent se préparer à un affrontement qui n’aura rien de commun avec tout ce que Aggëolith a subi auparavant, un affrontement où chaque peuple aura un rôle à jouer et un tribut de sang et de larmes à verser.

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MessageSujet: Re: Arduilanar   Jeu 16 Déc - 18:38

Inventaire des Races



Aggëolith est un vaste monde ; à l'Ouest se trouve l’Océan, au Nord les Landes de Glace, au Sud le Désert Inexploré et à l'Est les Montagnes du Ciel. Ce monde est peuplé par différentes races à l’aspect plus ou moins humain, qui sont principalement les Elfes, les Hommes, les Lutins, les Morgiolon.
Les Elfes se divisent eux-mêmes entre trois races : les Elfes sylvestres ou Elmünon, les Elfes marins ou Elmaron, et les Elfes noirs ou Elmorgion. Elmaron et Elmünon forment les Ellamion, ou Elfes blancs, par opposition aux Elfes noirs, qui sont beaucoup moins nombreux, adorent le dieu maléfique Vikhtos et n’ont de cesse de lever des armées pour tenter de réduire en esclavage les Hommes et les Elfes. Ils peuvent tous vivre plus de deux cents ans mais ne sont plus immortels, les uns des suites de malédictions divines, les autres d’une épidémie d’origine magique..
Les Hommes sont pour la plupart les alliés des Elfes Blancs ; les autres sont des sortes de sauvages, qui peuplent le Désert Inexploré et les Landes de Glace, et qui sont les amis des Elfes noirs. Les humains forment l’une des races les plus courageuses et défendent toujours jusqu’à la mort la cause qu’ils défendent, qu’elle soit bonne ou mauvaise.
Les Lutins, des êtres de petite taille et ailés pratiquant la magie, vivent à l’abri des dangers extérieurs dans des cités de cristal et de lumière au cœur des montagnes. Ils ont été les alliés des Elfes mais les relations sont désormais rares entre les deux peuples, car les Lutins vivent dans l’isolement.
Les Morgiolon sont des monstres à l’aspect humain, à la peau d’un noir de jais, aux yeux rouge et dotés de terribles crocs. Ce sont des êtres profondément maléfiques liés au feu et qui constituent le gros des armées des Elfes noirs.

En plus de ces peuples, il existe de nombreuses races magiques, directement liées à des éléments de la nature. En font partie : les Münolon, petits lutins liés à la forêt, les Marolon, créatures au corps constitué d’eau et liés à la mer, etc.

La plupart des animaux d’Aggëolith sont identiques aux nôtres ; certains n’y existent pas, d’autres lui sont propres, comme les Dragons, les animaux elfiques, les monstres des Elfes noirs, etc.

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MessageSujet: Re: Arduilanar   Jeu 16 Déc - 18:39

D'accord, c'est niais au possible. D'accord, le style est à revoir. D'accord, c'est d'une longueur indécente (sksss). Mais que voulez-vous, c'est une oeuvre de jeunesse et je suis un sentimental.

Et puis, je tiens à le préciser, c'était du pré-Warhammer. J'ignorais tout de Battle à cette époque lointaine (autant dire que ça remonte).

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MessageSujet: Re: Arduilanar   Ven 17 Déc - 0:12

Je m'en souviens. J'avais failli lire jusqu'au bout.

"Amarthan Locëcundion, Fils du Dragon"
Il a osé ! Il a osé ! Je ne pourrai plus penser à lui autrement que comme une grosse masse de muscles - et de nerfs, la hache sur l'épaule, en contre-plongée, par derrière et faisant face au soleil couchant.

Le tout entrecoupé de scènes où il tranche dans la mêlée, avec sa grosse hache. Alors, heureux ?

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