Les Flammes de la Guerre

C'est une époque sombre et sanglante, une époque de démons et de sorcellerie, une époque de batailles et de mort. C'est la Fin des Temps.
 
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 Tohrj. Tohrj... tout court.

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Arduilanar
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MessageSujet: Tohrj. Tohrj... tout court.   Sam 30 Avr - 0:51

1.

Trois gouttes d’essence de belladone… Un foie d’ours haché menu… Quatre orteils pilés…
Maintenant, allumer la cornue. Aenius claqua des doigts, faisant apparaître une petite flamme magique au bout de son index. La mèche grésilla, fuma, mais refusa de s’allumer. Saleté de mèche ! Allait-elle prendre feu, à la fin ? C’était bien le problème de travailler dans des grottes. L’humidité imprégnait les grimoires et les robes, faisait moisir les cadavres et rongeait les couteaux rituels. Un vrai calvaire. Foutue humidité, oui.
Aenius claqua des doigts une nouvelle fois, sans effet. La mèche refusait désespérément de s’allumer, et même la flammèche magique n’y faisait rien.
« Par tous les Vers ! Tu vas t’allumer, saloperie ?! »
Clac. Clac. Clac. Pschiiiiit. Dans un grésillement, le bout de tissu récalcitrant daigna enfin s’embraser. Aenius poussa un soupir de soulagement. La magie, c’est bien pratique, mais quand on a les doigts vermoulus par l’arthrose, claquer des doigts peut être une véritable torture.
Bien, bien. Placer le mélange dans la cornue, et la cornue sur la flamme…
« Monsieur ? », fit une petite voix flûtée en tirant le bas de sa robe.
Le vieux nécromant sursauta et lâcha la cornue. Le délicat récipient de verre s’écrasa au sol, arrosant les orteils d’Aenius de la mixture. Celui-ci se retourna en criant :
« Par le Roi des Vers, mais quel est le con qui… »
Il s’arrêta net. C’était un enfant. Ou du moins ça y ressemblait.
C’était… petit. Petit et pas bien gros. Oui, ce devait être un enfant. Des genoux cagneux, une caboche aux joues creuses dévorée par deux grands yeux et un sourire. Moche, le sourire. De celui qui vous donne envie de foutre un coup de pied et de regarder le gamin aller pleurer chez sa mère.
« Monsieur ? », reprit l’insupportable petite voix.
Aenius détestait les enfants. Du moins, tant qu’ils respiraient. Une fois morts, ils devenaient immédiatement beaucoup plus vivables.
« - Qu’est-ce qu’y a, morveux ? C’est pas pour les gamins, ici. C’est une cache secrète de nécromanciens.
- Mon papa, y bouge plus. »
La face sinistre d’Aenius s’éclaira.
« - Tu veux dire qu’il est mort ?
- Oui, je crois. Il a fait « argh », et pis il est tombé par terre. Alors j’ai pris la fourchette et je lui ai mis dans l’œil, et même que ça l’a pas réveillé. Alors j’l’ai enlevée et j’ai refait pareil dans l’autre œil, pour voir. Et il a toujours pas bougé. Tiens. J’te l’ai apportée. »
En souriant, l’enfant lui tendit la fourchette, dégoulinante de sécrétions visqueuses.
« - Et mais… Qu’est-ce tu veux qu’j’en foute, de ta fourchette ! C’qui m’intéresse, c’est le cadavre ! On a jamais assez d’sujets d’étude…
- Mon papa, il a dit : Tohrj, si y m’arrive quelque chose, va voir Sjoring dans la grotte. C’est un sale con, mais y pourra t’aider, qu’il m’a dit. C’est toi, Sjoring ? »
Aenius ricana. Sjoring Langue-de-Glace était le supérieur de la petite guilde de nécromanciens locale, et son manque d’amabilité était en effet presque légendaire.
D’ailleurs, si le père du gamin le connaissait, ce ne pouvait être qu’un membre de la guilde. Ou un ancien membre… Par les Vers, mais oui !
« - Dis moi, gamin, ton père, y s’appellerait pas Kvir le Dément, des fois ? », demanda Aenius, illuminé par la soudaine révélation.
« - Si. Alors c’est toi, le sale con ? Pis d’abord, mon papa, il a dit, tu le reconnaîtras, c’est un sale con, mais y m’a même pas dit ce que c’était, un sale con. Monsieur, c’est quoi, un sale con ? »
Le nécromancien ricana une nouvelle fois. Si c’était bien le fils de Kvir, il fallait absolument le présenter au supérieur de la guilde. Sjoring allait être littéralement en-chan-té…


***


« - Maîîître ? », chevrota la voix éraillée du vieux nécromancien quand il pénétra dans la crypte.
« - Aenius, je vous ai répété mille fois de ne pas me déranger qu… Par Mannimarco !
- Bonjour monsieur le sale con ! », entonna Tohrj avec entrain. « Mon papa, il a dit, va trouver Sjoring, tu verras, c’est un sale con, alors le monsieur, je lui ai donné ma fourchette, et…
- Par les dieux, êtes-vous sérieux ? » siffla Sjoring, les yeux écarquillés, ivre de rage. « Pas – d’enfant – ici ! Je pensais avoir été clair, pourtant ! Vous connaissez les villageois, ils sont plus que pointilleux sur les histoires de morale.
- Excusez-moi, maître, s’excusa Aenius en s’inclinant, mais ce gosse dit qu’il est le fils de Kvir, et…
- Kvir ?! Ô Vers, mais tout s’explique…
- Dis, monsieur, tu m’as pas répondu », fit Tohrj, boudeur.
Le supérieur de la guilde sembla se réveiller d’un long rêve et se pencha avec lenteur vers l’enfant, comme s’il venait de remarquer sa présence.
« - Toi, là. Tu es le fils de Kvir le Dément ? »
La voix était sèche, dure, implacable ; le ton, aussi glacial qu’il sied au maître d’une guilde de nécromanciens – il n’avait pas usurpé son surnom de Langue-de-glace. C’était l’intonation que prenait Sjoring pour se faire obéir des jeunes adeptes récalcitrants. Habituellement, l’effet escompté se manifestait sans attendre – vague bredouillement gêné, révérence maladroite et prudent repli stratégique. Tohrj, lui, fondit en larmes, criant à plein poumons de sa voix aigrelette.
« Mon pa…pa… il… est… moooort ! »
Désemparé, Sjoring se tourna vers Aenius.
«- Mais qu’est-ce qu’il a ? Qu’est-ce que j’ai dit ? Et par le Roi des Vers, comment on fait pour que ça s’arrête ?
- Je ne sais pas, ô maître… », répondit le vieux nécromancien en se bouchant les oreilles.
« - Et bien, débrouillez-vous pour que ça cesse ! »
Aenius grommela – intérieurement, bien entendu. Il en avait de bonnes, le patron. Lui, les mioches, il les connaissait que pendus à un croc de boucher et les tripes à l’air. Il tenta quand même le tout pour le tout.
« Dis-moi, mon petit, », susurra-t’il aimablement, « tu veux un bonbon ? »
Pour toute réponse, Tohrj hurla et pleura de plus belle. Evidemment, il aurait dû s’y attendre. Tout portait à croire que l’astuce était un peu usée, après plus de cinquante ans à attirer des enfants dans les grottes pour se fournir en sujets d’expériences.
La manière douce et diplomatique avait donc échoué. Soit. Aenius décida donc de revenir à des méthodes plus directes et ayant fait leurs preuves depuis longtemps, et fila au jeune pleurnichard une gifle mémorable. Comme par magie, les braillements cessèrent net, s’étouffant en un hoquet entrecoupé de sanglots.
« Aaaaah », soupira d’aise Sjoring en retirant les mains de ses oreilles, « ça fait du bien quand ça s’arrête… Et maintenant, répond à ma question. Es-tu le fils de Kvir le Dément ?
- Oui, m’sieur », fit Tohrj en reniflant. « Kvir, c’est mon papa. Mais y bouge plus, et je lui ai planté la fourchette pour vérifier, et…
- Ton père est mort ? », le coupa le chef de guilde.
« - Oui, ms’ieur. Mais c’est l’autre monsieur qui a gardé la fourchette. Alors mon papa y m’a dit…
- Kvir était un bon élément de la guilde, en son temps », poursuivit Sjoring pour lui-même. « Plus original que doué, oui, je dois l’admettre.
- … et y m’a dit, va trouver Sjoring, tu verras, c’est un sale con, mais y pourra t’aider, et…
- Et j’oubliais sa légère tendance à l’irrévérence », marmonna-t’il en rosissant légèrement sous son teint blafard. « C’est bien pour ça que nous avons dû l’exclure, hélas. Il n’était plus possible de supporter son comportement…
- Dis, monsieur, mon papa, y se réveillera pas ?
- Je ne pense pas, non. Quel est ton nom, fils de Kvir ?
- Tohrj, m’sieur. » La réponse fut suivie d’un reniflement peu ragoûtant. « Tohrj… tout court. »
« - Et bien Tohrj, vois-tu, la nécromancie est un art exigeant, et tous ne parviennent pas à leur but. Certains parviennent à atteindre a récompense ultime, l’immortalité, mais ils sont rares ; et pour les autres, et bien, la mort peut survenir n’importe quand, au hasard d’une expérience malencontreuse. Nous sommes comme des oiseaux, vois-tu. Certains parviennent à s’envoler et partent toucher le soleil, les autres tombent du nid et se brisent le cou. Tu comprends ?
- Tu veux dire, » fit Tohrj au prix d’un effort intellectuel apparent, « que mon papa, c’est un oiseau ?
- Ouiii ! Euh, non, non, bien sûr que non. C’était, eh bien, une métaphore.
- C’est comme une comparaison, tu vois », intervint Aenius pour se sentir utile.
- Vous, je ne vous ai pas sonné », répliqua Sjorling d’une voix tranchante.
Le chef de guilde observa l’enfant en silence. Il était plutôt maigre, limite squelettique, même. Il était presque étonnant qu’il ait survécu – Kvir le Dément ne devait pas être le père le plus attentif de Skyrim et Sjorling aurait parié qu’il avait oublié plus d’une fois de se préoccuper de nourrir son fils, absorbé comme il devait l’être par ses expérimentations farfelues. Un drôle de type, ce Kvir. Sjorling se rappelait comment il avait plus d’une fois manqué de tous les tuer par ses idées étranges – mettre au point une nouvelle substance explosive dans une crypte éclairée à la bougie, par exemple. Tohrj n’avait pas l’air malin, ça non, mais Sjorling était persuadé qu’il pourrait en faire un nécromancien digne de ce nom. Il avait quelque pré-requis avantageux : les genoux cagneux, la mine maladive, les orbites creuses, en plus d’un premier contact traumatisant avec la mort. Oui, il saurait en faire quelqu’un comme il faut ; et au pire, même son petit cadavre pourrait être utile.
« Mon garçon », fit Sjorling en affichant un sourire carnassier, « as-tu déjà songé à t’initier à la nécromancie ? »

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MessageSujet: Re: Tohrj. Tohrj... tout court.   Sam 30 Avr - 0:51

2.

Les doigts fins du maître de guilde étaient fermement serrés sur la jeune épaule squelettique.
« Dis bonjour à tes nouveaux compagnon de guilde, mon garçon. »
Dix visages émaciés se tournèrent d’un seul geste vers le nouveau venu. Dix visages aux mines sombres, et pourtant pâles sous la couche de crasse.
Se retrouver présenté à toute une confrérie de nécromanciens attablés a de quoi affecter même l’esprit le plus simple. Tohrj lui-même perçut la menace potentielle – preuve, s’il en faut, que l’instinct de survie est présent chez tous les êtres vivants, y compris les moins évolués. L’enfant eut un sourire gêné et tenta de se dégager, mais la poigne de fer de Sjorling le tenait fermement en place.
« Allez, dis bonjour. »
Tohrj aurait voulu pleurer, mais la dernière fois qu’il avait tenté l’expérience, il n’avait eu droit qu’à une baffe phénoménale. D’ailleurs, il en sentait encore la brûlure sur sa joue. Peut-être que s’il pleurait, le monsieur reviendrait et le frapperait. Le frapperait… Tohrj gémit, mais ne pleura pas. Il n’aimait pas quand le monsieur le frappait.
« - Euh, maître Sjorling…, intervint timidement l’un des hommes. Vous, je, euh… C’est que, euh… Un enfant ? Ici ? Vous savez pourtant que les comités d’éthique ne vont pas aimer ça…
- Ulkar n’a pas tort, ô maître. Vous vous souvenez bien le bazar la dernière fois qu’ils ont appris qu’on continuait à expérimenter sur les gamins, malgré le nouveau décret impérial sur la morale…
- Ouais, reprit un troisième, même qu’il a fallu qu’on leur raconte qu’ils avaient plus de quinze ans et qu’ils étaient tous d’accord. Dis Heifnir, tu te rappelles quand on a dû cacher les corps quand la commission a fait une inspection surprise ?
- Par les Vers, oui !, répondit Heifnir en essuyant ses larmes de rire. On les avait enterrés dans le sous-sol, et on était morts de trouille à l’idée qu’ils creusent trop vite et qu’ils déboulent alors que les inspecteurs n’étaient pas partis…
- Je me souviens même qu’un des zombies avait creusé plus vite que les autres et que ses doigts dépassaient déjà du sol. J’avais dû garder le pied dessus pour pas qu’ils le remarquent… »
Inquiet, Tohrj regarda les dix nécromanciens rire aux éclats – bien que cela ressemble plus à un concert de crécelles rouillées qu’à de réels éclats de rire. Tohrj n’aimait pas les crécelles. Et il n’aimait pas les monsieurs habillés en noir. Et il les aimait encore moins maintenant qu’il les voyait rire.
« Cela suffit. »
Les rires s’étranglèrent. Sjoring Langue-de-glace n’appréciait pas les écarts de conduite.
« Ce n’est pas n’importe quel enfant. C’est le fils de Kvir le Dément.
- Kvir ? Je m’disais aussi… Ah, qu’il est moche ! Y r’ssemble à son père, tiens.
- J’ignorais que le vieux fou de Kvir avait eu un fils. Avoir des enfants, c’est plutôt rare, chez les nécromanciens.
- En même temps, il a pas l’air franchement humain, le môme. T’as vu un peu sa tronche et ses côtes saillantes ?
- Et pis les genoux… Ils sont quand même vachement flippants, ses genoux. Si ça se trouve, c’est un hybride humain-zombie.
- Heifnir, intervint Sjorling d’un ton glacial. Je vous ai répété cent fois que les humains et les morts-vivants ne sont pas compatibles pour la reproduction. Et ce, en dépit de tous vos essais.»
Heifnir marmonna dans sa barbe.
« - Je vous demande pardon ?
- Rien, rien, grogna Heifnir d’un ton bourru. J’pensais juste que les gens d’ici étaient plus ouverts d’esprit qu’ailleurs, c’est tout. Mais non, non, faut toujours se moquer…
- Nous ne condamnons pas la nécrophilie en elle-même. Par contre, il est vrai qu’il est plus que dérangeant que vous ayez déjà endommagé plusieurs sujets d’étude en vous livrant à vos… pratiques.
- Par les Vers, Sjorling, j’vous l’ai déjà dit mille fois, j’pouvais pas savoir que j’allais lui détacher la rotule… Je contrôle pas toujours ma force, c’est tout…
- Excusez-moi, le coupa l’un des encapuchonnés, mais fils de Kvir ou pas, que fait-il parmi nous ? Ce n’est pas un endroit pour s’occuper d’un enfant. Entre Aenius le tripier et Heifnir qui crache jamais sur un morceau de viande fraîche…
- Hé, j’ai mon honneur, moi !, gueula l’intéressé. P’têt ben que je lui ai arraché la jambe, à l’autre, de toute façon, elle commençait déjà à se putréfier. Mais jamais – jamais – je ne touche à la viande fraîche. En dessous de deux jours de faisandage, ça ne m’intéresse même pas…
- Tu parles, ouais ! La dernière fois, elle était même pas encore vraiment morte. Même qu’elle criait encore !
- C’est tout comme, elle était mourante…»

Et c’était reparti… Sjorling soupira. Des enfants. Tous des enfants. Ils avaient beau être vieux et décharnés, sans âme et sans pitié, au fond d’eux, ils restaient des mioches, prêts à se chamailler pour la moindre broutille. Et dire qu’il avait choisi la nécromancie pour échapper à la niaiserie puérile de la Guilde des Mages – ne pas faire d’expériences sur des cadavres, ne pas invoquer des cadavres, ne pas PENSER à étudier les cadavres… Autant de principes moralisateurs qu’il avait toujours trouvés stupides et infantilisants. En toute logique, il s’était attendu à une grande maturité de la part des fidèles du Roi des Vers. Et il avait été déçu. C’était le moins qu’on puisse dire.

« Cessez – sur – le – champ ! », siffla Sjorling entre ses dents.
Les nécromants lancèrent des regards inquiets à leur supérieur, dont les yeux lançaient des éclairs, tel un serpent prêt à mordre. Peut-être avaient-ils poussé le bouchon un peu loin. Sagement, ils optèrent pour un repli stratégique.
« - Pardonnez-nous, maîîître », entonnèrent-ils en chœur, penauds, comme des enfants venant d’être grondés.
Sjorling soupira et reprit :
« - Je disais donc, avant d’être interrompu – il jeta un regard noir à l’assistance – que ce garçon était le fils de Kvir le Dément, et qu’il était notre nouveau disciple, son père ayant trouvé la mort dans des circonstances… mystérieuses.
- Par mystérieuses, vous voulez dire que c’est encore une de ces expériences qui a raté ?
- Je ne sais pas. Sans doute, oui. Kvir était un élément… intéressant, bien que nous ayons eu à l’exclure, et il nous manquera tous beaucoup…
- Moi je l’ai toujours trouvé bizarre, ce Kvir, fit Heifnir à mi-voix.
- Il nous manquera tous BEAUCOUP. Hem. C’était un membre aimé de notre guilde, peut-être plus inventif que réellement talentueux, et…
-… et sacrément doué pour nous foutre dans la merde », acheva Aenius au moment où il faisait son entrée dans la salle.
« - Oui, on peut dire ça comme ça, reprit Sjoring. Il n’empêche que, exclu ou pas, il nous incombe de prendre en charge son fils, ici présent – il serra encore d’avantage ses doigts sur l’épaule de Tohrj – afin d’en faire un nécromancien digne de ce nom. Allez, Tohrj, dis donc bonjour. »
Tohrj hésita. Il leva le regard vers le maître de guilde, son menton en galoche, ses lèvres pincées, ses yeux terribles. Il n’avait pas l’air de vouloir rire. Et il lui faisait mal, il avait l’impression que les doigts d’acier s’enfonçaient dans son épaule. Mais les monsieurs en noir faisaient peur, eux aussi.
« Bonjour », finit-il par lâcher tout bas.
« - Maître, euh... il nous va falloir penser à vêtir le jeune disciple. Il ne peut rester habillé ainsi, comme un gamin des rues. Mais, hum, j’ai peur que nous n’ayons pas de robes à sa taille.
- Votre remarque est fort juste, Ulkar.
- Oh, c’est pas grave, dit Aenius. Il peut rester tout nu. Ca a la santé solide, à c’t’âge là, ça tombe jamais malade. »
Sjorling jeta un bref coup d’œil à l’assemblée et rejeta aussitôt cette hypothèse. Il aurait même juré avoir vu une lueur scintiller dans l’œil morne d’Heifnir. Cela aurait équivalu à jeter un agneau au milieu des loups. Ou plutôt une agnelle au milieu de béliers en rut. Même après dix ans passés à leurs côtés, leurs sombres faciès de pervers arrivaient encore à le faire frissonner.
« - Oui, euh… c’est une idée comme une autre, Aenius, mais je préfèrerais l’éviter. On devrait bien lui trouver une vieille robe pas trop moisie, et de toute façon, il grandira vite.
- Bon bah, c’est vous qui voyez, maître. Moi d’toute façon, comme je dis toujours, un bon gamin est un gamin étendu sur la table de dissec…
- Et je vous prierai de vous abstenir de ce genre de remarques, à l’avenir , le coupa Sjorling.
- Monsieur, c’est quoi une table de dissec-truc ?, fit la petite voix flûtée.
- Viens, petit, je vais te montrer, dit Heifnir en se levant, tout sourire.
- Heifnir, assis !, aboya le maître de guilde. J’ose vous prévenir que le premier qui touchera cet enfant subira mon courroux, et celui du Roi des Vers. Le respect entre membres de la guilde est sacré, et j’imagine que vous n’aimeriez pas à avoir à vous expliquer devant Mannimarco. Notre Seigneur déteste les manquements à la règle et se charge personnellement des récalcitrants… »
Heifnir déglutit et se rassit. Le Roi des Vers, fallait pas Le chercher, c’était clair. Sauf si on avait envie de finir sur Sa table de dissection à Lui. Il paraissait même qu’Il préférait les sujets vivants.
« Bien… Tohrj, te voilà maintenant devenu officiellement un nécromancien et un membre de notre guilde! »









« Euh… chef ?
- Quoi encore ?
- Bah, euh… il faut pas faire la cérémonie secrète, avant ?
- Ah, oui. Merci Ulkar. Tohrj, te voilà devenu un… presque-nécromancien. Allez, direction la salle de cérémonie et basta. »

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MessageSujet: Re: Tohrj. Tohrj... tout court.   Sam 30 Avr - 12:46

Héhé

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MessageSujet: Re: Tohrj. Tohrj... tout court.   Sam 30 Avr - 13:13

C'est tout ?

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MessageSujet: Re: Tohrj. Tohrj... tout court.   Sam 30 Avr - 13:42

T'es un tordu.
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MessageSujet: Re: Tohrj. Tohrj... tout court.   Sam 30 Avr - 14:15

Tu ne m'apprends rien.

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MessageSujet: Re: Tohrj. Tohrj... tout court.   Sam 28 Mai - 13:39

3.

« Allez, activez-vous donc ! Grom, allez me chercher la Flamme d’Eternité. Torbal, essayez de trouver ce qu’on a fait des Sistres de Sinistrose. Et vous, Halof, fouillez le coffre du fond, je crois me souvenir y avoir rangé les Candélabres d’Incarnation. »
Sans un mot, les trois nécromanciens s’exécutèrent, l’échine courbée. Ah, qu’il était bon de se montrer servile ! C’était pour cela qu’au fond ils aimaient tous Sjorling, pour sa sévérité et pour sa façon unique de les traiter comme des chiens. C’est que lorsque l’on est maître de la vie et de la mort, on aurait tendance à vite attraper la grosse tête. Mais Langue-de-Glace était le remède miracle à ce mal, et d’un seul mot il était capable de faire dégonfler les chevilles les plus enflées et de ramener à la raison le plus vaniteux des nécromanciens. Un traitement cruel, mais nécessaire – avant l’arrivée de Sjorling à la guilde, quelques membres, à force de se croire invincibles, avaient fini par défier les dieux et étaient allés montrer leur toute-puissance sur la mort en se jetant du haut du Pic du Frisson. La plupart des morceaux n’avaient jamais été retrouvés.
« -Maîîître ?, intervint l’un d’entre eux timidement.
- Qu’y a-t’il encore, Grom ?
- La Flamme d’Eternité est éteinte, ô maître.
- Encore ? Mais c’est la troisième fois ce mois-ci !
- Pardonnez-moi, maîître…, fit-il piteusement en s’inclinant.
- Bon, ça ira pour cette fois. Rallumez-la, et on fera semblant de n’avoir rien vu. »

« Maître ?
- Quoi - encore ?!, cracha Sjorling avec rage.
- Je, euh, je…
- Oh, excusez-moi, Ulkar, je ne vous avais pas reconnu. J’ai cru que Grom avait encore des soucis avec la Flamme d’Eternité.
- Vous voulez dire, hum, le flambeau qui reste allumé depuis l’Aube des Temps, en signe de notre dévotion éternelle à notre Seigneur le Dieu des Vers ? La Flamme sacrée dont on dit que la moindre interruption scellerait notre destin et marquerait notre fin en nous plongeant dans les Tréfonds du Néant ?
- A peu de choses près, oui. Mais vraiment très peu de choses.
- Maître, euh… Tout le monde s’active à préparer cette cérémonie, mais je me demande, euh, si ce que nous faisons est très… éthique.
- Tant que nous nous abstenons de faire passer le gamin sur la table de dissection, je suis sûr que les comités n’y trouveront rien à redire. Et puis, il est consentant – du moins il n’a pas dit qu’il refusait. On est dans les limites légales.
- Ce n’est pas de cela que je parlais, ô chef. Mais, euh, hum, comment dire, peut-être d’une certaine déontologie… qui nous recommanderait de ne pas entraîner une jeune âme innocente dans les abysses de notre turpitude…
- Déon-quoi ?
- Vous savez bien, maître… Des, euh, des règles qui codifieraient notre pratique… Une certaine ascription morale au paradigme de notre action, encadrée et contrôlée par des codes, dans un souci d’universalité potentielle et afin de trouver la ligne montante de l’humanisme en réalisant la quintessence de l’humanitude, et, et … »
Au regard d’incrédulité de Sjorling, Ulkar se mit à bafouiller et jugea plus prudent de ne pas poursuivre.
« Ulkar, Ulkar…, fit patiemment Sjorling en le prenant par l’épaule. Vous connaissez l’estime que je vous porte…
- Oui, m-maître, balbutia-t’il.
- …et vous savez que vous êtes peut-être le seul à qui je fasse confiance dans cette bande de dégénérés...
- Oui, m-mais je…
- …que je respecte votre opinion et votre sagesse…
- Mais, je…
- …alors pour l’amour des Vers, Ulkar, lâchez-moi donc et prenez un peu de repos. Vous allez finir par exploser, à force de réfléchir à des trucs pareils.
- Oui, maîître, fit Ulkar penaud. Mais peut-être que… peut-être n’est-ce pas le meilleur endroit pour élever un enfant, fût-il orphelin.
- Je ne vois pas pourquoi vous dites ça. Tohrj a eu de la chance en venant nous trouver. Il aurait pu tomber sur bien pire que nous… »
Ce fut au tour d’Ulkar de lancer à son supérieur un regard lourd de doute.
« - Oui, bon, admit le maître de guilde, peut-être pas pire que les nécromanciens. Mais ce petit a du potentiel, j’en suis persuadé. C’est le fils de Kvir, ne l’oublions pas.
- Monsieur, j’ai retrouvé la fourchette ! »
D’effroi, les deux vieux nécromants sursautèrent. Il allait de toute évidence leur falloir un long temps d’adaptation avant de se faire à la petite voix criarde aux interventions inopportunes.
Tohrj se tenait devant eux, un large sourire ouvert d’une oreille à l’autre, laissant apparaître quelques dents manquantes. Les deux grands yeux enfoncés dans leur orbite pétillaient, et la petite main décharnée était serrée sur une fourchette. Encore humide et brillante.
« Par les Vers, mais où es-tu allé planter cette fourchette, mon enfant ?, demanda Ulkar.
- Dans l’œil de mon papa, pour voir si y bougeait, répondit Tohrj tout sourire. Et comme y bougeait pas, bah j’ai enlevé la fourchette et j’ai refait pareil avec l’autre œil, pour être sûr. »
Ulkar gémit, horrifié. Cet enfant avait bien la trempe d’un nécromant.




***

Immense et sinistre, la statue de pierre étendait ses bras de géants vers l’assemblée, en un geste à la fois menaçant et protecteur. Le bras droit tenait le couteau rituel, la main gauche était ouverte en signe d’affection pour les fidèles. La folie et la mort dansaient dans les orbites creuses, cruelles flammes rouges symboles de la destruction, images vivantes de la colère du Dieu des Vers . Terrifié, Tohrj n’osait détacher ses yeux des prunelles incandescentes, le regard comme happé par cette lueur malsaine. Ah, l’effet de simples bougies sur un esprit influençable…

Avec la voix gutturale qui sied aux pratiques occultes, Sjorling commença à déclamer : « Ô Roi puissant, écoute tes fils ! »
Les nécromanciens entamèrent une lente psalmodie aux paroles incompréhensibles, la voix de basse d’Heifnir se mêlant aux criaillements éraillés d’Aenius et au chevrotement hésitant d’Ulkar.
« Que résonnent les Sistres de Sinistrose ! »
Avec application, Torbal agita ses instruments, empli d’une fierté muette par la tâche sacrée qui lui était confiée. Les instruments de métal rouillé bruirent d’un son désagréable et mélancolique, rythmant les paroles du chant des nécromants.
« Que les Candélabres d’Incarnation brûlent de la Flamme d’Eternité ! »
Pieusement, Grom s’avança et alluma les candélabres placés aux pieds de la statue. Le feu jaillit dans un impressionnant crépitement vert – rien de tel que la magie des poudres alchimiques pour impressionner les nouveaux venus.
« Et maintenant, avance-toi, toi qui viens chercher le Savoir auprès de notre Dieu ! »
Timidement, Tohrj s’avança, empêtré dans une robe beaucoup trop grande pour lui et qui traînait derrière lui, telle un voile nuptial. Elle sentait mauvais, la robe. Encore plus mauvais que quand son papa oubliait de sortir les ordures. Et même que des fois, et bah il y avait des rats, et que les rats, fallait les tuer à coup de pelle. Et aussi, même que la cervelle elle giclait partout et que ça c’était drôle. Tohrj sourit. La cervelle, ça c’était un bon souvenir.

« Et arrête de sourire ! », siffla Sjorling à voix basse.
Un sourire devant le Roi des Vers, voilà qui ne faisait pas sérieux. Un peu de tenue, tout de même. Kvir n’avait-il donc même pas enseigné à son fils que les mines sombres et sinistres étaient de mise lors des cérémonies ?
Sjorling tenta tant bien que mal de se concentrer de nouveau sur sa noble tâche. C’est que le petit l’avait perturbé, avec sa sotte idée de sourire au moment inopportun. Hum, oui, la litanie. Se concentrer sur la litanie. C’est qu’elle n’allait pas se réciter toute seule.

« Euh, et, euh… et maintenant, ô Toi que nous révérons, je, euh… nous T’implorons de prendre sous Ton aile bienveillante le jeune… Tohrj , comme tu pris jadis sous ton aile son père Kvir… » Ca ne lui avait pas trop réussi, d’ailleurs, à ce vieux bougre, quand il y repensait. Hum. Oui. Se concentrer sur la litanie…
« D’en faire un disciple écoutant et désireux d’apprendre, studieux et prompt à comprendre… » Ca aussi, c’était mal parti. Hum, la litanie.
« Qu’il inspire aux ignorants la crainte de Ton nom, et l’effroi de Ta puissance… » Ca, par contre, c’était mieux. Rien que le sourire, par exemple. Avec ses dents plantées de travers dans une bouche trop étroite, il y avait de quoi faire frémir. Ah, oui, la litanie.
« Oui, ô Maître incontesté de la vie et de la mort, consacre parmi nous ce nouvel adepte, le… treizième de notre confrérie ! » Treize. Voilà qui était un bon chiffre. Le Dieu des Vers aimait les comptes ronds. Et puis ça sonnait bien. Mystérieux et ésotérique.
« Oui, ô Roi puissant, qu’il en soit ainsi et que Tohrj devienne le treizième de Tes serviteurs en ce lieu. Puisse-t’il être en ce jour marqué par Ta suprême volonté, pour devenir le plus grand de Tes servants. Ainsi soit-il, ô sombre Seigneur.
- Aaaaainsi soit-il, oôo Seigneur », psalmodièrent les nécromants.

Sjorling poussa un léger soupir de soulagement. Le plus dur était passé, du moins le croyait-il. Et il allait s’en mordre les doigts.

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MessageSujet: Re: Tohrj. Tohrj... tout court.   Sam 28 Mai - 13:39

4.

Une bonne chose de faite, assurément. Sjorling se félicita intérieurement d’avoir remédié aussi rapidement à ce problème. Il avait presque peine à croire de l’aisance avec laquelle la crise avait été résolue. En l’espace d’une journée, l’intrusion impromptue d’un enfant avait réussi à se muer en l’adhésion d’un nouveau membre à la guilde. Et un souci réglé…

Mais le maître de guilde avait tort de croire s’être débarrassé aussi facilement des ennuis. Car, le problème du fils résolu, il restait encore le problème du père. Tandis que Tohrj paradait fièrement dans sa robe trop grande pour lui, quelques nécromanciens conspiraient à voix basse.
« -…un cadavre tout frais, on peut quand même pas rater ça.
- Tu ferais ça à un vieux camarade ? C’est vrai qu’on manque de corps, mais ça me gêne un peu pour le vieux Kvir.
- De là où il est, t’inquiète qu’il s’en fout.
- Et puis si ça se trouve, ça ne l’aurait pas dérangé. C’est quand même un nécromancien, même s’il a été radié. Il doit bien avoir le sens de la solidarité envers ses collègues…
- N’empêche qu’il est pas là pour nous le confirmer. Ca me chiffonne, quand même.
- Tout frais du jour ! Qu’est-ce qu’il te faut de plus ?
- Faudrait demander au petiot où il est, d’ailleurs. On a jamais su où il était parti quand il s’est fait expulser.
- Chht, v’là Ulkar ! »
Le cercle des conspirateurs se rompit, chacun tentant de prendre l’air le plus innocent possible – si tant est qu’un nécromancien puisse avoir ne serait-ce que l’apparence de l’innocence.
« - Je, hum, commença Ulkar d’un air soupçonneux, je ne voudrais pas m’immiscer dans votre conversation, mais…
- Mais c’est bien ce que tu fais. D’ailleurs, qui te parle de conversation ? On discutait même pas. Pas vrai ? »
Les autres opinèrent du bonnet.
« -Je vous ai entendus.
- Tu nous espionnais, oui !
- Non, non, j-je… Je, euh… , balbutia Ulkar avant de se reprendre. C’est, hum, c’est pas bien, ce que vous faites.
- De quoi te mêles-tu, Ulkar ? On a besoin de corps, tu le sais. On a déjà dû réduire nos effectifs de zombies le mois dernier, il ne nous en reste plus qu’un.
- Un demi, en fait. C’est celui qui n’a plus ni tête, ni bras.
- Et il me semble bien qu’il lui manque aussi la jambe gauche. On parle bien du même ?
- Oui, c’est bien celui-là. On le reconnaît facilement, c’est celui qui avance à cloche-pied.
- Je, euh…
- Oh, la ferme, Ulkar. C’est pas comme si on te demandait ton avis.
- Et puis on en a besoin, voilà tout.
- Je… vous… Vous feriez mieux de demander, quand même. A Sjorling. Ou bien, hum, il ne va pas aimer.
- Et, mais c’est pas si bête, c’qu’il dit, en fin de compte. Si Langue-de-glace nous donne son aval, ça officialise le truc, c’est un peu comme si le Roi des Vers lui-même il nous autorisait à l’faire.
- Et, euh, hum, vous allez demander à l’enfant, aussi ?.. Non ?
- Faut pas trop nous en demander non plus. »




***

« - Non.
- Mais, maîître…
- Je, hum, je vous l’avais bien dit…
- La ferme, Ulkar !
- Euh, hum. D’accord. »
Ulkar battit sagement en retraite. Ce n’était décidément pas son jour. Mieux valait aller observer la scène de plus loin, quelque part à l’abri.
« - Maître, votre réponse est donc définitive ?
- Il est hors de question que nous ramenions le corps de Kvir ici, vous dis-je.
- Dites-z’y voir, intervint Aenius, vous causeriez pas d’aller chercher le cadavre du Dément ? Parce que je vous le dis tout net, j’ai eu l’idée avant tout le monde ! Oui monsieur !
- Aenius, non ! grogna Sjorling. J’ai dit : nous-n’irons-pas-chercher-le-corps !
- Bon, bon, faut pas vous énerver comme ça, mon bon maître. J’voulais seulement m’assurer qu’on se souviendrait que c’était mon idée…
-Aenius….
- Oui, maître ? »
Sjorling soupira.
« - Non, rien. »

« - Maître…. Pourquoi ce refus ? Ne serait-ce pas une question de… morale ?
- Je vous interdis de m’insulter de la sorte, Halof.
- Veuillez m’excusez, maître. Les mots ont dépassé ma pensée, je le regrette sincèrement.
- Hum, bon. Ca ira pour cette fois. Mais je ne supporterai pas une deuxième fois des insinuations aussi offensantes.
- Oui, maîître. Pardon.
- Mais alors, Sjorling, pourquoi donc refuser ? Vous savez mieux que quiconque que nous manquons de sujets d’expérimentations, et ce corps qui nous tend les bras…
- Rappelez-vous donc de qui il s’agit, Vidkun. De Kvir. Le Dément. Avec tout le respect que nous lui devons, il serait quand même bon de se rappeler qu’il n’a posé que des problèmes ici. Il a toujours été un membre à part de notre communauté, très… original. Mais pas doué pour quoi que ce soit. Et même après sa mort, il reste encore à mes yeux bien trop imprévisible.
- Oooh… Oui, maître, nous comprenons parfaitement.
- C’est vrai que j’me rappelle la fois où il avait pas fermé la porte de l’enclos à momies… Toute la nuit, qu’on avait passée à courir derrière les bandelettes !, fit Aenius en riant.
- Ou le fruit de ses travaux sur la zombification des hamsters ? Pendant des mois on a eu peur de se faire grignoter les orteils !
- C’est vrai que même mort, j’lui ferais pas confiance, à ce vieux tocard.
- Bon, l’affaire est donc close, coupa Sjorling. Allez donc prévenir vos petits… camarades, je suis sûr que vous n’êtes pas les seuls à avoir eu l’idée du recyclage. »

Les quatre nécromants s’éloignant, Ulkar se rapprocha.
« -Dites-moi, maître, murmura-t’il. Les, hum, les raisons que vous avez invoquées sont elles vraiment les seules ? Vous savez qu’à moi, hum, vous pouvez tout dire.
- Et bien, admit le maître de guilde à voix basse, peut-être pas exactement. Mais je ne pouvais pas décemment leur avouer que cela me gênait de placer l’enfant devant le corps de son père.
- Un peu de, hum, sensibilité ?
- Peut-être. Je ne saurais le dire. Vous connaissez mon aversion pour ce mot, pourtant. »
Sjorling garda le silence en moment, les yeux rivés sur Ulkar. Un drôle de nécromancien, lui aussi, mais pas dans le style de Kvir. Il se demandait d’ailleurs souvent comment il avait pu en arriver à la pratique des arts sombres. Il l’aurait plutôt imaginé comme un grand-père aimable entouré de ses petits enfants, que comme un démoniaque serviteur du Roi des Vers. Il n’allait pas s’en plaindre, car malgré ses concepts souvent… exotiques, Ulkar était de loin plus intelligent que le reste de la guilde. Ce qui expliquait pourquoi son manque de réel intérêt pour la chair morte restait à peu près toléré. Ils avaient besoin de lui, c’était un fait, et tant pis s’il croyait en des principes moraux aussi farfelus que la défense des enfants ou le respect de la personne humaine.

« - Maître, vous, euh… vous êtes songeur ?
- Hum ? Oh, pardon, Ulkar, je réfléchissais. Peut-être n’est-ce là qu’un des premiers changements apportés par l’arrivée d’un enfant à la guilde. Peut-être allons-nous tous nous radoucir, nous affaiblir, nous rabaisser jusqu’à éprouver des sentiments humains.
- Vous, hum, vous regrettez donc d’avoir accepté Tohrj ?
- Non. C’est une expérience comme une autre, après tout. Une occasion unique de façonner un individu dès son plus jeune âge, de le modeler à notre convenance pour la plus grande gloire de notre Seigneur. Tant pis pour les risques que nous prenons.
- Je comprends, maître. Je, heu, je crois que je vais vous laisser. Pour, hum, vérifier que les autres ne font pas de bêtises.»

Sjorling regarda Ulkar partir en frémissant. Des sentiments humains. Brrr. Il espérait quand même ne jamais être réduit à cette sombre extrémité.

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MessageSujet: Re: Tohrj. Tohrj... tout court.   Lun 30 Mai - 13:01

5.

L’herbe fraîche, délicieusement humide, caressait ses pieds nus. Le parfum enchanteur des fleurs sauvages emplissait l’air doux de ce matin de printemps, et Tohrj l’inspirait avec plaisir. Haut dans le ciel bleu, le soleil brillait de toutes ses forces, paraissant lui sourire. Tohrj lui sourit en retour, et courut droit devant lui, gambadant gaiement dans la pelouse verte, riant et tentant d’attraper le soleil. Apercevant Sjorling au loin, il l’enjoignit de le suivre. Sjorling lui répondit en souriant et, relevant ses robes noires, gambada lui aussi à la poursuite du soleil qui, d’humeur joueuse, refusait de se laisser attraper. Puis vinrent Aenius, Heifnir et les autres, qui se mêlèrent à leur tour en riant à la course. Les petits oiseaux chantaient pour les encourager, tandis qu’ils sautillaient tous les treize avec entrain dans les champs de fleurs…

Tohrj se réveilla en sursaut, baigné de sueur, tremblant de tout son corps. Un cauchemar… atroce. Horrible. Abominable. Et qui fait très très peur. Inquiet, Tohrj se tourna et se retourna, inspectant les lieux. L’obscurité, l’atmosphère moite, la puanteur cadavérique, les ronflements sonores des nécromants… Oui, il était bien chez lui. Tohrj soupira, rassuré, serrant contre lui sa fourchette.
Les fleurs, les oiseaux… Il grimaça rien qu’à y penser. Comme tous ses compagnons, il détestait les fleurs. L’odeur, déjà. A proprement parler insupportable pour tout nécromancien qui se respecte. Et puis, les fleurs ne pouvaient pas se disséquer. Elles ne gémissaient pas quand on les coupait, ne saignaient même pas. Le Dieu des Vers haïssait les fleurs, et à raison. Cela avait fait l’objet d’une des premières leçons.
Puis ça avait été le tour du soleil. Les nécromanciens le haïssaient aussi, lui qui brûlait les yeux et desséchait les cadavres, les rendant inutilisables. Les fidèles de Mannimarco préféraient assurément les ténèbres pour leurs viles actions. Et puis, il fallait bien se résoudre à admettre que les expérimentations machiavéliques étaient autrement plus classieuses quand elles sont réalisées au plus profond de catacombes, à la lueur des bougies. Franchement. Réaliser des expériences contre-nature à l’air libre et à la lumière du soleil, c’était se priver du charme ésotérique du Mystère.
Tohrj avait beaucoup appris, oui, ou du moins reçu beaucoup de leçons. Mais les cauchemars continuaient à le hanter presque chaque nuit. Sjorling avait diagnostiqué une exposition trop prolongée au monde extérieur. Ce qu’il lui fallait, à cet enfant, c’était une bonne petite grotte sombre et humide, un lieu sain et rassurant où il pourrait se remettre de ces atrocités.

Tohrj tenta de se rendormir, serrant fort sa fourchette préférée – il ne passait pas une nuit sans elle. Le lendemain, Aenius et lui devaient entamer une séance de dissection. Et Aenius, il était pas très gentil. Oh non, pas du tout très gentil. Même que des fois il se mettait en colère, et alors ça faisait peur à Tohrj, parce qu’il devenait tout rouge et tout furieux. Alors, il fallait que Tohrj il dorme bien pour pas être fatigué et pour pas faire de bêtises. Parce que les bêtises, et bah Aenius il aimait pas ça. Alors, il fallait pas en faire.



***
En grognant, Aenius se pencha sur la table d’opération. Encore un coup de ses lombaires. Les rares fois où ils acceptaient de lui foutre la paix, c’était sa sciatique qui se réveillait. Quand ce n’étaient pas les deux à la fois. Ah, les grottes, c’était bien beau pour la jeunesse, mais passé un certain âge, l’humidité c’était plus tenable !
Même les séances de dissection devenaient douloureuses. Il faudrait qu’il demande à Langue-de-Glace une table d’opération à hauteur réglable. C’aurait quand même été vachement mieux que de devoir se pencher tout le temps. Le mioche, lui, était trop petit, et sautillait sur place pour tenter d’apercevoir ce qu’il se passait. Comme quoi, le monde était quand même sacrément mal fichu.
Aenius soupira. Non seulement son dos lui faisait un mal de chien, mais en plus les sautillements du gamin lui tapaient sur le système, à la longue.
« - Gamin, grommela-t’il, arrête de gesticuler comme un asticot ! Tu m’donnes mal à la tête !
- Mais, monsieur Aenius, j’arrive pas à voir qu’est-ce que vous faîtes !
- Et bah monte sur une chaise, crétin ! Tu m’donnes le tournis à t’agiter ! »
Aimable, lui avait demandé Sjorling. Et quelque chose d’autre, aussi. Paye-truc. Paye-dague-og, peut-être, ou un truc qui r’semblait. Il n’avait pas vraiment compris, mais il avait acquiescé de la tête. Langue-de-glace avait l’air inquiet qu’il s’y prenne mal avec les enfants. Aenius ne comprenait pas pourquoi, d’ailleurs. Cinquante ans d’expériences avec les mômes, qu’il lui y avait dit. Y en avait pas un qui s’y connaissait mieux que lui, même ; que ce soit pour appâter les gamins, les tuer ou les découper, y avait pas plus fort dans toute la guilde. Et bah allez savoir pourquoi, mais Sjorling restait dubitatif. Comme s’il ne lui faisait pas confiance pour s’occuper correctement de Tohrj. C’était un comble.
«- Dis, monsieur, c’est toi qui sens bizarre comme ça ?
- De qu… Bon sang, gamin, j’t’ai déjà dit l’aut’fois que c’est le cadavre qui pue ! »
Du calme, Aenius. Reprends-toi, mon grand. Sois aimable et… paye-dague-og.
« Humrf. Reprenons où on en était. »
Aenius se pencha sur la table d’opération, ce qui lui arracha un nouveau grognement de douleur. Groumf. Calme et amabilité. Plus facile à dire qu’à faire.
Les yeux vides du mort semblaient le fixer. Il avait l’habitude, à force. Les yeux étaient les plus durs à trouver, c’était toujours la partie que les corbeaux commençaient par picorer. Ils avaient eu de la chance avec celui-ci, il ne manquait pas d’autre partie du corps. C’était le cadavre d’un aventurier trouvé presque frais, conservé dans la neige. Un vrai coup de chance.
Enfin, bref. C’était bien beau de s’extasier sur la qualité cadavérique, mais bien conservé ou pas il n’allait pas se disséquer tout seul. Aenius se saisit du couteau rituel et bredouilla à la va-vite ses incantations :
« Ô Seigneur des Vers….grmblbrmbl…jour de ténèbres….grmblglbl….rituel sacré….brmgl….le respect qui se doit….mrblm…sacrifice à ta gloire. Ainsi soit-il ! »
Le vieux nécromant leva sa dague, prêt à frapper…
« - Monsieur ?
- Quoi, encore ?!
- Et bien, heu… Il faut que je la dise moi aussi, la chanson ? »
Grumpf. Allez, un peu de paye-dague-ojie.
« Sjorling te dirait que oui, mais…. »
Voyons, que dirait un vrai paye-dague-og en pareilles circonstances ?
« … mais en fait, personne n’en a quoi que ce soit à foutre. Je les marmonne pour la forme, ces incantations, et encore je les écorche plus qu’autre chose. Si le Roi des Vers a pas encore jugé bon de me putréfier sur place, c’est qu’Il s’en tamponne le coquillard, avec tout le respect que je Lui dois.
- Alors c’est pas grave si je le dis pas ?
- Fais donc comme moi, bredouille d’un air sérieux. Personne ne remarquera rien et ça ira toujours plus vite que de se coltiner les formules rituelles à chaque nouveau cadavre. Bon, j’peux y aller maintenant ? »
Aenius leva haut la dague rituelle, puis la planta avec férocité sous le sternum. D’un geste habile, révélateur d’années de pratique, il incisa l’abdomen jusqu’à l’hypogastre, puis réalisa une seconde incisure, perpendiculaire à la première, en-dessous des côtes.
« Passe-moi les crochets, gamin. »
Avec appréhension, Tohrj lui tendit les instruments recourbés à l’air menaçant. Aenius enfonça la pointe dans l’épaisseur du flanc droit, puis accrocha l’autre extrémité du crochet à un anneau de la table prévu à cet effet, décollant par là même la gaine musculaire et révélant la couche graisseuse sous-jacente. Une odeur pestilentielle emplit l’air, faisant tousser Tohrj.
« Ah, gamin, fit Aenius en humant avec délice, tu sens l’odeur pure de la chair en putréfaction ? Pas deux macchabées qui aient la même odeur ! Allez, c’est à ton tour, fais pareil de l’autre côté. »
Avec appréhension, Tohrj se saisit du crochet. Les yeux du mort le fixaient avec insistance – sauf qu’en fait, il avait perdu ses noeils. Mais quand même, il le regardait, il était sûr. Il aurait voulu planter sa fourchette, pour être bien sûr, mais Aenius, et bah il aurait pas aimé. Tohrj gémit. C’était vraiment trop pas juste.
Prenant son courage à deux mains, Tohrj approcha la pointe cruelle du corps inerte. Il retint sa respiration et la planta dans la peau grise.
« Faut y aller plus fort, morveux ! »
Plus fort, il avait dit le monsieur. Mais le crochet il voulait pas rentrer. Tohrj insista. Sans résultat.
« Retire-le et fous-lui un grand coup, si t’es pas capable de faire autrement ! »
Un grand coup, oui. Tohrj allait essayer.

Le crochet s’abattit, décrivant une courbe parfaite. Comme au ralenti, la peau se distendit au point d’impact, se rompit, laissant pénétrer la pointe d’acier rouillé, qui s’enfonça dans les tissus en provoquant chez Tohrj un grand sourire. Un sale sourire, songea Aenius. Il comprit trop tard l’erreur – la pointe continuait de s’enfoncer, prise dans son élan. Et à l’endroit où elle passait…
« Nooooo… », aurait-il voulu crier. Il n’en eut pas l’occasion. Le gros intestin, boursouflé par les dégagements gazeux des processus de décomposition, explosa dans une gerbe de produits de digestion. Qui s’échappèrent par l’accès le plus simple, c'est-à-dire le flanc droit débarrassé de sa couche de muscles. C'est-à-dire vers Aenius.
En l’espace d’une seconde, le nécromant fut couvert de la tête aux pieds de selles en fermentation. Il n’avait même pas eu le temps de fermer la bouche.
« Bordel de m… GAAAAAMIIIN ! », vociféra-t’il, postillonnant des débris brunâtres.
Tohrj s’était déjà enfui.

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MessageSujet: Re: Tohrj. Tohrj... tout court.   Dim 12 Juin - 18:14

6.

« SJORLING ! »
La fragile porte de bois vermoulu s’ouvrit en un battement furieux. La malheureuse ne subissait pas ce traitement pour la première fois, comme pouvaient en témoigner les éclats de bois arrachés à chaque nouveau passage. Les deux coudes sur son bureau, Sjorling soupira. Quand cette porte s’ouvrait, ce n’était jamais un bon signe. Ils s’étaient tous succédés, les uns après les autres, pour se plaindre de leur élève, en un ballet incessant. A qui le tour aujourd’hui ?
Alors qu’il allait ouvrir la bouche pour grogner que s’en prendre à la porte était inutile, Sjorling fut assailli par l’odeur. Renversé, piétiné et aplati serait sans doute plus juste. Le raz-de-marée olfactif déferla sans pitié dans le petit bureau, à la conquête du moindre espace d’air frais ; impitoyablement, il s’engouffra dans les deux narines frémissantes du maître de guilde, assommant sur le coup les récepteurs sensoriels. L’ouragan chimique se mua en tornade neuro-électrique, qui remonta en ruant les axones myélinisés jusqu’aux bulbes olfactifs, grillant tout sur son passage. Le cerveau, paniqué devant l’arrivée de l’implacable déferlante, usa du seul recours de sécurité dont il disposait : se court-circuiter pour limiter les dégâts. La traduction physiologique fut un bref glapissement, puis l’effondrement du respectable maître nécromant sur le sol. Dans une pose évidemment grotesque, est-il besoin de le préciser. Et agité de spasmes.
Aenius, toujours couvert des produits de l’incident de dissection, grommela en pénétrant dans le bureau de Langue-de-glace.
« Non mais v’là t’y pas qu’y s’évanouit ! Sauf vot’respect, Sjorling, z’avez intérêt à vous réveiller ou j’vais vraiment me mettre en rogne ! »
L’odeur aurait suffi à tuer un homme, mais paradoxalement, on dit également de telles odeurs qu’elles réveillent les morts. Surprenant problème de logique et de sémantique, qui n’aurait pas manqué d’intéresser les professeurs de rhétorique de l’Université impériale. On disait ces maîtres en nœuds mentaux capables de trouver une solution aux problèmes les plus complexes en apparence . Par exemple, l’éminent philosophe Berrus Carvelius était connu pour ses célèbres théories sur le non-moins célèbre dilemme du gruyère nibénéen – plus y a d’fromage, plus y a d’trous, et plus y a d’trous, moins y a d’fromage – théories reposant sur l’hypothèse que chaque trou du gruyère contiendrait un Plan Extérieur, le fromage disparaissant dans l’équation étant caché dans une de ces dimensions parallèles. Mais Sjorling ne se trouvait pas entouré de ces maîtres de la Connaissance, dans une spacieuse salle de marbre blanc au cœur de la Cité Impériale ; non, il se trouvait dans un bureau miteux au fond d’une caverne moisie, perdue dans les montagnes de Skyrim, avec pour seule compagnie un adjoint crotté et puant. L’encéphale ankylosé, devant tant d’informations contradictoires, dut donc trouver par lui-même une solution au paradoxe aromatique – si l’odeur tue un homme puis réveille le mort, on peut raisonnablement conclure à une annulation des effets. Sauf si l’odeur tue de nouveau, évidemment. Ce serait entrer dans un cycle infernal de mort et résurrection, difficilement supportable même pour un disciple du Dieu des Vers. Les lobes temporaux droit et gauche se chamaillèrent un instant, jusqu’à ce que le lobe occipital réussisse à contourner le problème en pointant du doigt qu’un mort réveillé n’est pas à proprement parler un vivant. Le lobe pariétal grommela bien que c’était jouer sur les mots et que ce n’était pas en triturant la sémantique qu’on parvenait à des résultats rigoureux, mais le lobe frontal lui intima de se taire et décision fut prise à la majorité de réveiller le reste du corps. En protégeant les narines par une sécrétion de mucus, si possible.

Sjorling émergea avec difficulté. Par les Vers… Il avait l’impression de s’être fait renverser par un cheval. Par un mammouth, plutôt. Ou alors par un géant et son troupeau de mammouths. Quelque chose d’extrêmement douloureux, en tout cas.
« Bon sang, Sjorling, vous allez vous réveiller, oui ? »
Mais bien sûr, l’odeur… Le maître de guilde manqua de tourner de l’œil de nouveau, mais fort heureusement, une coulée de mucus arriva à point nommé pour endiguer la vague puante.
« - Snirfl… Aenius, c’est bous qui sentez cobe ça ?
- C’pas moi, c’est le cadav… Enfin oui, c’est moi. Mais tout ça c’est la faute au gamin ! »
Sjorling cligna des yeux, réglant la mise au point sur son confrère. Oui, c’était bien lui qui devait empuantir de la sorte. Couvert de la tête aux pieds de, hum, une sécrétion brunâtre d’aspect pâteuse et fort peu engageante. Sjorling s’agrippa à sa chaise pour se relever.
«Snirfl. Calbez-vous et racontez-boi tout. »
Certainement pas la meilleure chose à dire. Aenius s’empourpra – du moins les rares parcelles de peau ayant échappé aux projections cadavériques, et se mit à vociférer un charabia incompréhensible, postillonnant avec véhémence sur la table de sacrifice en pierre qui faisait office de bureau au maître de guilde. Incompréhensible, mais un seul mot suffisait, même au cerveau endormi de Sjorling. Tohrj. Evidemment. Car après tout, qui d’autre ?
« Du calbe, Aenius. »
Ayant enfin exprimé ce qu’il avait sur le cœur, le vieux nécromancien cessa ses hurlements et se laissa affaler sur le sol, abattu.
« - J’laisse tomber.
- Bardon ?
- J’suis pas à la hauteur. J’suis pas un bon paye-dague-og. »
Par les Vers, c’était donc sérieux ! Tohrj était venu à bout d’Aenius. Impensable… et pourtant. Sjorling tâcha tant bien que mal de réconforter le malheureux.
« Boyons, boyons, snirfl…. ne bous bettez bas dans zet état-là. », fit Sjorling quelque peu désemparé.
Si ses souvenirs étaient bons, il convenait, en de telles situations, de tapoter le dos de la personne à réconforter d’un air affecté. Du moins, c’est ce que préconisait le protocole de bonnes pratiques sociales. Hum. Ledit protocole ne précisait pas la marche à suivre quand l’individu à réconforter était couvert d’une substance brune douteuse. Peut-être était-ce justement à cause de ce genre de limites que les nécromanciens ne se pliaient d’ordinaire pas aux contraintes de bonne tenue en société.
« Là, là », tenta Sjorling dans un dernier effort d’amabilité. C’est qu’il ne fallait pas non plus trop lui en demander.
Le vieux barbu releva la tête d’un air las.
«- Y m’avaient prévenu… Y m’avaient dit, Aenius, le mioche est une plaie. J’ai quand même essayé, j’ai l’habitude des gamins, qu’j’leur ai dit. Et ben ça confirme c’que je savais d’jà : un bon gosse, c’est un gosse attaché à la table de dissection. J’suis pas fait pour les vivants.
- Tout za bour un zimple inzident de barcours ?
- C’est pas l’premier et c’est pas l’dernier. Y porte la poisse, ce mioche. Je m’suis dit, quand j’lai vu, j’aime pas son sourire. Une sale tronche. Et bah j’avais raison, il porte la poisse. C’était la goutte d’eau qui fait déborder la vessie, comme je dis. J’laisse tomber.
- Vous barlez zous le coup de la fatigue et de l’ébotion. Rebosez-vous et nous en rebarlerons blus tard.
- Le repos y changera rien, répondit Aenius d’un air affligé. Mais j’vais pas vous importuner plus longtemps, maître, sauf vot’respect.
- Allons, snirfl, allons. »
Aenius se leva et se dirigea d’un pas lourd dans le couloir sombre.
« Ah, au fait, bensez à brendre un bon bain, z’est diffizile d’aérer quand on vit zous terre. »

***

Sjorling pénétra avec appréhension dans les dortoirs de la guilde – en réalité, l’ancien caveau à squelettes, dont les cercueils avaient été retirés pour être remplacés par des matelas de paille. C’est qu’en tant que maître de guilde, Langue-de-Glace n’avait pas à fréquenter ce caveau humide et nauséabond. Pourtant, l’odeur de la paille en putréfaction et des pieds mal lavés lui parut être une brise fraîche après l’ouragan dont il avait été victime. Intéressant comme tout est relatif.
Le vieux nécromant barbu, enfin lavé, était assis d’un air piteux sur son matelas moisi. Courage, Sjorling. Un peu de psychologie et de bons sentiments.
« - Vous vous sentez-mieux, mon vieux ?, fit-il d’une voix faussement chaleureuse.
- C’pas la peine de vous y prendre comme ça, Sjorling. Faites donc pas semblant d’être aimable, j’vous ai dit que j’laissais tomber. »
Hum. Bien. Tant mieux, même. Les bons sentiments n’avaient jamais été sa tasse de thé.
« - Je vous rappelle que vous avez pris un engagement, reprit-il donc sur le ton glacial dont il avait l’habitude. Escompteriez-vous vous y dérober ?
- J’escompteriasse qu’on m’foute la paix.
- Vous avez accepté de prendre en charge cet enfant, et vous allez vous y tenir !
- Nan, j’veux pas.
- Ne m’obligez pas à vous punir !
- J’veux pas, j’ai dit ! »
Grmbl. Sjorling n’avait pas prévu de se retrouver avec un deuxième enfant sur les bras. Un enfant de soixante-dix ans à la barbe broussailleuse et au caractère bien trempé.

« Hum… Maîîître ? »
Ulkar s’avança à pas de loup, triturant sa longue barbe blanche d’un air gêné.
« Peut-être pourrais-je vous servir de médiateur, maître ?
- Toi, on t’a pas sonné !, fit Aenius.
- Ecoutez, Ulkar, vous êtes bien gentil, mais ma patience est déjà à bout entre Tohrj et Aenius, et vous n’avez vraiment pas besoin d’en rajouter une couche.
- Si j’ai bien compris, maîître, tout le problème, hum, se résume à une histoire de patience avec le jeune Tohrj, c’est bien cela ?
- T’as qu’à t’en occuper, toi, rétorqua Aenius.
- Pourquoi, hum, ne pas alors déléguer cette tâche à une personne plus compétente ? Plus patiente ?
- Je savais que je pouvais compter sur vous, Ulkar, fit Sjorling en affichant un sourire carnassier.
- Je, euh, non ! Je voulais dire, euh… Je parlais des maîtres incontestés de la patience, les enfants chéris du Roi des Vers !
- Que voulez-vous dire, alors ? »
Sjorling, sourcils froncés, inspecta Ulkar du regard. Qu’avait-il encore bien pu trouver ?
« - Que diriez-vous, maîître, d’expédier l’enfant, hum… chez les Sloads ? »

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MessageSujet: Re: Tohrj. Tohrj... tout court.   Dim 12 Juin - 18:15

Lisez, siouplaît.

En plus, y a plein de références éthiques et anatomiques spéciales P1.

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MessageSujet: Re: Tohrj. Tohrj... tout court.   Dim 12 Juin - 21:05

J'ai adoré la discutions entre les parties du cerveau. Sweet.


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MessageSujet: Re: Tohrj. Tohrj... tout court.   Ven 17 Juin - 11:39

Sur JVC, justement, ils ont pas aimé. Ils sont nuls, sur JVC.

Merci d'avoir lu !

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MessageSujet: Re: Tohrj. Tohrj... tout court.   Ven 17 Juin - 11:40

7.

« Réééunion de crise ! Réééunion de crise ! »
Les nécromants, relevant leurs robes au dessus du genou pour ne pas entraver leur course, se ruaient vers le réfectoire sous les cris de Langue-de-Glace. Bon sang, mais qu’est-ce qui avait encore bien pu se passer ? Un coup de Tohrj, comme toujours. Sans doute la dernière catastrophe provoquée par le gamin. Une séance de chimie tournant mal et un gaz toxique libéré dans les souterrains de la guilde ? Ou un prince daedrique invoqué par mégarde lors d’une séance de spiritisme ? Mieux valait s’attendre au pire.
Vidkun, posté à l’entrée de la salle, comptait les arrivants.
« … Torbal, Grom, Harald… Magne-toi, Heifnir, les autres sont déjà tous à l’intérieur !
- Et moi ? fit une petite voix fluette.
- Non, pas toi, Tohrj.
- Pourquoi ? demanda l’enfant d’un air triste.
- C’est une réunion concernant les, euh, les… les hémorroïdes avec complications et saignements. Oui, voilà, c’est ça. Ca ne concerne que les membres de plus de cinquante ans, donc tu ne peux pas entrer, désolé. »
Vidkun rentra dans le réfectoire, refermant la porte derrière lui. Tohrj, boudeur, s’éloigna en traînant les pieds. C’était vraiment trop pas juste. Juste parce qu’il était le plus petit, les grands ils le laissaient toujours de côté. Mais un jour, lui aussi il en aurait, des hémo-choses, avec complications et tout, et alors les grands ils allaient voir ce qu’ils allaient voir. Non mais.

***

Sjorling regarda d’un œil sévère les retardataires prendre place autour de la longue table.
« Hum, s’éclaircit-il la voix. J’imagine que vous vous doutez de ce qui nous rassemble ici. »
Il lança un regard noir à l’assemblée. Que les choses soient claires pour tous, il n’était pas de bonne humeur et ce n’était pas le moment de poser une question idiote.
« Il s’agit évidemment, poursuivit-il, de notre petit treizième. Tohrj fils de Kvir.
- Qu’est-ce qu’il a encore fait, le môme ? lança Heifnir au mépris de toute prudence. Langue-de-glace le foudroya du regard, et Heifnir sentit toute sa belle assurance se liquéfier d’un coup.
- Exceptionnellement, reprit Sjorling, ce n’est pas d’un problème qu’il s’agit, mais d’une… solution. »
Les nécromants marmonnèrent dans leur barbe. Alors, ça y était enfin ? Sjorling avait enfin reconnu son erreur et, revenu à la raison, acceptait la seule solution raisonnable, à savoir donner l’enfant en pâture aux zombies ?
« Sur une idée d’Ulkar… », reprit le chef de guilde.
Aïe. Ca commençait mal. Ulkar le Balbutiant, défenseur acharné de l’éthique et des bébés phoques. C’étai un peu sa faute s’ils n’avaient pas encore pu se débarrasser du gamin, ses idées bizarres de morale et de sentiments semblaient exercer une certaine emprise sur Sjorling.
« Sur une idée d’Ulkar, donc, il est apparu qu’il existerait une solution au problème de l’éducation de notre jeune adepte.
- Vous voulez dire, risqua Harald, une solution qui n’impliquerait pas de le pendre par les pieds jusqu’à ce que mort s’ensuive ? J’ose à peine rappeler que cette option avait déjà été proposée à la dernière réunion de crise. Vous savez, quand il a failli griller vif Grom en renversant les Candélabres d’Incarnation.
- A qui l’dis-tu, grommela Grom. Mes sourcils ont pas encore repoussé.
- Ahem hem, coupa Sjorling. Comme je le disais avant d’être déplaisamment interrompu – Harald se tassa au fond de sa chaise – Ulkar a imaginé une solution nous permettant de résoudre le cas de Tohrj sans manquer à notre engagement pris envers notre Seigneur et Maître le Roi des Vers. En l’admettant dans notre guilde, nous nous sommes engagés à ce que notre jeune adepte reçoive une éducation digne d’un nécromancien. Mais pas à ce que nous la dispensions nous-même… »
Langue-de-Glace scruta le visage de ses compagnons, s’attendant à voir briller dans leurs yeux gris, sinon une lueur d’intelligence, du moins un frémissement d’excitation. Excès d’optimisme. Les yeux vides de bovins semblaient perdus dans le lointain, et deux ou trois hochaient vaguement la tête pour faire mine d’avoir compris. Désespérant, vraiment.
« En d’autres mots, concéda-t’il à expliquer, d’autres pourraient se charger de Tohrj à notre place.
- Ooooh, répondirent-ils en chœur.
- Et par autres, qui entendez-vous au juste, ô maître ?, intervint Harald désireux de se racheter. Pas sûr qu’on trouve grand monde pour en vouloir, de l’enfant. Il faudrait une patience d’ange…
- Ou de démon, répondit Sjorling dans un sourire révélant deux inquiétantes rangées de dents.
- J’comprend pas, vous voulez dire les daedras ?, fit Grom en se grattant la tête.
- Mais non crétin, répliqua Torbal, tout l’monde sait qu’ les démons vivent à Akavir. Par contre j’sais pas si le prix du voyage en bateau vaut la peine de l’investissement…
- C’était une métaphore, sombres imbéciles, trancha Sjorling d’un ton sec.
- C’est comme une comparaison, vous v… »
Aenius sentit le regard foudroyant le percer de part en part et préféra s’arrêter net. N’empêche que c’était la deuxième fois qu’il était privé d’une occasion d’étaler sa science.
Misérable ramassis d’idiots, pensa Sjorling. Mieux valait encore opter pour la méthode la plus directe, et abandonner les insinuations même les moins subtiles.
« Ulkar, donc, propose que nous envoyions Tohrj chez les Sloads.
- Oooooooooh.
- Ceci impliquera évidemment d’amener l’enfant jusqu’à un de leurs repaires. Nul doute que leur patience légendaire et leurs connaissances avancées dans le noble art de la nécromancie sera profitable à notre jeune… protégé. Mais il nous faut des volontaires pour le voyage. »
L’effet obtenu ne fut pas celui escompté. Le chef de guilde s’était légitimement attendu à ce qu’au moins deux ou trois volontaires se désignent, prêts à se sacrifier pour le bonheur de ne plus avoir à supporter le fils de Kvir. Grossière erreur.
En l’espace d’une demi-seconde, les stratégies s’étaient mises en place. Sjorling devait bien leur reconnaître qu’en cette occasion, ses compagnons ne manquaient pas de créativité. Quelques uns fixaient le plafond d’un air absent, d’autres sifflotaient en tapotant des doigts sur la table. Harald fit mine de faire tomber son mouchoir pour avoir un prétexte pour se cacher sous la table, Torbal fit semblant de dormir, et Vidkun se lança dans un intéressant exercice de mimétisme, concentré dans l’effort de se fondre dans le mur.
« Bande de… dégonflés ! fulmina Aenius. Pas un qu’ait un pet de courage pour accompagner le môme !
- Aenius, vous n’avez pas encore été relevé de vos obligations envers Tohrj. Vous ferez donc un parfait premier volontaire.
- Mais, mais… bredouilla le vieil homme.
- Et vous, Ulkar, puisqu’il s’agit de votre idée, il serait légitime que vous assumiez votre choix et accompagniez Aenius et l’enfant.
- Mais, maître, bredouilla à son tour Ulkar, je, euh, j’ai trouvé l’idée, j’ai fait ma part du travail… Je, euh, vous savez quelle est mon aversion pour le monde extérieur !
- Tel est pris qui croyait prendre, ricana Heifnir.
- Je n’aurais pas mieux dit moi-même, reprit Sjorling. Heifnir, vous serez le troisième volontaire.
- Je…. quoi ?
- Et je crois que l’équipe est au complet, acheva le chef de guilde. Faites vos préparatifs, je crois que nous serons tous d’accord pour dire qu’il vaut mieux que vous partiez au plus vite. C’est que la route est longue depuis Skyrim jusqu’en Argonie… »
Ulkar blêmit. Son délicat teint grisé ne supportait pas le soleil. Pas plus d’ailleurs que lui-même ne supporterait le voyage avec Aenius et Heifnir. Deux barbares grossiers. Sans compter Tohrj. Il était prêt aux meilleurs sentiments du monde envers l’enfant, tant qu’il restait à bonne distance de lui. Même l’éthique a ses limites, et en l’occurrence, la limite était une distance minimale de dix mètres. En deçà, Ulkar ne répondait plus de rien. Aenius et Heifnir, de leur côté, restaient benoîtement la bouche ouverte, encore sous le coup de la façon dont ils avaient été eus.
Insensible au trouble de ses acolytes, Sjorling poursuivit :
« Et puis il faudra planifier la feuille de route, prévoir un moyen de transports, sans doute des déguisements pour passer inaperçus. Vous vous chargerez de tout cela, Ulkar, n’est-ce pas ? »
L’espace d’un instant, Ulkar envisagea de répondre. Insolemment. Mais il lui manquait deux qualifications essentiels : le courage et l’art des répliques cinglantes. Au lieu de cela, il pencha donc la tête d’un air triste et gémit :
« Oui, maîîître.
- Bon, je ne vous retiens pas plus longtemps. La réunion de crise est close. »
Les nécromants se dispersèrent, Aenius et Heifnir encore abasourdis par leur désignation d’office, Ulkar se maudissant lui-même pour sa faiblesse, et les autres soulagés d’avoir échappé au pire. Tous, en tout cas, gagnés par l’espoir infime qu’ils en auraient bientôt fini avec le fils de Kvir.

***

Torbal risqua un coup d’œil discret aux alentours. Plus personne. Il se risqua donc à relever la tête en baillant :
« Ouah, j’ai bien dormi… J’ai raté quequ’chose ?
- Je ne sais pas, fit Harald en sortant de sous la table. Mon mouchoir était tombé, j’ai dû aller le chercher. »
Les deux compères se regardèrent, l’air coupable et un peu gênés.
«- Ooh. C’est vraiment dommage d’avoir raté ça, pas vrai ?
- Oui, c’est vraiment… dommage. C’est le mot.
- Bon.
- Bon.
- On y va ? Avant que Sjorling change d'avis et qu'y vienne nous chercher ?
- On y va. »

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MessageSujet: Re: Tohrj. Tohrj... tout court.   Ven 17 Juin - 23:50

Qu'ils sont bêtes sur jvc.
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MessageSujet: Re: Tohrj. Tohrj... tout court.   Sam 18 Juin - 16:24

8. Vers d’autres horizons

« Monsieur ?
- Quoi, encore ?!
- C’est quoi, des vacances ? »
Ulkar soupira. Avec son profil de « grand-père-gentil-doux-et-aimable », comme disait Sjorling, il avait été une fois de plus désigné pour la vile besogne. A savoir expliquer à l’enfant pourquoi il devait se préparer à un long voyage dans le monde extérieur.
« Hum… Et bien, c’est, euh, c’est… Un endroit où on va, euh, quand on est fatigué. Pour, hum, prendre du repos, des choses de ce genre. Dans un endroit paisible au soleil, ou approchant.
- Mais c’est horrible !, répondit Tohrj en faisant la grimace.
- Oui, mais, euh, le soleil n’est pas obligatoire, se rattrapa Ulkar. L’endroit où nous nous rendons est, hum, tout ce qu’il y a de plus lugubre. Sinistre, même. Un, hum, un immense marécage putride. Très, euh, accueillant, comme endroit, m’a-t’on rapporté.
- Pourquoi je suis obligé d’y aller ? Je suis pas fatigué, moi. Toi, monsieur, si. Tu as des grosses taches bleues sous les yeux comme quand on dort pas bien. Et la peau tout comme une vieille pomme, avec des plis et des creux et tout. »
Le teint blafard du vieux nécromant vira au rose vif. Quoiqu’en dise Sjorling, Ulkar louait Mannimarco de lui avoir épargné le tourment d’être grand-père.
« - Je, euh… C’est pour te récompenser, hum, de tes bons résultats. Un peu de, euh, repos bien mérité pour un élève assidu et brillant. »
Un odieux mensonge, évidemment. Puisse le Roi des Vers lui pardonner. Le pire était sans doute que l’enfant ne fit même pas mine de s’interroger. Il continuait de le fixer, les yeux grands ouverts, un mince filet de bave coulant de sa bouche entrouverte en un sourire inquiétant. Pour avaler pareilles couleuvres, il fallait vraiment qu’il soit… ce qu’Ulkar avait toujours soupçonné, c'est-à-dire un imbécile congénital. Soumis à certaines tares héréditaires, semblait-il. Conjuguées à de graves carences, aussi bien nutritionnelles qu’éducatives. On voyait le résultat.
« Monsieur, c’est quoi, assidu ? »
Ulkar soupira. Il n’allait pas être triste, ce voyage.

***
« Bon, tout le monde est prêt ? »
Aenius, Heifnir et Ulkar hochèrent gravement la tête. Tohrj, sanglotant, hoqueta. La guilde au grand complet venait faire ses adieux à ses héros, partant braver les horreurs du monde extérieur pour accomplir leur noble tâche – se débarrasser à jamais du sale mioche. Entassés dans le couloir menant à l’extérieur, tous s’évertuaient à prendre un air affligé de compassion, tout en ayant bien du mal à cacher leur joie de savoir qu’ils passaient leurs derniers instants avec Tohrj. Pour résultat, d’étranges rictus mi-peinés mi-rieurs, rendus plus effrayants encore par la pâle clarté lunaire, qui filtrait à travers la fragile porte de bois séparant l’univers des ténèbres et celui de la lumière. On eût dit quelque étrange congrès de grimaçants.
« Alors, ça y est ? On nous fout dehors comme des malpropres ?, grommela Heifnir dans sa barbe.
- Y a plus d’respect, moi j’vous le dis, renchérit Aenius.
- Hum. J’ose espérer, hum, que vous n’allez pas vous plaindre de la sorte pendant tout le trajet. Je vous rappelle, hum, que de nous trois, je suis, hum, le seul qui ne méritait pas ce traitement.
- La ferme, Ulkar, répondirent les deux autres d’une même voix.
- Oh, hum, très bien. Mais ne venez pas vous plaindre si…
- Allons, allons, coupa Sjorling. Je veux voir de la bonne humeur et des visages souriants. »
Regards interloqués.
« Enfin bon, du moins un peu de bonne volonté. Vous allez devoir vous supporter en plus de gérer l’enfant. L’esprit d’équipe, chers confrères, voilà la clé dont dépendra votre succès. Bon, le temps des adieux n’a que trop duré. Vous devez vous dépêcher si vous voulez partir avant le lever du soleil. Tout le monde a dit au revoir ?
- Au revoir ! », minaudèrent les nécromants. Quelques uns agitèrent un mouchoir. Il paraissait que ça se faisait chez le commun des mortels, en guise d’adieu. Idée de Vidkun pour rendre la scène du départ pathétique et larmoyante.
« Grom !, chuchota Harald.
- Qu’est-ce qu’y a ?
- Le mouchoir, il est pas censé être sale.
- T’es sûr ?
- Quasi certain, ouais.
- Ah. Tant pis alors. »

Sjorling faisait ses dernières recommandations :
« Il n’est pas besoin de vous rappeler de faire preuve de la plus extrême prudence. La nécromancie n’est pas en odeur de sainteté en ce moment. Tâchez de trouver une excuse crédible si vous croisez des voyageurs – ce qui ne saurait manquer. Ah, oui, une dernière chose. N’essayez pas de vous contenter de balancer l’enfant au fond d’un ravin. Je le saurais, soyez-en certains. Allez, faites donc bon voyage, et que le Dieu des Vers vous protège. »

« Comment il a d’viné ?, murmura Heifnir.
- J’sais pas. Il est quand même fortiche, Langue-de-Glace. C’est sans doute pour ça qu’il est chef de guilde et pas nous. »

Dans un grincement sinistre, la porte reliant la caverne au monde extérieur s’ouvrit. Une bouffée d’air glacé s’engouffra dans le couloir lugubre, balayant la poussière des siècles. De l’air pur et sain, qui fit tousser les vieux nécromants. La lumière de la lune et des étoiles aveugla les yeux habitués à l’obscurité. Aenius ne cilla pas, les yeux embués de larmes. Il devait se montrer digne, pour la postérité. Soutenant la cruelle clarté du regard, il chercha des mots dont on se souviendrait. Des dernières paroles pleines d’emphase et de panache.
« Souvenez-vous, bredouilla-t’il… Souvenez-vous, que c’mioche il nous les aura bien brisées. Voilà. C’est tout c’que j’avais à dire. »
Vidkun se moucha bruyamment. L’émotion.
« Bon, on s’bouge ?, bougonna Heifnir. Plus vite qu’on part, plus vite qu’on s’ra revenus. »

***
«Par les Vers. J’arrive pas à m’souvenir quand c’est la dernière fois qu’j’ai mis le nez dehors. »
Heifnir marchait à l’ombre des hauts pins des monts de Bruma, quelque peu décontenancé. L’odeur piquante de la sève et le bruissement doux des fougères sous ses pieds lui rappelaient de lointains souvenirs – trop lointains, peut-être.
« - Et encore, t’es un p’tit jeune, lui répondit Aenius. T’as même pas cinquante-cinq ans.
- Ouais, mais toi, l’ancêtre, t’es habitué à faire des sorties, rétorqua Heifnir.
- J’étais, corrigea-t’il. Ca fait bien cinq ans que j’y suis pas r’tourné. Avec les nouveaux comités d’éthique, c’était trop risqué de faire la chasse aux mômes. Et pis, même les villageois y z’avaient pigé le truc. Faites gaffe au vieux père vert, les enfants, qu’ils disaient.
- Alors que maint’nant, c’est les mômes qui viennent nous trouver. Pas sûr qu’ce soit un progrès, n’empêche. »
Heifnir lança un regard noir à Tohrj, qui marchait derrière avec Ulkar. Les vieilles jambes de ce dernier avaient visiblement du mal à le porter.
« Je…, gémit-il, vous, euh, vous ne pourriez pas ralentir le pas ? Je, hum, je suis le doyen, je vous le rappelle, je, euh, je n’ai plus la vigueur de vous autres jeunes gens !
- Ah, monsieur, je t’avais bien dit que t’étais fatigué, fit Tohrj de sa voix aigrelette.
- Suffit, Tohrj, siffla Ulkar dans une imitation assez convaincante de Langue-de-Glace. Dites, euh, vous autres, vous ne voudriez pas faire une pause ? Les, euh, les sentiers de montagne sont trop rudes pour mes vieilles rotules !
- C’était ton idée, vieille branche, rétorqua Aenius sans ralentir sa marche. Moi j’ai mon arthrite mais j’gémis pas !
- Ouais, poursuivit Heifnir, c’est bien beau d’avoir d’grands projets pour les autres et d’se défiler au moment d’se bouger un peu !
- Et bien, hum, hoqueta Ulkar avec mépris, si tu n’avais pas jugé bon de ramener ton avis, tu ne serais pas là, hum, en ce moment même. Tu es, hum, bien mal placé pour donner des leçons.
- Ha ouais ?, gueula Heifnir. Tu veux que j’t’en donne des leçons, l’ancêtre ?
- Du calme mon vieux, intervint Aenius en tentant d’apaiser son confrère. Fous donc la paix à Ulkar.
- Je, euh… merci, Aenius. Je savais que par ton âge, hum, tu trouverais la sagesse.
- Crois pas que ça soit pour t’faire plaisir, vieux croûton. C’est juste que j’ai pas envie de m’occuper seul du mioche pendant que vous vous chamaillez.
- Tiens donc, quand on cause de lui, où c’est-y qu’il est donc, le gamin ? »
Ulkar lança des regards terrifiés autour de lui. L’espace où se tenait Tohrj l’instant d’avant était désespérément vide.
« - Je, euh… Nous avons perdu Tohrj ?!
- Bon, on fait quoi ? On a qu’à rentrer, non ?, proposa Heifnir.
- T’as bien entendu c’qu’y nous a dit, Langue-de-Glace…
- Bah ouais, justement, y nous a dit de pas le pousser dans un ravin. Mais si y s’est paumé tout seul, on y peut rien.
- Pas faux, répondit Aenius. J’vote pour qu’on rentre, et on en parle plus.
- Mais… vous n’êtes pas bien ! Le maîître va nous, euh, nous étriper sur place ! Seigneur Mannimarco… Il, euh, il nous faut le retrouver, impérativement !
- Alors qu’on a enfin trouvé le moyen d’s’en débarrasser sans crapahuter sur des kilomètres ? T’es pas fou, non ?
- Mais, implora Ulka les larmes aux yeux, le maîîître sera furieux, oui, il nous écorchera vifs…
- Bon, bon, admit Heifnir à contre cœur. Mais si jamais on l’retrouve, on saura que c’est d’ta faute. »

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MessageSujet: Re: Tohrj. Tohrj... tout court.   Dim 19 Juin - 3:17

Trop long, trop de lettres. Mets moins de lettres.

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Arduilanar
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MessageSujet: Re: Tohrj. Tohrj... tout court.   Dim 19 Juin - 21:20

T'as de drôles d'idées. Comme toujours.

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MessageSujet: Re: Tohrj. Tohrj... tout court.   Lun 20 Juin - 21:54

9. Rencontres forestières

Tohrj marchait avec rage dans les sous-bois. Non mais c’est vrai, quoi. Les grands ils étaient tous bêtes. Et méchants. Tohrj il avait bien compris, lui. Tohrj il était pas zinzin tout comme qu’ils croyaient, ça non. Il avait bien compris que les grands ils l’aimaient pas. Et pis d’abord, il en avait marre. Voilà.
« Marre », répéta-t’il en donnant un coup de pied à un innocent caillou. Le caillou s’envola dans les airs, décrivant une jolie parabole sous la lumière lunaire. Tohrj sourit, épaté de son nouveau pouvoir. « Marre, marre ! », claironna-t’il joyeusement en envoyant valser des pierres à grands coups de pied.
Un grognement sourd finit par lui répondre. L’ours se leva péniblement de son lit de fougères, mécontent d’avoir été réveillé en pleine phase de sommeil paradoxal. Non mais vraiment, les promeneurs, plus aucun respect de la nature. Lancer des pierres à un animal sauvage. Si c’était pas honteux. L’ours se dressa sur ses pattes arrières pour mieux évaluer la situation. Là, devant lui. Une petite silhouette à la lueur des étoiles.
Tohrj, pétrifié, regarda l’imposante masse velue se lever. Oh oh. Des siècles de sélection de la race avaient définitivement gravé dans la mémoire des Nordiques que « grosse bête poilue = danger », mais Tohrj n’arrivait pas à détacher son regard de la montagne en mouvement, fut-ce pour prendre ses jambes à son cou. Etrange mélange de fascination et de terreur. L’hémisphère droit, centre des émotions et de la sensibilité artistique, susurrait « va caresser le joli nounours », tandis que l’hémisphère gauche, siège de l’instinct de survie, hurlait « mais bouge-toi de là, crétin ! ». Avec pour seul résultat une immobilité fort peu opportune. Des siècles de sélection vaine, en somme. De quoi faire se damner les théoriciens de l’évolution des espèces.
L’ours s’avança. Pas bien gros, le petit. Pas de quoi se caler confortablement l’estomac, en tout cas. Un en-cas nocturne, peut-être ? En compensation de ce réveil impromptu. Et puis, il n’arrivait pas à se rendormir quand il avait faim. Il s’avança donc de son pas lourd vers la chétive créature. Elle n’esquissa pas un geste. C’est bien pratique, les proies comme ça, songea-t’il. Ca évite de se fatiguer pour rien.
Le gros museau s’approcha avec lenteur de la vilaine frimousse, reniflant l’enfant tremblant de peur. Pouah. Moisissure, bougie et cheveux sales. Plus un vague relent de chair en décomposition. Encore un nécromancien. L’ours fit volte-face, dégoûté, et s’éloigna placidement, disparaissant dans les fourrés. Non mais. C’est qu’il ne mangeait pas de ça.

« Tohrj ! Tooohrj ! »
Ulkar déboula en courant – enfin, en se traînant.
« Ah, te voilà !, souffla-t’il, épuisé. C’est que, heu, hum, on t’a cherché, heu, hum, partout. Heu, hum ! Je, euh, je suis bien content de t’avoir retrouvé. Heu, hum, je crois que je vais me poser un instant. »
Ulkar se laissa doucement glisser sur le sol d’aiguilles de pin, les yeux fermés. Tohrj regarda le vieux nécromant s’assoupir. Des ronflements s’élevèrent bientôt, et l’enfant fronça les sourcils. C’était bien la peine de venir le chercher si c’était pour s’endormir après. Et pis, il avait pas besoin qu’on vienne le chercher, il avait tellement fait peur au nours que le nours il était parti. Nah. C’était Tohrj le plus fort, d’abord, et le nours il avait bien compris. Le nours il était pas bête, le nours il avait pas risqué de se battre avec Tohrj, pasque il aurait perdu, d’abord.
« Tohrj ! »
Cette fois-ci, c’était Aenius.
« Ramène-toi, Heifnir, le mioche est là !, cria-t’il par-dessus son épaule. Dis z’y voir, gamin, t’aurais pas vu l’vieux ? Lui aussi y t’cherchait. Y s’faisait du souci pour toi, enfin, pour lui, mais c’est la même chose.
- Chut, fit Tohrj un doigt sur la bouche. Le monsieur y fait dodo, il a besoin de vacances. »
L’enfant pointa du doigt la forme noire étendue sur le sol.
« Alors ça y est, z’avez trouvé le môme ?, intervint Heifnir en arrivant. C’était le risque…
- Chuuut !, gronda Tohrj.
- L’vieux débris a pas tenu l’coup, ricana Aenius. Il dort dans les buissons.
- Bah ça c’est la meilleure, maugréa Heifnir. Y commence bien, l’voyage. Entre le gosse qui se taille et l’vieux qui tient pas l’coup. Quelle plaie !
- Mais chuuut-euh !
- Oh, la ferme Ulk… Tohrj. »
Aenius soupira.
« Bon bah tant pis, on a perdu assez d’temps et l’soleil va bientôt se lever. Campons ici, on r’prendra la nuit prochaine. »

***
« Allez, tout le monde se lève ! Et plus vite que ça ! »
La voix était jeune, énergique, autoritaire. Tohrj cligna des yeux.
« Aah, le soleil ! Ca brûle !
- Allez, dépêchez-vous !, reprit la voix.
- Qui c’est-y donc qui…
- Debout, vous dis-je ! »
Aenius se leva, rouge de colère et les cheveux en pagaille.
« Réveiller les honnêtes voyageurs, z’avez donc pas… Par les V.. les Neuf ! »
Le vieux nécromant ne revenait pas de sa vision. Enchanteresse, dans la lumière du matin, une jeune amazone, l’arc à la main et les cheveux au vent. Et une tenue de chasse en cuir mettant agréablement en valeur ses courbes féminines. Aenius fila un coup de pied à ses compères : « Debout les gars, on a d’la compagnie !
- Vous allez m’expliquer ce que vous faites là, à la fin ?, s’énerva la jeune femme.
- Qu’est-ce qu’y s’passe ? bougonna Heifnir en se réveillant. J’espère que t’as une bonne raison de… Par Mann… par Talos !
- Qu’est-ce t’y que j’t’avais dit, hein ?, fit Aenius en lui donnant un coup de coude. Ca vaut la peine d’être dérangé à une heure indue, hein !
- Bon, ça suffit maintenant !, s’empourpra la chasseuse en pointant son arc devant elle.
- Tout doux, mademoiselle, dit Aenius sur un ton mielleux qui lui était inhabituel. Nous sommes, euh, de paisibles voyageurs, qui… qui… Bon sang, Ulkar, lève-toi, t’es plus doué qu’moi pour les explications !
- Hein, euh, hum ?
- Il n’y a pas de voyageurs dans ces terres. Pas en tout cas d’assez stupides pour camper devant la tanière d’un ours, répondit-elle en baissant son arme.
- Nous sommes, euh, tenta Ulkar d’une voix pâteuse, des, euh, des promeneurs, qui, euh, nous, hum, nous promenons, dans, et bien, dans ces bois. Oui, ces, hum, ces bois que vous voyez là. Parfaitement.
- Oh, vraiment ?, fit la jeune femme d’un air sarcastique. Et moi je suis la Haute Reine de Skyrim !
- Mes hommages, Majesté, dit Heifnir en s’inclinant.
- Mais non crétin, rétorqua Aenius en lui donnant un nouveau coup de coude, c’est pour se moquer !
- Mince, j’me disais bien…
- Je vous donne une dernière chance de vous expliquer. Qui êtes-vous, et que faites-vous dans cet accoutrement au milieu des monts de Bruma, dormant en plein jour devant la tanière d’un ours ?
- Je, euh… On savait pas, pour l’ours, en fait. Pas vrai les gars ? »
Aenius, Ulkar et Tohrj hochèrent vigoureusement la tête.
« - Si vous, euh, me permettez, mademoiselle, intervint Ulkar rouge jusqu’aux oreilles, nous, hum, et bien…
- Oui ?
- Et bien, nous, hum, je, euh, je suis le grand-père de cet enfant, et, hum, euh… En voici l’autre grand-père, et, euh, hum, le… le père, oui, tout à fait, le père de l’enfant donc, euh, mon propre fils. Nous, hum, nous nous sommes égarés dans ces, hum, dans ces bois, oui, ces bois que voilà, et, euh, et… »
Ulkar, tout en réfléchissant, se maudissait de n’avoir pas préparé plus tôt une excuse valable. C’est que les évènements s’étaient un peu bousculés depuis la veille et qu’il ne s’attendait pas à recevoir de la visite aussi tôt.
« - Mais encore ?, s’impatienta l’archère.
- Et bien, euh, oui, nous avons, euh, perdu tous nos vêtements. Euh, détroussés, par des, hum, bandits. Oui, voilà, de vils bandits, qui nous ont détroussés, de, euh, de la plus désagréable façon. Et nous n’avions plus, euh, que ces… ces vilaines robes noires à nous mettre.
- Des robes de nécromanciens, me semble-t’il.
- Oui, euh, oui, presque, euh… Je, euh, je salue votre coup d’œil, mademoiselle. Nous, euh, c’est tout ce qu’il nous restait de, ah, hum, houm, de, euh, de… de nos… accoutrements.
- Vous ne seriez pas une bande de comédiens, par hasard ?, fit la jeune femme en fronçant les sourcils. Une troupe ambulante, des saltimbanques, ou quelque chose comme ça. Vous êtes trop bizarres pour être de simples promeneurs.
-Siiii !, répondit Ulkar en hochant frénétiquement la tête, sautant sur l’excuse trouvée. Oh, euh, mademoiselle, je, hum, je loue votre, euh, votre sens aigu de l’observation. Laissez-nous nous présenter, nous, hum, nous sommes la troupe… euh… la troupe du Vent Capricieux. C’est que, euh, hum, nous portons nos pas partout où, hum, où le vent nous mène.
- Et vous n’avez pas de chevaux ? Pas de carriole ?
- Oh, dive chasseresse, dit Heifnir en s’inclinant, c’est que, euh, ces sacrés salopa… ces fieffés marauds nous les ont, comme qui dirait, piqués sous l’nez. Mais c’est qu’ces désagréments valaient ben la peine, dame oui, puisqu’c’est pour faire l’plaisir de votre rencontre. Heifnir, gente damoiselle, pour vous servir et… c’genre de choses.
- Aenius, se présenta le vieux nécromant tout sourire. Enchanté d’faire vot’rencontre, mademoiselle, héhéhé…
- Et, euh, hum, je suis Ulkar. Et mon, enfin, notre… petit-fils , Tohrj. Dis bonjour à la dame, Tohrj.
- B’jour, murmura l’enfant les yeux fixés sur le sol.
- Freyja de Nibelheim. J’imagine, soupira la jeune femme, que ma conscience m’impose d’escorter quatre infortunés voyageurs jusqu’à leur prochaine destination ?
- Oh, mais ce serait avec plaisiiiir, mademoiselle », répondirent les trois compères d’une seule voix.

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MessageSujet: Re: Tohrj. Tohrj... tout court.   Mer 22 Juin - 11:58

10. Compagnons de route

« Et où allez-vous comme ça ?
- Et ben, on va vers Bruma, mais… » Aenius et Heifnir échangèrent un regard complice. « … Mais ça nous arrangerait qu’vous nous accompagniez jusqu’à Cheydinhal. C’est qu’les routes sont ben dangereuses pour d’vieux… saltimbanques. Vous nous abandonneriez pas, hein, mam’zelle ?
- J’imagine que non, soupira Freyja. Et j’imagine que vous n’avez pas non plus de montures ?
- Bah… non, mam’zelle. C’est qu’on nous les a piqués, tout comme qu’on vous a dit. »
Nouveau soupir. Qu’est-ce qu’il lui avait pris ? Elle se le demandait encore. Un peu de pitié, sans doute, pour les trois vieux grigous. Et pour le petit, aussi. Une bonne dose de curiosité, surtout. Un inexplicable attrait pour le mystère ; sans compter un certain goût pour les embrouilles. Nouveau soupir.
« Bon, et bien, il nous faut donc des montures, en plus des vêtements, s’entend. Impossible de vous balader dans tout l’empire habillés comme ça, tout le monde vous prendrait pour des nécromants ou quelque chose du genre. Sauf l’enfant, évidemment. Qui a jamais entendu parler d’un enfant nécromancien ?
- Qui donc, hein ?, ricana Aenius.
- Ce s’rait, comme qui dirait, rajouta Heifnir, une foutrement mauvaise idée.
- Comme de se promener en pleine forêt, au milieu des monts de Bruma, sans armes et sans chevaux ? »
Tous les regards se tournèrent vers le nouveau venu. Jeune, fringant, souriant, élégamment vêtu d’un ensemble de lin noir agrémenté d’une cape de fourrure. Et, accessoirement, un gourdin nonchalamment appuyé sur l’épaule droite.
« Oh, voyons, ne me regardez pas comme ça. Je ne suis pas aussi méchant que j’en ai l’air… Mademoiselle, messieurs, permettez-moi de me présenter. Jormund Haegirsson, bandit de son état, pour vous servir.
- Elles sont, hum, bien mal fréquentées, vos montagnes, renifla Ulkar avec dédain.
- Je suis profondément peiné de vous importuner, mademoiselle, messieurs, mais, que voulez-vous, les temps sont durs et ils le sont pour tout le monde. Nous en sommes réduits, mes compagnons et moi-même – il fit un geste de la main par-dessus son épaule – à dévaliser les honnêtes voyageurs. Bien entendu, nous préférerons parler de taxation. Un, comment dire, droit de passage. Une somme en or pour assurer votre sécurité. Cette transaction, j’espère que vous le comprenez, se fait avant tout dans votre intérêt – et nous permet par là-même d’assurer notre subsistance, certes, mais il faut bien vivre, nous sommes humains après tout, tout comme vous. Nous allons donc, mademoiselle, messieurs, si cela ne vous dérange pas, procéder dès maintenant à cet échange de bons procédés, comme j’aime à l’appeler. »
Pendant que le jeune homme prononçait son discours, ses deux acolytes à la mine patibulaire s’étaient avancés, gourdin à la main.
« Bien, bien. Selon l’usage consigné, comme vous le savez sans doute, le moment est donc venu de poster la question rituelle. Mademoiselle, messieurs, la bourse, ou la vie ?
- Z’avez qu’à prendre la bourse, on a rien d’dans. C’est con pour vous, hein ?
- Ô combien regrettable, en effet. Une journée qui commence bien mal… A défaut d’intérêts pécuniaires, j’ai bien peur que nous ne soyons amenés à tous vous passer au fil de l’épée. Enfin, du gourdin, mais j’imagine que vous m’aviez compris. Nous épargnerons bien entendu la jeune demoiselle, comme notre code d’honneur l’exige, et tâcherons de nous consoler de ce triste manque à gagner en profitant de sa douce compagnie pour assouvir nos appétits animaux. J’ai, sans me flatter, la réputation d’être de la plus grande tendresse, mais ce n’est hélas pas le cas de mes compagnons. Quel dommage pour la demoiselle, une telle délicatesse bientôt réduite à néant par leur sauvagerie et leur brutalité… Gurk, Jorg, vous ne m’en voudrez donc pas si je prends mon tour le premier, avant que vous ne me l’abîmiez ? Ce n’est pas comme si vous aviez besoin de moi pour vous débarrasser de trois vieillards et un enfant en bas âge. »
Sans se départir de son sourire, le bandit se dirigea d’un pas lent et assuré vers Freyja.
« - Vous n’avez pas l’air de prendre en compte le fait que je suis armée, déclara-t’elle froidement.
- Voyons, voyons, mademoiselle, vous êtes charmante, mais quel couard serais-je donc pour considérer qu’une créature féminine représente une menace ? Allons, ne soyez pas… »
Il fut coupé net dans son élan – tant sur le plan physique que figuré. Avouez qu’on le serait à moins : formidable coup de pied ascendant qui le plia en deux de douleur, suivi d’un cruel coup de genou dans le ventre. Et, pour clore le spectacle, une frappe du tranchant de la main sur la nuque. Imparable. Rouge de colère, l’amazone regarda l’importun s’effondrer sur le sol.
« Pauv’ mec », cracha-t’elle.
Gurk et Jorg échangèrent un regard, de leurs petits yeux profondément enfoncés sous une arcade sourcilière proéminente. Deux trolls se contemplant, perdus dans un abîme de réflexion. Bah ça alors. La p’tite dame elle avait mis le patron à terre.
C’était plus qu’ils ne pouvaient tolérer. Au nom de l’honneur de la profession, bien entendu. Et ils comptaient bien y remédier sur l’heure.
« Geuh. »
Formidable efficience des modes de communication primitifs. En un regard et en un mot, les deux gorilles s’étaient compris. Un simple mot vaut parfois mieux qu’un long discours, voilà qui n’aurait pas manqué d’interroger Berrus Carvelius.
Les deux truands s’avancèrent d’un pas lourd vers Freyja, le gourdin à la main. C’est le moment que choisirent les nécromanciens pour se montrer héroïques – c'est-à-dire qu’ils prirent leurs jambes à leur cou pour sauver leur misérable vie. Seul Tohrj ne bougea pas, son instinct de survie présentant, comme on le sait, des défaillances notoires. Voyant ses proies prendre la fuite, Gurk se lança à leur poursuite ; la jeune femme profita de cet instant de distraction pour faire décrire à son arc un grand arc de cercle au dessus de sa tête, qui s’abattit avec violence sur la nuque épaisse de Jorg. Et de un.
Jetant un coup d’œil terrifié par-dessus son épaule, Ulkar aperçut la montagne de muscles qui les poursuivait. Trop, c’est trop, songea-t’il. Quitte à mourir, autant que cela se fasse avec un minimum de dignité. Il fit volte-face et adopta la posture rituelle d’incantation – qui n’était pas sans rappeler celle des moines-guerriers des hommes-tigres akavirois, l’aspect impressionnant en moins et les douleurs articulaires en plus. Agitant ses mains d’une façon menaçante, Ulkar entonna d’une voix grave les formules censées promettre la victime à une mort atroce et immédiate.
« N’gasta kavahi, ark zobon jegaya ! N’gono massa lo mugitey, n’gono los mimasso !”
Gurk s’arrêta net, stupéfait devant le spectacle de ce vieillard agité.
« M’Orkund ! », hurla Ulkar en le pointant du doigt dans une pose théâtrale. Il eût dû s’ensuivre un formidable déferlement d’énergie sombre, un tourbillon maléfique qui aurait consumé les chairs, broyé les os, aspiré la force vitale jusqu’à la moelle et condamné le malheureux à une éternité de souffrance dans le Royaume de Mannimarco. En lieu et place… rien. Du tout. Pas même une vague étincelle, ou un petit crépitement. Mais Ulkar avait suffisamment captivé l’attention du bandit pour que Freyja, munie du gourdin de Jorg, se faufilât derrière lui et l’assommât d’un coup sur le crâne.

« Vous alors, on peut dire que vous êtes un sacrément bon acteur ! »
Le visage blême d’Ulkar vira graduellement au rose pâle, au fuchsia puis à l’écarlate. Il bafouilla :
« -Je, euh, je, oui, je, euh, hum…
- En tout cas, merci à vous. Sans votre intervention, je ne sais pas comment j’aurais fait.
- Je, euh, hum, euh… Rien du tout, euh, hum, je vous l’assure,…
- D’ailleurs, dites à vos deux compères d’arrêter de courir, ce n’est plus la peine.
- Oh, euh. Bien sûr. »

***
« -Est-ce que, hum, je ne suis pas trop ridicule ? J’ai, euh, j’ai l’habitude de porter du noir, mais, hum, je ne sais pas si le lin est ce qui me va le mieux…
- Je vous assure que ça vous va très bien. Aenius, Heifnir, c’est bientôt fini, vos essayages ? »
Une voix s’éleva de derrière les buissons.
« Euh, tout de suite, mademoiselle ! »
Les bandits avaient eu la bonne idée de se déplacer à cheval. Pour les remercier, Freyja les avait donc déshabillés et ligotés à un arbre, résolvant du même coup le problème vestimentaire.
« Et moi ?, demanda Tohrj d’une petite voix. Pourquoi y a que moi qui a pas droit à des jolis habits comme que les autres y z’ont ?
- Oh, je suis désolée, je t’avais oublié… C’est qu’il n’y a rien à ta taille, mon pauvre.
- C’est pas juste, renifla-t’il. C’est toujours les grands qui s’amusent, et ils laissent toujours Tohrj de côté…
- Attends, je crois que je sais. »
Freyja dégaina son couteau de chasse, et raccourcit la bien trop longue robe noire au niveau du genou. Après réflexion, elle découpa aussi les manches, laissant les petits bras squelettiques nus.
« Et voilà ! Ce n’est pas parfait, mais ça fera bien l’affaire. »
Pour la remercier, Tohrj la gratifia de son plus beau sourire. Freyja se retint de frémir de dégoût et lui sourit en retour. Pauvre gosse. Avec la tête qu’il avait, ça ne devait pas être facile tous les jours.

***
« N’empêche, quelle femme ! »
Freyja chevauchait en tête avec Tohrj, et Aenius et Heifnir en profitaient pour discuter à l’arrière.
« - J’croyais qu’c’était pas ton goût. J’croyais que tu les préférais du genre pas farouches et un peu froides.
- Et faisandées, aussi. Ouais. Bah, c’est qu’ça facilite pas mal les préliminaires, tout ça. Une morte, ça te dit jamais non. »
Ulkar, monté en selle derrière Aenius, s’éclaircit bruyamment la voix.
« - Quoi, Ulkar ? C t’dérange ? Y en a bien qui aiment les elfes, les khajites ou les orques. Ou même pire. Genre, les rousses.
- Ahem, hem.
- N’empêche, rêva Heifnir le regard perdu dans le lointain, qu’est-ce qu’elle est bien foutue, la petiote…
- T’as pas vu c’qu’est arrivé au bandit ? Le Jormund, là. J’aurais pas aimé être à sa place quand il a tenté sa chance. Et encore, il était sacrément plus beau gosse que toi, sans vouloir t’vexer.
- C’est bien c’que j’disais. J’les préfère mortes. »

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MessageSujet: Re: Tohrj. Tohrj... tout court.   Mer 22 Juin - 16:11

Hihi, la suite.
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MessageSujet: Re: Tohrj. Tohrj... tout court.   Mer 22 Juin - 16:33

Laisse-moi le temps d'écrire.

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Dernière édition par Arduilanar le Lun 27 Juin - 12:08, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Tohrj. Tohrj... tout court.   Lun 27 Juin - 12:08

11. A l’Auberge d’Olaf

«Aaah, Cyrodiil ! Bon sang d’bois, c’est qu’ça faisait un sacré bail ! »
Aenius inspira l’air frais du matin à plein poumons. Un peu trop frais, certes ; un peu trop pur, aussi. Il avait pris l’habitude de l’atmosphère lourde et suffocante des souterrains, mais après tout, cet air était l’air de sa terre, sa contrée natale, et sa saveur n’était comparable à nulle autre.
« Aenius est un Impérial ?, demanda Heifnir à mi-voix.
- Et bien, hum, répondit Ulkar, ça semble assez évident, non ? Avec un nom comme le sien… Il, hum, a été définitivement expulsé de l’Université Arcane il y a près de cinquante ans de cela. Pour, hum, pratique des arts occultes, comme tu t’en doutes.
- Seulement expulsé ?
- Oh, et pourchassé à travers tout Cyrodiil, recherché mort ou vif avec une prime de cinq mille septims sur sa tête. C’est, hum, pour cela qu’il est venu se cacher à Skyrim.
- Ah. Ah bah aussi. »

« Alors, Aenius, vous êtes donc un Cyrodiléen ?
- Oui mam’zelle, répondit le vieux avec fierté. Un Nibénéen pur souche, un vrai Impérial, pas comme ces barbares de Colovie. J’ai jamais pu les piffrer, ceux-là.
- C’est intéressant. Vous voudrez bien me raconter tout cela à l’auberge ? Nous sommes presque arrivés à Bruma. »
Les cavaliers progressaient avec prudence sur le sentier escarpé, tenant fermement les rênes de leurs chevaux pour les empêcher de dévaler la pente. Et puis, au détour d’un affleurement rocheux, elle leur apparut : Bruma, ceinte de hautes murailles, et dont la fumée des braseros montait jusqu’au ciel. Un vrai petit bout de Skyrim en Cyrodiil.
Un large sourire s’étala sur la face d’Heifnir :
« Vous avez bien dit auberge ? »

***
L’Auberge d’Olaf. Formidable nid de truands, d’ivrognes, de brutes épaisses et avinées, où l’hydromel coulait à flots aussi bien à l’entrée des gosiers qu’à la sortie des systèmes urinaires. Les serveuses, très légèrement vêtues malgré le froid, cheminaient avec agilité entre les clients les plus alcoolisés, les bras chargés d’un nombre impressionnant de chopes ; dans les recoins sombres, de sombres individus encapuchonnés fumaient la pipe, chargeant l’atmosphère de lourdes volutes de fumée ; et, du haut de son tabouret, le ménestrel tentait d’étouffer par les pincements de son luth les braillements des soudards.
La porte de la taverne s’ouvrit dans une bourrasque enneigée. Les trois premiers à entrer passèrent inaperçus ; des vieux barbus au visage fripé, on en voyait tous les jours. Mais quand Tohrj pénétra à leur suite dans cet antre de pochtrons, tous les regards se tournèrent instantanément vers lui.
« B’jour », chuchota Tohrj, mal à l’aise.
Quelques clients se levèrent, bien prêts à partager leur vision de la vraie place d’un enfant dans ce genre d’établissement – c’est-à-dire, au mieux, attaché au poteau à l’entrée. Fort heureusement, leur attention fut presque aussitôt détournée par l’entrée du dernier membre du groupe. Freyja, malgré tout son accoutrement de cuir, savait se montrer bien plus attirante que d’autres moins vêtues. Les clients la dévorèrent du regard, mais les serveuses la toisèrent d’un œil mauvais.
« Hum, hum. »
A cet éclaircissement de voix de la jeune femme, tous les buveurs fixèrent leur verre. C’est qu’ils la connaissaient, la petite, et valait mieux pas la chercher.
« Brunhilde, ordonna-t’elle à une des serveuses, quatre bières et un verre de lait pour le petit. »
Ladite Brunhilde répondit par une moue dédaigneuse avant de s’en aller vers les cuisines en se déhanchant.
« Bon, prenons place, voulez-vous ? »
Freyja vira sans ménagement un client ivre mort affalé sur une table et s’assit à la place nouvellement libérée, invitant d’un geste de la main ses compagnons à la rejoindre. Les trois nécromants s’assirent en face d’elle, et elle prit Tohrj sur ses genoux pendant que la serveuse disposait la commande sur la table.
« Racontez-moi tout. Vous êtes des acteurs, m’avez-vous dit ?
- Oui, heu, balbutia Ulkar, la troupe du… euh, du Vent capricieux. Nous, euh, hum, nous voyageons, de province en province, pour, euh, porter aux peuples de l’empire les, hum, les joies de… de la culture.
- Et vous faîtes ça en famille, si j’ai bien compris ?
- Euh, oui, en effet. Mon, hum, notre petit-fils, mon fils Heifnir, et, hum, le beau-père d’Heifnir, Aenius.
- Au fait, intervint ce dernier, j’vous ai déjà dit que j’étais de Nibenay, non ? Ma mère était de Cheydinhal, une ben brave femme, on me dit souvent que j’ai la même moustache qu’elle. Et mon père était pêcheur sur le lac Rumare. Il aurait voulu que j’fasse des études, l’Université Arcane, tout ça… » Ulkar lui lança un regard noir et Aenius se reprit. « Mais, hum, moi, j’leur ai dit, la magie c’pas pour moi, j’aime ben mieux l’théâtre, tout ça. Et ben, voilà. C’est comme ça. Le théâtre, oui.
- Vous êtes marié, Heifnir ?
- Euh… veuf. Donc libre comme l’air, n’est-ce pas, mademoiselle ? Et vous, z’avez trouvé chaussure à vot’pied ?
- Et bien, euh, pas encore, répondit Freyja un peu gênée. Vous comprenez, c’est difficile de trouver un bon parti quand on court sans cesse les bois.
- Et pourtant, vous êtes si jolie ! C’est qu’c’est triste d’être tout seul. Tenez, le môme, pas pus tard qu’hier y m’a dit qu’il aimerait bien avoir une maman aussi jolie qu’vous, mademoiselle.
- Je, euh… Ah bon ? C’est, euh, c’est très flatteur, mais…
- Dis madame, tu veux bien être ma maman ?, demanda Tohrj avec un grand sourire.
- Je, euh… Ulkar, vous qui vous êtes montré si convaincant face aux bandits, vous ne voudriez pas me jouer un petit quelque chose ?
- Mais, euh… Certainement, oui, oui… »
Freyja soupira, soulagée de s’être sortie de cette embarrassante situation à si bon prix. Ulkar, lui, se dit qu’il tenait enfin l’occasion de faire appel à sa culture classique. C’est qu’à la guilde, rares étaient ceux à partager son goût pour les tragédies néo-romantiques de la Deuxième Ere. La Geste des Reman, un vrai petit bijou de l’époque du Potentat. Héhé. Voilà avec quoi il allait faire impression.
« Fils de Cyrodiil, déclama-t’il avec emphase en oubliant ses habituels balbutiements, vous, des bords du Nibenay, et vous, des plaines de Colovie, vous que l’aube chérit et enserre de ses bras roses en une étreinte aimante, oui, vous, dont les pères jadis brisèrent les chaînes de l’esclavage et tinrent face, dans leur bravoure d’hommes libres, aux dominateurs cruels et iniques dont la terre pleure encore la présence, oui, vous, daignerez-vous aujourd’hui supporter sur vos terres, ces terres conquises dans le sang et dans les larmes, ces terres arrachées à l’immortel ennemi de la race humaine…
- J’vous ai déjà dit que j’étais de Nibenay ?
- Je crois, oui, répondit Freyja.
- … les elfes, oui, chassés à la sueur de notre front, ces terres, ces terres glorieuses qui gardent encore la mémoire de nos exploits, daignerez-vous supporter sur ces terres la présence, l’infâme et l’odieuse présence, des monstres venus des terres innomées, de la diabolique engeance d’Akavir, oui, tremblerez-vous devant ces serpents, reculerez-vous devant eux, jetant ainsi une honte éternelle sur…
- Ah. Bon. » Aenius fixa le liquide saumâtre de son verre d’un œil morne. « C’est que, vous savez, ma mère, c’te brave femme, elle était de Cheydinhal, et… et… hips, ouh, c’est qu’ça f’sait longtemps qu’j’avais pas bu d’bière comme celle-là… et mon père, hein, mon père il était pêcheur, vous savez, hein, hips, de poissons, tout ça, sur le lac, hein, le lac Rumare, et, et… »
Tohrj lapait son verre de lait avec application, et Freyja supportait tant bien que mal les radotements alcoolisés d’Aenius. Heifnir vida son verre. Puis celui d’Ulkar, puisque personne ne regardait.
« … en vérité je vous le dis, mes frères, puisqu’en ce jour nous sommes tous frères, nous marcherons, bannières levées, nos nobles étendards flottant au vent, étincelants dans la lumière du matin, oui, nous marcherons… »
L’attention de la jeune femme restant accaparée par le vieillard, Heifnir rappela la serveuse. Une première fois, puis une deuxième.
« … et les dieux, les Huit tout-puissants, de leur demeure céleste, accordant un regard au sol de Nirn, et ils nous verront dans notre splendeur, marchant sans crainte, vers la Marche de l’Est, défendre l’héritage qu’ils nous ont légué, oui, ils nous verront… »
Après la sixième chope, Heifnir arrêta de compter. A voir les verres vides devant lui, il en avait bu au moins… au moins… beaucoup. Il attrapa violemment la serveuse et l’embrassa avec fougue. Pour toute réponse à son habile stratégie de séduction, il eut droit à un violent crochet du droit. Ca alors. C’est qu’il comptait pas s’laisser faire, non mais oooh.
« S’pèce de, hips, traînée !, beugla-t’il en se levant. D’te façon, d’te façon, z’êtes tous des, hé, tous des sales enfants, hips, de catin !
- … et, et, hips, on m’dit souvent, hé, on me l’dit, que j’ai sa moustache, hein, mam’zelle…
- …nous marcherons vers le Col Clair, oui, mes frères, car nous ne permettrons point, non, nous ne permettrons point que ces étrangers souillent la terre sacrée de Tamriel, non, car cette terre est nôtre, léguée pour nous à travers les siècles infinis, depuis les temps les plus immémoriaux, depuis… »
Deux ou trois clients levèrent le nez de leur chope.
« Ouais, brailla Heifnir à destination de l’assistance, vous là, les sales bâtards, qui vivent à Bruma, en plein Cyrodiil, et qui s’croient Nordiques ! Et, vous, là, répondez moi donc, s’pèces de femmelettes ! J’vous, euh, j’vous pisse à la raie ! Tous autant qu’vous êtes ! A la raie, ouais, tapettes ! »
Une dizaine de Nordiques, de rudes gaillards aux barbes fournies et aux biceps saillants, se levèrent en présentant manifestement l’envie d’exprimer une certaine divergence de point de vue. Freyja, coincée entre le babil frénétique d’Ulkar et les histoires de famille d’Aenius, pressentit bien trop tard le danger. Le temps qu’elle retire l’imperturbable Tohrj de ses genoux et qu’elle échappe à son gluant compagnon de table, les chaises avaient déjà commencé à voler et les pains à s’échanger. Au cœur de la mêlée, Heifnir, se battant comme un beau diable malgré les deux bouteilles qui avaient déjà été brisées contre son crâne, continuait d’exciter la foule tout en distribuant ses coups à l’aveugle :
« Allez v’nez donc, si v’croyez qu’vous m’faîtes peur, hic ! Z’êtes, hips, z’êtes tous qu’des, des, des trouillards et des lopettes, hé !
- … mais, hé, mam’zelle, grommela Aenius en retenant Freyja par le bras, j’vous avais pas dit, hein, mon père, sur le lac, hein, le lac Rumare, et ben, quand j’étais p’tit, sur le lac, hips…
- … et, triomphalement, poursuivait Ulkar malgré le chaos ambiant, nous viendrons à bout de la horde infernale, les épées chanteront leur mélodie de mort dans l’air pur de l’aube, les lances au fer aigu viendront à bout des écailles maudites, les arcs feront pleuvoir sur l’ennemi le déluge mortel de nos traits acérés, fondant en nuages serrés sur leurs rangs grouillants, oui, aujourd’hui mes frères, nous vaincrons, et les dieux, du haut de leurs nuées… »

***
« Alors, heu, hum, qu’avez-vous dit de ma prestation ? Vous, euh, vous aurez sûrement reconnu la célèbre tirade de Reman I, acte II scène 3 de la fameuse Geste des Reman, vous, heu, non ? Je n’étais pas bien chauffé, vous comprenez, je, euh, je ne suis pas sûr d’avoir trouvé le bon ton pour, hum, rendre toute la profondeur tragique et lyrique de la scène, je, euh, qu’en dites-vous ? »
Ulkar serra la bride de son cheval et lança des coups d’œil inquiets à ses compagnons. Aenius dormait en selle, la bave aux lèvres. Heifnir, le bras en écharpe et un bandage autour de la tête, lança à Ulkar un regard noir de ses yeux pochés. Freyja, enfin, contre qui Tohrj s’était blotti, se contenta de pousser un long soupir.
« Mais, euh, quoi ? Qu’ai-je donc dit ? Enfin, répondez !»

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MessageSujet: Re: Tohrj. Tohrj... tout court.   Mar 18 Oct - 23:27

12. Une famille ?

« Madame, j’ai sommeil… »
Tohrj tourna vers Freyja son vilain petit visage aux traits tirés. Deux larges cernes creusaient les orbites déjà enfoncées, et un léger filet de bave commençait à couler de la bouche édentée. La cavalière frissonna – la toute naturelle répugnance le disputant à la pitié et à l’instinct maternel. Après un douloureux instant de tiraillements subconscients, ce fut ce dernier sentiment qui l’emporta et Freyja répondit avec un gentil sourire :
« Il est tard, oui, et nous avons avancé à cheval toute la journée. Tu dois être bien fatigué. »
Elle jeta un regard noir aux trois compagnons qui suivaient péniblement. « Peut-être que si ta famille avait mieux su se conduire à l’auberge d’Olaf, nous aurions pu y passer la nuit. »
C’est le moment que choisit Heifnir pour pousser un ronflement sonore. Aenius le réveilla d’un mauvais coup de coude dans les côtes, ce qui le fit émerger en sursaut :
« Hein, quoi ? J’ai rien, j’ai rien fait, pisque j’vous l’dis…
- La d’moizelle elle parle de toi !
- Hein, euh ? Pis d’abord, hein, c’est eux qui m’sont tombés d’ssus, à dix contre un qu’ils ont dû s’y mettre… »

Et c’était reparti. Freyja soupira – intérieurement, cette fois-ci, car elle avait peur de finir par se décrocher la mâchoire. Voilà où l’avait menée sa belle pitié, à se transformer en accompagnatrice pour vieillards alcooliques et collants. Ils n’étaient pas méchants, non, seulement insupportables. Elle les aurait bien laissés sur le bord de la route, tout attachants qu’ils pouvaient être, pour rentrer au triple galop vers son Nord aimé. Oui mais voilà, il y avait aussi Tohrj. Il n’avait déjà pas été gâté niveau physique, ça non, et apparemment pas non plus question intelligence. Et il n’avait pas non plus l’air de pouvoir compter sur sa famille. Il n’avait… oui, il n’avait qu’elle, se surprit-elle à penser tandis qu’il pelotonnait sa sale caboche contre elle pour essayer de s’endormir. Les yeux fermés et le visage à moitié dissimulé par la cape, il pouvait presque paraître attendrissant. Voire même mignon, maintenant qu’il suçait son pouce. Un tout petit, tout mignon petit enfant…
Grands dieux, finit-elle par songer en hochant la tête tristement. C’était tout de même fou ce que pouvait produire la combinaison de la fatigue, d’un néant sentimental et d’un pic d’hormones inopportun.

« Mademoiselle, hum, Freyja ! Ne serait-ce point la, euh, la suave lumière d’habitations dans le lointain ? Nous pourrions, hmm, demander l’accueil à ces braves villageois, en l’échange, pourquoi pas, d’une petite prestation de théâtre… »
Le seul mot de théâtre suffit à sortir la jeune femme de ses rêveries.
« Pas la peine, Ulkar, je préfère vous offrir le gîte.
- Mais enfin, ne souhaitez-donc vous pas, hmm, ouïr le reste de la fameuse Geste des Reman ? »
Freyja songea qu’il était préférable de ne rien répondre.

***
Tohrj ouvrit les yeux en clignant des paupières, ébloui par la clarté du matin. Tâtonnant de la main, il se rendit compte qu’il était dans un lit aux draps doux et légèrement parfumés. Ca ne valait pas les bonnes couvertures rêches de la Guilde à la puanteur réconfortante mais, étrangement, ce n’était pas non plus si désagréable que ça.
« Où c’est… où c’est qu’on est ? »
Ce fut Freyja qui lui répondit, en souriant et en lui servant une assiette de porridge chaud.
« Les gentils habitants de cette chaumière ont accepté de nous héberger contre la promesse qu’Ulkar arrête sa réplique. Mange donc avant que ça refroidisse ! »
Elle l’observa d’un œil doux avaler goulûment son assiettée. Quelles joues creuses…
Heifnir, lui, la regardait le regarder. Héhé. Pour une fois que l’mioche allait lui servir… Il y avait réfléchi tout le jour et toute la nuit, et le moment semblait enfin propice.
« Mam’zelle Freyja ? Ca vous dérange pas si j’vous cause un peu à l’écart ? C’t’à propos du p’tit, là, Tohrj ou j’sais plus quoi.
- Oui, Heifnir ?
- C’est que, euh, j’préfèrerais… un peu plus à l’écart. »
Freyja le suivit à contrecœur jusqu’au petit jardinet de la chaumière. Seul un muret de rocaille le séparait de la forêt, mais cela suffisait à en faire un endroit charmant. Des plants à demi sauvages de millepertuis et d’ancolie y croissaient avec sérénité, au milieu des pieds de lion et autres aigremoines, toute cette flore délicate perlée de gouttes de rosée. La jeune femme sentait néanmoins la désagréable présence de regards sur sa nuque – le vieil homme et la vieille femme qui les avait hébergés et se cachaient tant bien que mal derrière un rideau en dentelle pour observer la scène, mais aussi à l’étage Aenius et Ulkar qui faisaient de même sans prendre le soin de se dissimuler, eux. Voilà qui promettait.
« Mademoiselle, commença Heifnir en lui saisissant la main, j’voulais vous dire, euh… Ben, qu’ça s’voit que… que vous êtes, euh, à votre aise avec le môme. Et, euh, j’me disais, euh…
- Arrêtez donc de bafouiller, répliqua-t’elle froidement, on dirait votre père, Ulkar.
- Oh, euh, répondit-il en rougissant et en lâchant sa main. C’est que, vous avez bien dû voir comment qu’il était triste, le gosse, et pis seul aussi, et pis c’est qu’c’est pas drôle tous les jours d’être sur les routes à c’t’âge là, et pis j’crois qu’y vous aime bien, et qu’vous l’aimez bien, hein. Hein ? »
Heifnir lança un regard embarrassé vers la fenêtre de l’étage, d’où ses compères lui adressaient des signes d’encouragement. C’est que c’était quand même plus dur quand la femme en face de vous était en mesure de vous entendre et de vous répondre. Les vivantes, c’était pas trop sa tasse de thé.
« Et donc, poursuivit-il, comme j’vous l’ai déjà dit, c’qu’y lui manque, à ce môme, c’est une mère, et à vous, ben, c’est un enfant à aimer et une présence masculine pour vous réconforter. Et, ben, y tient qu’à vous qu’tout ça s’arrange, hé. »
Affichant un sourire large sous sa barbe hirsute, le nécromant s’agenouilla dans l’herbe humide et fouilla un instant dans ses poches avant de sortir un anneau d’argent terni. Une idée d’Ulkar, la bague. Paraissait que ça f’sait plus gentilhomme, comme il disait, mais bizarrement le vieux schnoque avait insisté pour qu’ça soit une de ses bagues à lui. Trop de têtes de mort sinon, qu’il avait dit. Heifnir comprenait pas où était le problème avec les têtes de mort. Il les aimait bien, lui, les têtes de mort.
« Freyja, ça vous dirait, euh, d’m’épouser et tout ça ? »
La jeune femme resta interdite, défigurée par l’expression de la plus pure horreur, et Heifnir se dit qu’il valait sans doute mieux en revenir aux méthodes plus conventionnelles. Il se leva d’un bond et, parce qu’il n’avait rien appris de l’histoire, il tenta de l’embrasser avec passion. Et, parce que l’histoire déteste qu’on se moque d’elle, il fut aussitôt accueilli par un poing droit fulgurant qui l’envoya voler loin au dessus du pittoresque petit muret, avant de choir misérablement dans un fourré de ronces.
Le temps qu’il se réveille, la sélectivité de sa mémoire, en précieuse assistante de son orgueil masculin, aurait déjà opéré pour tenter de lui faire oublier qu’il avait été mis au tapis deux fois en deux jours, et à chaque fois par une femme qu’il avait tenté d’embrasser. Mais, pour l’heure, il gisait béatement dans un massif de mûriers, loin des soucis de ce monde, et le reste de l’univers continuait à tourner. Depuis la fenêtre, Ulkar hochait tristement la tête de droite à gauche alors qu’Aenius hésitait entre moquerie et pitié ; derrière le rideau de dentelle, le vieil homme se lamentait pour son jardin tandis que son épouse exultait devant cette fière manifestation d’émancipation féminine. Freyja, elle, se contenta de cracher sur le sol d’une manière fort peu féminine, avant de tourner les talons avec dédain.
Tohrj n’avait pas compris. Il avait plus ou moins tenté de suivre la scène aux côtés de ses compagnons plus âgés, sautillant vainement pour tenter d’apercevoir les mystères du jardinet. Hélas, ces évènements rentraient dans la catégorie – de loin majoritaire – des choses de la vie qui échappaient totalement à son sens. Heifnir avait offert un cadeau à la madame, mais la madame elle avait pas dû aimer vu qu’elle l’avait envoyé dans les buissons. Peut-être la madame n’aimait pas les bagues ?
« Tohrj, approche-toi. » Freyja, légèrement rouge, lui posa la main sur l’épaule. Ulkar et Aenius reculèrent d’un pas.
« - Dis madame, tu n’aimes pas les ba…
- Ecoute-moi, mon garçon, l’interrompit-elle en se penchant à son niveau. Peu importe ce que te diront les gens. Dans la vie, tu mérites mieux que ces gens-là, rappelle-t’en toujours.
- Oui madame, répondit Tohrj comme si une mission capitale venait de lui être confiée et qu’il voulait faire semblant d’avoir compris – ce qui était plus ou moins le cas.
- Tu es un bon garçon. » Et, se tournant vers les deux autres : « Quand l’autre ordure se réveillera, dites-lui d’y réfléchir à deux fois la prochaine fois qu’il lui viendra l’idée d’embrasser une dame sans son consentement. J’ai dans l’idée qu’on ne le lui répétera jamais assez. Sur ce, je vous quitte, messieurs. J’en ai plus qu’assez des soudards, des pervers et des comédiens à deux sous. »

***
Ulkar fulminait encore, ses bajoues flasques agitées d’un tremblement furieux.
« A deux sous, hmmm ? C’était injuste ! Hmmm, oui, injuste et injustifié ! Et moi qui, hum, pensais avoir touché sa fibre artistique… Du, hum, du vent, oui !
- C’était pas bien gentil, mais c’était p’tet vrai », fit remarquer Aenius avec philosophie.

Heifnir entra d’un pas lourd, le visage et les mains en sang, la barbe et les cheveux mêlés de ronce et l’œil gauche décoré d’un beau cocard.
« Ouais, bon, ça va », grommela-t’il en leur lançant un regard noir.

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MessageSujet: Re: Tohrj. Tohrj... tout court.   Mar 18 Oct - 23:28

13. Par monts et marais

Les quatre voyageurs avançaient à tâtons, tentant de trouver un chemin au milieu du brouillard opaque – sans grand succès apparemment. Le bruit de succion qui accompagnait chacun de leurs pas indiquait clairement qu’ils avaient quitté tout sentier depuis longtemps.
« Nous n’avons plus de guide.
- J’en sais quequ’chose, tu le répètes depuis le début d’la semaine.
- Hmmm ! Nous n’avons plus de guide, et c’est entièrement ta faute ! » Ulkar lança un regard noir à son compère qui marchait derrière lui.
« - Ouais, bah, j’m’en rappelle, merci. Pis d’abord, ç’avait qu’à marcher, ton idée de bague. On en serait p’têt pas là !, répliqua Heifnir avec hargne.
- Hé ho, l’jeunot, intervint Aenius. Y a trois jours, j’aurais pas été tenté de défendre l’ancêtre, mais là moi aussi j’en ai ma claque de patauger dans ces marais brumeux. On a eu qu’ça, depuis qu’la petiote nous a laissés tomber.
- Et ça sent vraiment pas bon, gémit Tohrj en repoussant du pied un crabe des vases un peu trop collant.
- Si encore on avait pas stationnés les chevaux au milieu de sables mouvants…
- Ils étaient gentils, eux, commenta l’enfant tristement. Pas comme les crabes. Même que, les crabes, ça pince.
- Ouais, bah, bah… Et merde, qu’est-ce ‘vous voulez qu’j’vous dise ? J’en ai plein l’dos, moi aussi ! Plein l’dos de patauger dans la gadoue et dans l’brouillard, plein l’dos d’me coltiner deux vieillards séniles et un mioche idiot, plein l’dos de m’être fait envoyer paître, oui, plein l’dos, plein l’dos, plein l’dos ! »
Heifnir partit devant en grommelant et en jurant furieusement, jusqu’à ce que son pied s’enfonce dans un trou d’eau et qu’il se retrouve étalé de tout son long dans la boue fétide du marécage.
« Tiens donc, fit Ulkar distraitement sous le flot de grossièretés. Et moi qui pensais que nous avions déjà eu droit à l’intégralité de son lexique… »

***
« Dis, Ulkar, où c’est qu’on est ?
- Je te l’ai déjà dit et répété, mon petit, je l’ignore… Quelque part à l’est de Cyrodiil, fort certainement, mais, hum, je ne saurais être plus précis, fort malheureusement.
- Mais, t’as pas dit que là où on allait, c’est aussi des marais ? Peut-être on est arrivés sans le savoir, dis ?
- Oh, je ne crois pas, non, mon enfant. Nous n’avons pas encre franchi les monts Volus. Je présume plutôt, hum, que nous tournons en rond. A cause de tout ce brouillard, bien sûr. D’ailleurs, je suis presque sûr que nous sommes déjà passés trois fois devant cet arbre mort.
-Oh… Mais alors, dis, où c’est qu’on est ? »
Le vieux nécromant soupira. Il savait pertinemment que leur tâche méritait tous les efforts concédés – l’idée d’être un jour débarrassés du garçon était l’objectif qui les faisait encore avancer après toutes ces épreuves, toutes ces embûches et tous ces soucis. Mais ce futur paraissait de plus en plus lointain au fur et à mesure qu’ils s’engluaient dans les marécages. C’était déjà le quatrième jour ; oui, quatre jours à s’enfoncer dans la vase, libérant les gaz méphitiques résultant de la putréfaction végétale. Les nécromanciens sont rarement dérangés par les odeurs fortes, mais même eux ont leurs limites, et les fragrances marécageuses l’outrepassaient avec entrain. Et puis, il y avait les moustiques, la hantise d’Ulkar – minuscules mais se déplaçant en nuées compactes, s’infiltrant par le moindre interstice de la couche de vêtements pour aller sucer le sang du peu de peau qu’il restait sur ses vieux os. Ce qui les contraignait à disputer leur pitance avec les sangsues, qui remontaient insidieusement sous les tissus mouillés. Décidément, songeait-il avec amertume, l’aventure, ça n’était vraiment pas de son âge. Comme la caverne de la Guilde lui manquait…
A quoi tout cela pouvait-il encore bien servir ? Ils ne sortiraient jamais de ce bourbier infâme, ne retrouveraient jamais le calme et le confort de leur bonne Guilde, l’agréable fraîcheur des caveaux et la saine humidité de leur grotte… N’en pouvant plus d’avancer, il se laissa finalement tomber à genoux dans l’eau vaseuse, dispersant le tapis de lentilles aquatiques et dérangeant quelques alevins de poissons carnassiers.
« Laissez… laissez-moi ici, murmura-t’il pathétiquement. Je n’en peux plus, je préfère encore mourir dans ces marais, et, hum, rejoindre notre vénéré Roi des Vers. Oui, avancez, avancez sans moi… »
Aenius hocha les épaules.
« - Comme tu veux, mon vieux. Si c’est c’que tu souhaites… Bon,Heifnir, tu viens ?
- Hé, hé, mais attendez-moi ! », fit Tohrj en barbotant aussi vite qu’il le pouvait pour rattraper les deux autres qui partaient devant.
Ulkar les regarda faire, la mâchoire ballant et ne pouvant en croire ses yeux.
« Non mais, hé, mais… mais c’est qu’ils me laisseraient là, les enfoirés !, s’exclama-t’il en se relevant aussi vite qu’il pût. Hé, mais, attendez ! Mais attendez-moi donc ! »

***
« Dis, où c’est qu’on est ? C’est encore loin ?
- Pour la millième fois, Tohrj…
- Mais, t’as bien dit qu’on cherchait des montagnes, non ? Ben, y en a une grosse juste tout droit devant.
- Par les Vers… mais oui ! »
Les trois nécromants se frottèrent les yeux, n’osant croire à leur bonheur. Derrière les épaisses volutes de brumes se laissaient deviner les contours flous d’une masse imposante. Enfin, oui, enfin ils y étaient !
« Bon sang, les gars, ça y est ! On va enfin foutre le pied hors de c’te saloperie de marécage… Ca y est, ça y est !
- Ne, hum, ne nous réjouissons pas trop vite non plus, remarqua Ulkar avec sagesse. Il nous reste toute l’ascension du col, et ça ne va pas être une tâche, hum, agréable. Ce n’est pas si haut que ça, mais ça monte raide, et nous sommes, hum, trois vieillards et un enfant.
- J’m’en fous bien, grogna Heifnir. Tant que je peux poser le pied à un endroit où il risque pas de s’embourber, moi, ça m’va.
- Itou, rajouta Aenius. Et pis, la montagne, ça nous connaît. On vient quand même de Skyrim, hein !
- Et même que là d’où qu’on vient, on en a des pleins, de montagne, fit Tohrj en hochant la tête avec sérieux. Et même que, celle-là, c’est moi qui l’ai vue d’abord !
- Bon sang, fit Heifnir avec envie, on va bientôt pouvoir rentrer chez nous…
- Oui, et Tohrj aussi !, s’exclama Tohrj.
- Bah, non. Pas toi, justement.
- Pourquoi pas moi ?, demanda-t’il tristement. Et pis d’abord, si c’est comme ça, vous avez qu’à les trouver tous seuls, vos montagnes ! Et pis moi, je boude. Nah.
- Mais enfin, gamin, tenta Aenius, on en a d’jà parlé, hein ? C’est des, comment qu’il a dit Ulkar déjà ? Ah oui, des vacantes.
- C’est pas des femmes qui boivent du vin et dansent toutes nues ?, demanda Heifnir avec suspicion.
- Des vacances, pas des bacchantes, rectifia Ulkar avec froideur. Des, euh, un endroit où se reposer pour les petits nécromanciens qui ont bien travaillé. N’est-ce pas, Tohrj ?
- Oui, m’sieur, admit ce dernier à contrecœur.
- Bon, et bien. Reprenons, hum, notre route ! »

***
« Allez, un dernier effort ! »
Le petit groupe s’arrêta, suant et haletant. Aenius s’adossa contre un arbre pour reprendre son souffle tandis qu’Ulkar et Tohrj se laissaient tomber sur le sol.
« - Hé, ho, jeunot, du calme ! On grimpe depuis ce matin, le soleil va bientôt s’coucher, et j’ai plus les guiboles que j’avais à ton âge. Alors, doucement !
- J’ai mal aux pieds !, pleurnicha Tohrj.
- Bon, bah, faisons une pause, alors, concéda Heifnir, tout aussi transpirant que les autres. Mais y vaudrait mieux dépasser le sommet ce soir, histoire qu’on soit pas obligés d’y dormir.
- Je, houm, souffla Ulkar, pfiouh, vivement qu’on redescende. Je, euh, houm, je voudrais rappeler, houm, que je suis, houm, votre doyen, et, euh, houm, je n’ai plus toute, houm, l’énergie dont vous disposez, jeunes gens, houm, que vous êtes… Mais au moins, houm, là où on est, il n’y a plus, houm, ni brume, ni moustiques. Houm ! Je, je ferais bien, houm, un petit somme, moi…
- Bon bah, répondit Heifnir, z’avez qu’à rester là. J’vais encore grimper un peu, histoire de voir la vue qu’on a d’là haut. Autant savoir où on se dirige, hein ? »
Ulkar lui répondit par un ronflement sonore. Pfff. C’était vrai que l’épreuve était dure, même pour lui, qui avait a priori la moins mauvaise condition physique. Mais c’était une chose que de vivre sous une montagne, et une autre chose d’en escalader une – même si les monts Volus n’étaient pas aussi hauts que les montagnes de Jerall. Au moins, ils avaient quitté les marais, c’était déjà ça – et c’était cette seule pensée qui les avait motivés durant toute l’ascension, en dépit de l’arthrose et des genoux douloureux.
Heifnir s’assura de sa prise sur le rocher et entama l’escalade de la paroi rocheuse – à son sommet s’ouvrait une percée entre les arbres, d’où il devrait apercevoir le panorama. Il dérapa, glissa, se rattrapa de justesse, se hissa, et, oh… Ils auraient dû s’y attendre, mais…
« Et, les gars ?, cria-t’il à l’intention du groupe en contrebas. Dites, vous savez pourquoi on l’a appelé comme ça, le Marais Noir ? Bah j’vous l’donne dans l’mille ! »

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Amarthan Locëcundion, Fils du Dragon
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