Les Flammes de la Guerre

C'est une époque sombre et sanglante, une époque de démons et de sorcellerie, une époque de batailles et de mort. C'est la Fin des Temps.
 
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 Le Bassin

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Arduilanar
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MessageSujet: Le Bassin   Dim 8 Déc - 17:24



Le Bassin






— Impressionnant, n’est-ce pas ?
Le prince porta son regard sur le bassin que l’eunuque avait tant insisté pour lui montrer, dans un coin isolé des jardins du palais. Avec ses cent vingt coudées de longueur et ses quatre-vingt-dix de largeur, il était effectivement de dimensions bien plus imposantes que tous les autres plans d’eau des jardins ; mais le prince ne voyait pas en quoi cela le rendait particulièrement intéressant.
— Et bien, c’est un grand bassin, en effet. Et profond, j’imagine.
— De plus de quarante coudées, Majesté. Et le tout rempli d’eau de mer ; il a fallu inventer tout un système de pompes et de canalisations rien que pour l’acheminer de la baie jusqu’ici. Mais ce n’est pas ce qui importe. Ne voyez-vous pas les deux silhouettes tapies au fond ?

Le prince plaça sa main en visière pour protéger ses yeux du soleil, mais ne distingua rien à travers l’eau saumâtre.
— Que devrais-je voir ?
— Mais voyons, Majesté, ce sont les fameux Monstres d’Inkush ! Offerts jadis au roi Hamaraban par une délégation étrangère, et qui, depuis, n’ont jamais quitté ce bassin… Se peut-il que vous n’en ayez jamais entendu parler ?
— Des créatures marines ?, demanda le prince en se grattant la barbe. Oui, c’est possible. Je crois que mon père nous en avait raconté l’histoire, autrefois ; j’avais toujours pensé qu’il essayait simplement de nous faire peur.
— Ces créatures existent vraiment, Majesté, et vous les avez sous les yeux. Vous plairait-il que nous leur apportions leur repas, afin qu’elles s’avancent vers la surface et que vous puissiez les observer à votre gré ?
— Fais donc, eunuque. Je suis curieux de voir à quoi tes monstres peuvent bien ressembler, si tant est qu’ils existent.

L’eunuque frappa deux fois des mains, et trois équipes d’esclaves s’avancèrent, portant de lourdes amphores à l’ouverture scellée par de la toile goudronnée. L’eunuque, tout en se couvrant le nez avec un chiffon, prévint le prince :
— Méfiez-vous de l’odeur, Majesté. Le poisson que contiennent ces jarres a été laissé à macérer pour mieux exciter l’appétit des monstres, mais les exhalaisons dégagées sont pour nos propres estomacs un véritable supplice.
D’un signe de tête, il ordonna d’ouvrir les amphores ; et aussitôt se répandirent les répugnants effluves de la chair en décomposition, qui vinrent assaillir les narines du prince malgré le morceau d’étoffe dont il s’était muni. Puis, sur un nouveau signe de l’eunuque, les esclaves s’approchèrent du bassin et, avec la plus grande précaution, vidèrent le poisson dans le bassin.
Les têtes aux yeux morts et les tripes putréfiées flottèrent un moment à la surface, puis s’enfoncèrent lentement dans l’eau sale. D’abord le prince ne vit rien, et il pensa que l’eunuque s’était joué de lui. Puis, ce qu’il avait pris pour une ombre s’agita, et il sentit son sang se glacer. C’était gros, presque trop gros pour être réel – et pourtant la silhouette avançait, ses contours se faisant de plus en plus précis à mesure qu’elle approchait de la surface. La bête aurait pu ressembler à un poisson – mais un poisson de plus de vingt coudées, majestueux et terrible, aux yeux larges comme des assiettes, au dos d’un noir d’abysse et aux longs barbillons carmin. Arrivée près des carcasses, elle ouvrit une gueule monstrueuse qui eut pu engloutir un homme d’une seule bouchée, et qui se referma sur sa prise aussi inexorablement qu’une herse de fer. Au cours de ses campagnes militaires, le prince avait assisté à bien des spectacles difficiles : il n’était pas étranger au sang, aux carnages ni aux violences de la guerre. Mais cette scène, dans ce qu’elle avait d’irréel et de fantastique, le troublait et le fascinait à la fois.

— Votre curiosité est-elle satisfaite, Majesté ?
— Cela mérite d’être vu, en effet.
Le deuxième animal était à présent sorti lui aussi de sa léthargie, et les deux créatures dévoraient de concert, dans un tourbillon de nageoires qui soulevait des gerbes d’eau.
— Et vous disiez, reprit le prince, que ces créatures sont là depuis le règne de Hamaraban ? Elles seraient âgées de plus de deux siècles ?
— C’est ce qui se dit, Majesté, mais je n’étais pas là pour le vérifier !, répondit l’eunuque en riant. C’est mon prédécesseur m’en a conté l’histoire, lorsque je suis entré en service au palais. Elle raconte comment, il y a bien longtemps, une tempête particulièrement violente secoua l’Océan, loin à l’ouest, où vivent les barbares des îles d’Inkush. Après cette tempête, des pêcheurs auraient pris dans leurs filets ces deux créatures. Encore jeunes, elles étaient loin d’avoir la taille qu’elles ont atteinte aujourd’hui, mais elles ont par leur apparence inhabituelle profondément marqué les esprits des barbares, qui voyaient en elles des émissaires divins. Les pêcheurs les avaient gardées dans un enclos immergé, afin qu’elles protègent leur village du mauvais sort, jusqu’à ce que leur roi l’apprenne : et les monstres ont alors pris le chemin d’Aqram, afin d’être offertes au puissant roi de la Ville auquel les Kushites, en ce temps, payaient tribut.
— Cela a dû être un fameux périple, pour leur faire traverser l’Océan jusqu’ici, fit le prince dont les yeux étaient toujours rivés sur le bassin.
— En effet, Majesté. Les Kushites avaient harnaché les créatures avec des lianes, et les ont traînées derrière leur embarcation précaire pendant les cinq semaines que le voyage a duré. Tout au long de la traversée, ils ont été suivis par des nuages noirs d’orage et des vents de tempête, et les marins étaient persuadés que les dieux les avaient maudits pour avoir soustrait les créatures au village qu’elles protégeaient. A plusieurs reprises, ils ont tenté de se mutiner pour les libérer; mais le capitaine a su tenir bon, et les monstres sont finalement arrivés à bon port, où ils ont été offerts en grande pompe au grand roi Hamaraban, qui fit construire ce bassin pour les accueillir.
— Et ils y ont survécu ? Au harnais, au voyage, aux tempêtes ?
— Il faut bien croire que oui, Majesté, puisque nous les avons sous les yeux aujourd’hui. Les bêtes ont, pendant des années, suscité la curiosité des sages et des savants de toute la mer du Zaban. Les plus éminents philosophes ont débattu quant à leur nature : s’agissait-il de dieux, de monstres, ou de simples animaux des profondeurs que la tempête aurait fait sortir de leur repaire ? Plus les années passaient, et plus les bêtes grandissaient, épaississant le mystère. Et finalement, elles sont tombées dans l’oubli, puis dans la légende ; mais elles sont toujours là aujourd’hui, et je pense qu’elles y seront quand nous tous aurons disparu…

Le prince fit quelques pas vers le bord, et l’eunuque le suivit. A leurs pieds, les monstres continuaient de s’ébattre, se disputant les derniers morceaux de poisson.
— Tu es un bon conteur, eunuque. Je ne sais pas si ce que tu racontes est vrai, mais tes histoires me plaisent.
— Merci, Majesté, se rengorgea l’eunuque.
— C’est à mon tour, maintenant, de te raconter une histoire.
— Selon votre désir, Majesté.
— Elle parle d’un homme qui, un jour, se rasa la barbe, le crâne et les aisselles, pour se faire passer pour un eunuque. Ainsi déguisé, l’homme s’introduisit au palais ; il voulait attirer le fils du roi dans un endroit reculé, et il réussit, car celui-ci était naïf, et il n’avait pas peur de se promener seul avec ses courtisans. Là, il le berça de contes et de légendes, espérant détourner son attention de ce qu’il se préparait

Le prince tourna son regard vers l’eunuque, dont le visage avait perdu toute couleur.
— Tu connais la suite ?, reprit-il. L’eunuque poignarde le prince et jette son corps à l’eau. Il part en hurlant qu’il y a eu un accident tragique ; les gardes arrivent, trouvent le fils du roi mort, et quand ils pensent enfin à rechercher celui qui les a prévenus, ils se rendent compte que personne au palais ne le connaît et qu’on ne sait pas où il a disparu. Allons. Tu m’as vraiment pris pour un idiot. Tu pensais que je t’accompagnerais sans prévenir quiconque ? Sans penser à me prémunir d’une tunique capitonnée sous mes vêtements ?

L’eunuque recula de trois pas, tremblant et livide – puis il se jeta en avant, l’arme au poing. Le prince le saisit au poignet et l’obligea à lâcher prise. Puis l’agresseur se laissa tomber à terre, gémissant.
— Grâce, seigneur ! Grâce !
Le prince le lâcha puis le poussa du pied, le faisant rouler jusqu’au bord du bassin sans qu’il y tombât.
— Relève-toi, et hors de ma vue ! Tu sauras qu’il faut faire mieux que ça pour m’avoir la prochaine fois.
L’homme déguerpit ventre à terre sans demander son reste.



Le prince s’était assis en tailleur pour regarder les deux bêtes terminer leur repas. Elles ne l’impressionnaient plus vraiment ; en fin de compte, elles étaient bien moins terribles que la plupart des autres résidents du palais, et elles au moins, on les tenait enfermées.
Après un moment, il entendit derrière lui le pas discret du capitaine de la garde.
— Nous vous cherchions, mon prince, fit le capitaine en s’inclinant révérencieusement. Nous avons arrêté un homme qui essayait de quitter le palais et avec lequel, apparemment, vous auriez eu maille à partir.
— Ce n’était rien, répondit le prince en se levant. Laissez-le donc partir, il ne représente pas de danger ; et ainsi je ferai savoir à tous les autres que je suis apte à me défendre seul.
— N’a-t-il pas essayé de vous tuer ?
— Si. Et dire, soupira-t-il, qu’il y a moins d’un mois mon père n’était pas roi, que je n’étais qu’un officier comme tant d’autres, et que c’était sur le champ de bataille que je défendais ma vie. Je n’étais pas encore réduit à me battre dans mon propre jardin contre des eunuques et des assassins de mascarade.
— Vous devriez vous estimer heureux, mon prince. Il aurait pu réussir, et cela aurait porté un coup rude à votre père, alors que sa prise sur le trône est encore mal assurée.
— Allons. Je n’ai pas la prétention de m’y connaître, mais cet homme n’avait rien d’un tueur professionnel. Il a essayé de tromper ma vigilance avec des contes à dormir debout, puis s’est enfui dès qu’il a senti qu’il avait perdu l’avantage. La mise en scène était grossière ; et cependant, certains détails me troublent. Il était, étrangement, bien renseigné sur certains points. Et pourquoi les esclaves lui ont-ils obéi ? Ils savent pourtant mieux que quiconque qui fait ou pas partie du personnel du palais. Peut-être avaient-ils reçus des ordres d’un contact dont l’homme disposait au palais … Mais c’est votre travail d’enquêter à ce sujet, non ?

Le prince vit que le capitaine ramassait quelque chose au sol.
— C’est son arme, n’est-ce pas ? Je ne serais même pas surpris qu’elle soit émoussée.
— Elle ne l’est pas, répondit le capitaine en s’approchant. Contre lui, vous avez pu résister, mais contre moi ? Il me suffirait de vous en percer le corps et de vous jeter dans le bassin, comme l’eunuque aurait du le faire ; et puisque nous le tenons déjà, je n’aurai plus qu’à l’accuser. Personne n’ira le croire lui plutôt que moi.

Le prince inspira posément, les bras croisés, et le défia du regard.
— Vous n’oseriez pas.

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MessageSujet: Re: Le Bassin   Dim 17 Jan - 13:14

Je suis impatient de connaître la suite... Il y en a une, n'est-ce pas ?
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MessageSujet: Re: Le Bassin   Lun 18 Jan - 21:44

Non, ça se termine ainsi. La chute est brutale, et laisse volontairement le lecteur dans le doute.

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MessageSujet: Re: Le Bassin   Mar 19 Jan - 21:12

affraid

Soudainement j'ai envie d'être très méchant (moitoi).

Est-ce normal docteur ?
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MessageSujet: Re: Le Bassin   Mer 20 Jan - 19:56

La suite n'avait que peu d'intérêt. Soit ça devenait l'histoire d'un salopard qui tue un prince, soit c'était l'histoire d'un prince qui survivait. On s'en fout qu'il vive ou meure en fin de compte, l'essentiel c'est la trahison, et le lecteur retient la tension finale.
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MessageSujet: Re: Le Bassin   Mer 20 Jan - 21:49

Je te l'accorde, et serais même prêt à te soutenir sur ce point, mais je ne peux m'empêcher d'être infiniment frustré lorsqu'une histoire qui s'annonce bien est aussi brutalement interrompue.

Qui plus est cela pourrait être intéressant de connaître les motivations réelles de l'un comme de l'autre de tes personnages.

Cela dit, encore une fois, je comprends la démarche autant que je le peux et ne serait pas prêt à t'ennuyer sur ce point plus longtemps... Néanmoins sache que je saurais m'en souvenir
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