Les Flammes de la Guerre

C'est une époque sombre et sanglante, une époque de démons et de sorcellerie, une époque de batailles et de mort. C'est la Fin des Temps.
 
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 Le Collier

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Arduilanar
L'Effrayant
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Nom: Arduilanar
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MessageSujet: Le Collier   Lun 24 Aoû - 9:40

Huliam mar Kubshuli était un homme comblé. Il avait tout ce qu’un homme de son rang pouvait souhaiter posséder : une entreprise florissante, trois galères marchandes, deux entrepôts, trente-deux esclaves, douze chevaux, une demeure luxueuse sur la colline de Kamil… Et des femmes. Ha ! Elles étaient au moins autant une malédiction qu’une bénédiction. Huliam n’aurait évidemment pas pu se passer d’elles : à Aqram, être un homme sans femmes, c’était au moins aussi mal considéré qu’être pauvre. Et pourtant, il lui arrivait de se demander si tous les efforts auxquels il consentait en valaient la peine, en fin de compte…
Mais l’heure n’était pas aux doutes. Huliam mar Kubshuli allait partager sa soirée avec Irimmu, l’une des plus célèbres courtisanes d’Aqram, dont toute la Ville louait la redoutable beauté – et craignait le non moins redoutable caractère. Mais Huliam n’était pas homme à reculer devant un défi, et il avait dans sa manche un atout apte à subjuguer la belle.
Rien que pour elle, il avait passé commande auprès du plus habile orfèvre du Quartier des Artisans d’un collier. Pas un de ces banals colliers de perles d’ivoire ou de cornaline comme presque toutes les femmes d’Aqram en portaient ; encore moins un de ces assemblages de breloques de verre et de bronze dont les créatures du bas peuple se paraient. Non, le collier que Huliam avait choisi pour sa douce amie étalait son opulence sur trois rangs, étincelant d’argent, rutilant de turquoises saromites. Les bijoutiers étaient allés chercher le minerai le plus pur, les gemmes les plus colorées – une petite folie qui lui avait coûté quinze statères d’or, soit sept cent vingt drachmes ! Huliam mar Kubshuli aimait offrir des bijoux ; et il espérait qu’Irimmu, de son côté, apprécierait de se voir offrir celui-ci.

C’est aux premières heures du soir que le marchand se présenta chez la courtisane, sur une litière à quatre porteurs. Le gardien de la maison le fit entrer et le conduisit silencieusement jusqu’au salon, où Irimmu attendait lascivement étendue sur des coussins.
— Huliam mar Kubshuli, l’accueillit-elle avec le sourire. Cruel, tu m’as laissée me languir de toi pendant plus d’une semaine.
— Les plaisirs que l’on attend longtemps sont ceux que l’on savoure le mieux, ô Irimmu.

Huliam prit place sur les coussins, à la distance qui convenait de son hôtesse, pendant que ses esclaves déchargeaient les cadeaux qu’il avait apportés. Ils disposèrent sur la table basse incrustée d’ivoire les plats raffinés issus de la cuisine du marchand : pâtés de grives, feuilletés au fromage d’ânesse, beignets d’agneau à la cannelle et à la mente, fruits marinés dans le miel et la liqueur d’abricot ; dans un grand cratère, ils versèrent le précieux vin de Sippar et le mélangèrent à de l’eau fraîche. Mais Huliam n’avait d’yeux que pour sa belle. Comme elle était séduisante ! Ses yeux en amande pétillaient avec malice ; elle avait paré ses boucles brunes de perles d’ambre, et ses bras graciles de bracelets dorés. Seule sa gorge, largement découverte par sa tunique de lin, était restée nue de bijoux, et Huliam y vit un présage favorable pour le présent qu’il comptait faire.

— Tu me gâtes, fit Irimmu en lui levant sa coupe. Est-ce pour te faire pardonner d’avoir si longtemps retardé ta venue ?
— Quand on dîne avec la plus belle femme d’Aqram, c’est la moindre des choses que de veiller à lui offrir un repas digne d’elle !
— La plus belle, vraiment ?, rit la courtisane. Je ne manque pourtant pas de rivales. Dans ses poèmes, Arritum prétend qu’il n’y a pas femme plus belle que Neshtu dans toutes les cités de la mer du Zaban ; et Dian, lui, ne jure que par Kanna et par l’éclat de ses yeux verts.
— Les poètes ne sont que des idiots, répondit Huliam que le vin enhardissait. Arritum va chercher son inspiration dans les bras des catins du port, et on dit de Dian qu’il préfère les hommes. Veux-tu que je me fie au goût de tels personnages ? Je préfère croire ce que mes yeux me disent : qu’il n’est, ni ici ni ailleurs, femme plus charmante que toi.
— Flatteur !

Irimmu pencha sa tête en arrière, dévoilant son cou délicat ; et Huliam, sous ses lourds vêtements de soie, commença à trouver qu’il faisait chaud. La courtisane remarqua le trouble qu’elle lui inspirait, et cela ne semblait pas lui déplaire.
— Pourquoi ne t’approches-tu pas de moi ? Nous ne sommes pas à un banquet. Les seules convenances qui s’appliquent ici sont celles dont je décide, et je te veux à mes côtés.
Huliam s’exécuta, ravi. Il huma avec délice les effluves de son parfum, reconnaissant les notes de genièvre, de genêt et de myrrhe.
— Ton parfum vient de Dahir, n’est-ce pas ? Il paraît que là-bas, ils le réservent aux temples, et en oignent les statues de leurs dieux. Peut-être est-ce pour cela qu’il te va si bien : parce que ta beauté est divine, ô Irimmu.
— Décidément, tu as enduit ta langue de miel avant de venir me voir, répondit-elle malicieusement. Tu aurais dû devenir poète plutôt que marchand !
— Les poètes n’ont que leurs mots à offrir. Mais moi, j’ai autre chose pour toi…

Délicatement, Huliam prit sa belle par les épaules pour la tourner dos à lui. Puis, enfin, il lui ceignit la gorge du collier de turquoises qu’il attendait de lui offrir.
Irimmu y porta la main, émue :
— Oh, Huliam...
L’un des esclaves du marchand s’approcha un miroir de bronze poli à la main, afin qu’elle pût s’admirer. Les yeux de la courtisane scintillaient, illuminant son visage, et ses doigts ne quittaient pas les pierres comme s’ils doutaient encore de leur réalité.
— Il est magnifique... C’est un bijou de reine, Huliam.
— Il n’y a pas une seule femme dans cette Ville qui en ait un semblable. C’est parce qu’aucune d’entre elles ne t’arrive à la cheville, répondit galamment le marchand.
— Huliam – et la voix d’Irimmu s’était faite implorante – Huliam, étais-tu sincère quand tu disais qu’il n’y avait pas à tes yeux de femme plus belle que moi ?
— On peut remettre en cause la parole d’un marchand. Mais jamais celle d’un homme amoureux.

Avec une lenteur mesurée, la belle approcha ses lèvres de celles de son amant. Le baiser qu’ils échangèrent fut long, délicieux ; Huliam laissa courir ses mains le long du dos de la courtisane, sentant la chair chaude sous la finesse du tissu, pendant qu’Irimmu enserrait son cou de ses bras. Enfin, comme à contre cœur, elle se sépara de lui.
— Allonge-toi et ferme les yeux, demanda-t’elle avec sensualité.
Pendant que le marchand se pliait à sa demande, le cœur battant et le sourire aux lèvres, Irimmu se leva et saisit à deux mains le lourd cratère de vin. Dont, sans ménagement, elle jeta tout le contenu au visage d’Huliam.
— Qu’est-ce que ?!
— Le baiser, c’était pour le collier, répondit-elle en le toisant. Le vin, pour t’être joliment moqué de moi. Crois-tu que j’ignore qu’il y a trois jours, c’était à cette traînée de Dashtar que tu offrais des bijoux et que tu susurrais qu’il n’y avait pas femme plus belle qu’elle dans tout Qaresh ?
Le marchand, hébété et dégoulinant de vin, essayait vainement de sécher sa figure avec sa manche de soie brodée.
— Mais... je... tu... Tu savais donc ! Et depuis le début ! Et tu m’as laissé te courtiser toute la soirée, comme un imbécile !
— Ta traîtrise méritait punition appropriée ; tout comme ton collier méritait ce baiser. On m’a appris à toujours remercier pour ce que l’on me donnait.
— Tu ne le répéteras à personne, n’est-ce pas ? demanda finalement Huliam avec amertume.
— Je tiendrai ma langue. Mais lorsque nous nous croiserons à nouveau, je veillerai à toujours porter mes turquoises : je ne voudrais pas que tu oublies trop facilement ton humiliation.
Puis, s’éloignant elle ajouta avec un rire :
— Allons, Huliam, ne prend pas cet air malheureux. Ton cadeau m’a plu et tu as eu ton baiser. N’était-ce pas ce que tu pouvais espérer de mieux pour cette soirée ?

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Amarthan Locëcundion, Fils du Dragon
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