Les Flammes de la Guerre

C'est une époque sombre et sanglante, une époque de démons et de sorcellerie, une époque de batailles et de mort. C'est la Fin des Temps.
 
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 La Tempête

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Arduilanar
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MessageSujet: La Tempête   Mar 19 Avr - 9:46

La Tempête







Les hommes en bleu se serraient les uns contre les autres, tandis qu’au dehors le vent du désert soufflait rageusement, charriant le sable rouge qui venait crépiter contre les murs de toile. Le braséro au centre de la tente venait éclairer des visages sombres et usés, tannés par le soleil et érodés par le désert : ceux des patrouilleurs d’Amarah. Ils étaient de tous âges, et de toutes origines ; jeunes conscrits ayant joué de malchance lors du tirage au sort de leur affectation, criminels venus purger leur dette envers l’Empire, vétérans à la peau comme du vieux cuir mais aux yeux perçants.
Sans distinction pourtant ils se blottissaient dans leurs manteaux de laine indigo, car si les jours du désert était d’une chaleur infernale, les nuits étaient glaciales, et chacun tentait de trouver un peu de réconfort dans la triste pitance qui remplissait leurs bols : galettes de pain rassis et brouet de fève aux oignons.

— Le vent souffle toujours comme ça ? demanda un garçon aux joues encore roses, une toute jeune recrue venue des douces terres du Sud. Je veux dire, ça fait déjà trois jours qu’on a quitté la citadelle, et il n’a pas l’impression de mollir.
— C’est ça le désert, finit par lui répondre un homme plus âgé en reniflant par-dessus son bol de soupe. Pas de collines, pas de jolies petites palmeraies pour arrêter le vent : rien que des broussailles, et du sable, du sable, du sable. Va falloir t’habituer, parce qu’ici le vent te lâchera jamais.

Le vieux Pidar trempait son pain dans sa soupe pour réussir à le manger malgré ses dents manquantes, tout en suivant la conversation.
— Ca mon garçon, intervint-il, ce n’est pas du vent, non, non. Le vieux Pidar patrouillait déjà que ta mère n’avait pas encore connu le loup, et il en a vu, oui mon garçon. Ce qu’on a là, ce n’est pas du vent, tout juste un pet d’âne.
— La barbe, vieux bouc ! grogna Zal le Karmandari. Je te préviens, l’ancêtre, tu n’as pas intérêt à nous sortir une autre de tes histoires.
— Quand j’étais plus jeune, poursuivit le vieil homme qui fit mine de ne rien avoir entendu, aussi jeune que toi, peut-être même plus jeune encore, nous sommes partis en expédition sous les ordres du capitaine Darzima. Je suis sûr que pas un de vous n’en a entendu parler, jeunots que vous êtes, mais c’était un grand homme, fin, rusé, et il connaissait Amarah comme sa poche. Pour cause, il l’avait parcourue de long en large cette plaine, de Karmandar jusqu’aux marches orientales, à Daab et à Kanbar. Mais la tempête qu’on a essuyée à ce moment-là, même lui il avait jamais vu ça.

Zal jura et partit finir sa ration à l’autre coin de la tente, vers son couchage. Aussitôt les hommes se rapprochèrent les uns des autres pour combler l’espace vide qu’il avait laissé dans le cercle.

Le vieux Pidar ne savait pas si quiconque l’écoutait, cependant il reprit son récit, un peu pour lui-même :
— Ca a commencé tout doucement, rien de bien impressionnant. Juste un peu de poussière à voler, tout comme ces derniers jours. Puis le vent s’est levé, timidement au début, comme une pucelle qui lève sa jupe sans oser dépasser le mollet. Mais ça n’en est pas resté là, oh non, croyez-en le vieux Pidar. Il y a eu de plus en plus de vent, et de plus en plus de sable. On en avait partout, dans les yeux, le nez, les oreilles, dans notre bouffe et sous nos vêtements ; on en était farcis de cette saleté rouge. Au bout de trois jours, le nuage voilait le soleil. Au bout de cinq jours, on aurait même plus su dire où qu’il était, le soleil, hé. C’est là qu’y en a qui ont commencé à avoir peur.

D’autres hommes, ayant fini leur triste repas, quittèrent l’assemblée pour aller se coucher, et le cercle se resserra à nouveau.
— On s’était réfugiés dans une vieille citadelle, le temps que la tempête de sable se calme. C’était quoi son nom déjà, hé ? Arga-quelque chose… Argayastan, peut-être bien. Pas vraiment une citadelle, d’ailleurs, que c’était. A l’époque déjà, ça avait l’air d’une ruine, oui, une ruine sinistre et connue pour être hantée. Mais enfin, quel choix on avait, hein ?
Pidar mâchonna un instant un morceau d’oignon, l’air pensif.
— Et là, hé… C’est là que les choses sont devenues sérieuses. Nuit et jour le vent cognait contre les murs de la forteresse, bam ! Bam ! On avait confiance au début, de bons murs d’adobe qui avaient traversé les ans, ça pouvait pas tomber comme ça. Après on a commencé à s’inquiéter. Bam ! Toujours le vent qui cognait, et nous qui n’y voyions plus rien, après une semaine on a perdu le compte des jours et des nuits. Et ça voulait pas se calmer, oh non ! Ca cognait et ça cognait, et le sable s’infiltrait dans chaque fissure, chaque trou de souris, et nous on se demandait ce qu’on avait bien pu faire pour vexer les dieux comme ça. Et le capitaine Darzima, c’était un vrai roc, il nous disait qu’il en avait vu d’autres, qu’une tempête ça dure jamais toujours. Et on avait envie d’y croire, parce qu’on l’aimait bien, un grand homme, le capitaine.

Il ne restait à présent que les plus lents à finir, et les premiers ronflements se faisaient déjà entendre sous la tente – les ronflements, et le sable qui venait toujours frapper la toile. Pourtant le vieux Pidar continuait, à mi-voix et le regard vide.
— On a fini par perdre les pédales. On voyait le bout de nos rations, mais c’était pas le pire, oh non. Le vent, toujours le vent, et le sable rouge… On n’osait même plus sortir, pas même pour pisser – dehors, avec toute la poussière, on pouvait même pas voir sa propre queue. Du coup, l’odeur à l’intérieur, hé ! Mais le capitaine nous laissait pas faire, il nous faisait monter la garde sur les vieux remparts, même si on aurait pas pu voir une armée à nos pieds. Enfin, il a fini par se résigner, quand ceux de garde sont plus revenus. Y en avait pour dire qu’ils avaient fui, même si c’était pas croyable, et d’autres que le vent les avaient fait tomber et qu’ils avaient été ensevelis. On est pas allés vérifier, oh non. Mais je les entendais… J’entendais des voix, pas des voix agréables, ça non, qui parlaient dans le vent. J’ étais jeune mais pas idiot, ni froussard, parole, mais je me suis quand même demandé, tiens, s’ils avaient pas simplement sauté des murs, mes frères d’armes. Après la troisième disparition, le capitaine a voulu doubler les gardes, mais personne a voulu le suivre, non non, et il s’est résigné, même si c’était pas le genre d’homme qui se résigne. Il faisait peine à voir, d’ailleurs, notre capitaine, l’avait l’air à demi mort à la lueur des lampes à huile, et tout suant, comme pris par la fièvre. Il était pas le seul pas bien, faut dire, les hommes étaient agressifs, se battaient pour un rien, et y en avaient même qui déliraient. Et puis… et puis à un moment on a épuisé nos réserves d’huile. Et on s’est retrouvé dans le noir. J’étais avec le capitaine et six gars, je m’en souviens encore bien, terrés comme des cafards dans une vieille tour, à écouter les murs geindre et craquer sous la force du vent. Puis le capitaine… Il a dit qu’il y avait forcément du bois sec, une réserve, quelque part dans la vieille citadelle, qu’il fallait aller voir, qu’on pouvait pas rester comme ça, dans le noir, comme des bêtes. Mais personne a levé la tête, on a fait mine de pas entendre. Et ce qu’il a fait, ah… Il s’est levé, et il a dit que c’était ce que les dieux voulaient. Et il est sorti de notre abri. Le vent soufflait si fort, on imaginait pas comment il pouvait placer un pied devant l’autre. Mais personne est venu l’aider, non. On a pas bougé. Et le lendemain… le lendemain… le lendemain…

Le vieux Pidar se mit à ronfler. Il ne restait plus personne autour du braséro dont les flammes vacillaient, à part le garçon du Sud, qui frissonnait dans son manteau. Il finit par secouer l’épaule du vieux soldat :
— Raconte la fin, dis ! Alors, le lendemain ?
— Hein, quoi ?... – Le vieux laissa échapper un long rot sentant l’oignon. – Le lendemain, bé… bé il y a eu un lendemain, déjà. On a vu les rayons du soleil percer à travers les interstices de la porte. Et on en croyait pas nos yeux. On est sortis, comme des fous, et la lumière nous brûlait les yeux, parce qu’on ne l’avait plus vue depuis une éternité. Et le silence. Le vent s’était tu, et le silence était assourdissant. On s’est regardés, et on était maigres, plus crasseux que des vieux mendiants ; et dans nos yeux à tous, y avait quelque chose de pas ordinaire, qui faisait peur à voir. Et… Ah, oui, quand on est sortis. Et bah, mon garçon, on a vu les empreintes sur le sable rouge qui recouvrait la cour. Parfaitement nettes, comme s’il venait de passer. C’était les empreintes du capitaine, forcément, même si c’était bizarre que le vent les ait épargnées alors qu’il était sorti en pleine tempête. Allons le retrouver, on s’est dits, il peut pas être loin, alors on a suivi les traces. Elles traversaient toute la cour, et même la grande porte, et elles continuaient dans le désert. Et là tout le monde a eu peur, mais moi j’étais jeune, je me croyais malin, alors je suis parti devant, j’ai continué à suivre…

Le vieux Pidar fit une longue pause, et le garçon du Sud crut qu’il s’était à nouveau endormi. Mais il finit par reprendre la parole, et sa voix n’était plus qu’un murmure :
— J’ai suivi les traces, qui allaient droit vers les dunes. Elles étaient nettes, parfaitement dessinées sur le sable rouge, c’étaient les seules visibles, je pouvais pas me tromper. Je suis arrivé sur les dunes, et puis… puis…
— Et tu as trouvé le capitaine ?
— Hein ? Oh, non. Je n’ai rien trouvé, mon garçon. Rien. Plus une trace de pas, pas un seul os, ni un seul morceau de chaussure. Rien que le sable, rouge, lisse, jusqu’à l’horizon – disparu, le capitaine, envolé ! Alors j’ai pris mes jambes à mon cou, j’ai dit aux autres qu’il fallait partir, et c’est ce qu’on a fait. Et j’y suis jamais retourné, oh non, crois-en le vieux Pidar. Pas pour tous les joyaux du Darshah que je le ferais, d’ailleurs.

Puis le vieux Pidar alla se coucher, à son tour, et il ne resta que le garçon du Sud, seul dans le noir. Il gagna sa couchette, mais le sommeil ne lui venait pas. Il entendait toujours le sable crisser contre les parois de la tente, et la plainte mélancolique du vent.
Après un long moment d’insomnie, il n’y tint plus, et se leva pour se faufiler discrètement jusqu’à la couchette du vieux Pidar.
— Tu n’as pas tout dit, n’est-ce pas ?, souffla-t-il à voix basse. Pourquoi le capitaine est-il allé vers les dunes, qu’est-ce qui lui a pris ? Et comment est-ce qu’on peut disparaître comme ça ?...
Le vétéran ne dormait pas non plus, puisqu’il lui répondit :
— Il y a des choses dans ce désert, mon garçon, qu’il ne faut pas chercher à comprendre. Crois-en le vieux Pidar, ça ne t'apportera rien de bon d'essayer.

_________________
Amarthan Locëcundion, Fils du Dragon
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