Les Flammes de la Guerre

C'est une époque sombre et sanglante, une époque de démons et de sorcellerie, une époque de batailles et de mort. C'est la Fin des Temps.
 
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 Le Duel

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Arduilanar
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MessageSujet: Le Duel   Mar 19 Avr - 9:47

Le Duel






L’Amarante avait parcouru bien des lieues dans le désert, juché sur le dos de son onagre, et ses outres en peau de chèvre pendaient flasques et vides : il était temps de les recharger, car la route qu’il avait à faire était encore longue. Orientant sa course à travers l’étendue rouge, se fiant au soleil et à l’axe des dunes, il mit donc le cap sur le chadouf de Yakhsu.
Sa bête attachée à l’axe qui servait de support au balancier, l’homme pencha sa tête au-dessus du puits, humant la fraîche moiteur qui en émanait dans l’air chauffé à blanc de l’après-midi. La source n’avait point tari. L’emplacement était certes méconnu, abreuvoir à bétail trop éloigné des routes caravanières, pourtant son eau était toujours disponible et pure, et dans le désert la chose était d’une valeur inestimable.
Se redressant, l’Amarante actionna le contrepoids, appliquant la légère pression nécessaire à la bascule du balancier – et c’est alors qu’il vit, surgissant des dunes, l’étranger vêtu de jaune.

Le Kharmizi avait longuement marché. Combien de jours, combien de nuits ? Il n’était plus capable de s’en rappeler. Deux, peut-être trois, lui soufflait ce qu’il lui restait de raison, mais n’était-ce pas plutôt cent ou mille ? Sa vie n’avait-elle pas été qu’un éternel et cruel parcours tracé à pied dans le sable rouge d’Amarah ?
Non, il s’en souvenait à présent, ces étendues arides il les avait autrefois traversées à dos de chameau, fier gardien de caravane. Fier il l’avait été, certes, jusqu’à cette attaque de pillards, cette embuscade tendue par les bandits amarantes dans laquelle le convoi était tombé. Les hommes du désert étaient trop nombreux, avait tout de suite compris le Kharmizi, aucune chance de victoire n’était envisageable : aussi, plutôt que de se battre jusqu’à la mort comme il s’y était engagé, il avait fui, lâchement, pour sauver sa vie. Et pour quel résultat ? Privé de sa monture abattue d’un tir de javeline, ses réserves d’eau épuisées, il allait mourir tout compte fait, mais dans la honte et l’opprobre plutôt qu’en honorant son devoir.
Tenaillé par une soif qui, lentement, le torturait et le consumait, il suppliait les dieux de bien vouloir lui offrir une nouvelle chance, peu en importât le prix. Et alors que tout espoir semblait vain, se découpant sur le ciel par une ouverture entre les crêtes sableuses, il aperçut le puits, et le barbare à peau sombre qui s’y tenait accolé.

Les deux hommes se jaugèrent d’un regard.

Le visage mat de l’Amarante exprima sa surprise, devant cet homme mystérieusement enfanté par la plaine brûlante. Il se saisit de sa lance ; puis, lentement, il recula de la margelle du puits pour venir se placer entre sa monture et le nouveau venu, l’arme tendue dans une posture de défi.
Le Kharmizi, lui, ne manifestait aucun signe perceptible d’émotion, ses traits dissimulés par le voile porté sous son casque à nasal. Seuls transparaissaient ses yeux fardés, brûlants de fièvre : son regard ayant glissé sur le sauvage comme l’eau sur la pierre, il s’était fixé obstinément sur le puits à balancier et sur la monture retenue par sa longe, réponses inespérées des dieux à ses prières d’homme condamné.

Le Kharmizi fit un premier pas vers le chadouf, puis un second. Seulement alors montra-t’il qu’il avait pris mesure de la présence de l’autre homme. Il dégaina son épée – il avait abandonné sa pique lors de l’attaque de la caravane – et la brandit dans une attitude qui se voulait menaçante.
— Décampe ! ordonna-t-il, usant des rares mots qu’il connaissait dans la langue du désert. Va-t’en !
Mais sa gorge était sèche, ses lèvres crevassées, et les son rauques qu’il produisit n’impressionnèrent pas l’Amarante. Celui-ci commença même à se rapprocher, l’arme dressée, faisant cliqueter ses parures d’os et d’ivoire. Puis, alors qu’il n’était plus qu’à une trentaine de coudées, le barbare s’arrêta, frappa le sol de sa lance et répondit, meuglant de la pleine force de ses poumons.
Le mugissement déchira l’air, vibrant. Le Kharmizi ne reconnut pas la locution employée, peut-être même ne s’agissait-il pas de mots mais d’un simple borborygme. La teneur, pourtant, en était particulièrement limpide : « Je suis fort et tu es faible, fuis ou tu en paieras le prix. »
Khurzait le dieu-soleil exprimait là sa volonté : avant d’atteindre le salut promis, il allait devoir passer cette épreuve ; tel était le prix pour expier sa faute.

L’Amarante vit que l’étranger ne reculait pas. Cela le satisfit. Son accoutrement le désignait comme un combattant - sans doute un garde de caravane, car il ne portait pas les couleurs de la Patrouille. Il allait donc lui offrir une mort digne d’un guerrier : l’homme jaune allait rejoindre ses ancêtres dans l’honneur, et se verrait épargné la fin humiliante due à la soif.
Entonnant son chant de guerre, l’Amarante chargea.

Machinalement, le Kharmizi songea à se protéger derrière son bouclier circulaire – avant de se rappeler qu’il l’avait égaré, lui aussi, lors de son errance à travers les dunes. En un instant l’Amarante était sur lui : pris au dépourvu, il para maladroitement le premier coup et subit le retour de la hampe dans les côtes. Le souffle coupé, il voulut répliquer à l’épée, mais le sauvage était vif comme un serpent et contra puis le frappa sous l’aisselle gauche, le transperçant de douleur et le forçant à reculer.

L’Amarante regarda son adversaire se redresser péniblement, portant la main à son côté. A travers l’ouverture béante percée dans la robe jaune, il vit briller un éclat cuivré : la pointe de son arme avait dévié, ricochant sur des plaques de bronze cousues sur une tunique. Voilà qui ressemblait bien aux hommes de l’Est ! Le métal dont ils se bardaient ne faisait que les rendre lourds et patauds, et les empêchait de se battre correctement. L’Amarante dévoila ses dents blanches en une grimace amusée.

Le Kharmizi vit le barbare sourire – sourire ! Cet animal à figure humaine osait le regarder de haut et se gausser de lui ; lui, un fier fils du Soleil ! Avec hargne il retourna à l’assaut, tirant sa force de sa colère. Une fois, deux fois, dix fois il voulut frapper, mais l’Amarante sautait à gauche et à droite comme une chèvre sauvage, et la pointe de la lance venait chaque fois barrer le chemin à sa lame.
Puis, l’ayant laissé s’épuiser, son adversaire revint à la charge : attaquant en haut, en bas, d’un côté puis de l’autre, ne lui laissant aucun répit ; faisant voler sa lance, le piquant à travers son armure ou le heurtant de la hampe. Une fois de plus le Kharmizi dut reculer, mettant un genou à terre et arrachant même son voile pour cracher du sang – futile tache carmin sur le sable écarlate.
Il lui fallait passer l’allonge de l’Amarante, s’il voulait le vaincre ; s’il voulait survivre. Mais il aurait aussi bien pu souhaiter que les étoiles brillassent en plein jour ou que le Zagar coulât à l’envers : le sauvage était plus rapide, plus fort et plus endurant, et contre cela il ne pouvait rien. Le Kharmizi sentait un marteau battre contre ses tempes, et sa vue devenait trouble, augures du dernier stade de la déshydratation. La fin approchait donc, inéluctable. Pourtant en tendant la main il aurait presque pu toucher la corde du puits, il l’aurait juré…

L’Amarante fut presque déçu de voir ce combat déjà toucher à sa fin alors qu’il avait à peine commencé. L’homme jaune avait du talent, c’était certain, mais le désert avait eu raison de ses forces et l’avait laissé incapable de se défendre. Il était temps désormais de lui accorder la faveur promise : une exécution propre et miséricordieuse. Lentement le guerrier se mit à tourner autour de son adversaire, avançant à pas mesurés, la lance levée ; l’autre, dont le sang s’échappait par cent éraflures, ne fit même pas mine de réagir. Puis l’Amarante frappa.

En silence, le Kharmizi adressait ses prières à ses dieux, à Khurzait et à Abanida, au Père Solaire et à la Fille de la Source. Pourquoi avaient-ils éveillé en lui un tel espoir, si c’était pour placer devant l’eau salvatrice un invincible gardien ? Etaient-ils cruels au point de le punir ainsi ? Il ne pouvait pas le comprendre, et il lui semblait inutile d’essayer de toute façon. La sagesse divine dépassait l’entendement des mortels, et il ne pouvait en fin de compte que se plier à leur décision.
Du coin de l’œil, il vit le sauvage entamer une dernière ronde, tel un prédateur autour de la proie qu’il s’apprête à abattre. Quand il ne le vit plus, il le suivit encore à l’oreille, percevant le son de chacun des pas souples dans le sable malgré son propre cœur qui battait à tout rompre. Puis l’Amarante s’arrêta dans son dos. « Maudit soit ce chien, songea le Kharmizi, il compte donc m’achever par derrière, comme si j’étais un mouton dans un abattoir. »
Une étincelle explosa alors en son âme. Il ne pouvait pas partir ainsi, pas sans se battre. Son crâne était sur le point d’exploser, ses yeux étaient devenus aveugles, et chaque parcelle de son corps lui faisait endurer une souffrance sans nom ; mais mu par l’énergie du désespoir il se sentit s’embraser, prêt à affronter le destin.
Il sentit arriver le coup de grâce, et roula sur sa gauche pour éviter. L’Amarante, qui ne s’y attendait certainement pas, ne frappa que le vide et s’en retrouva déstabilisé ; puis, en ayant profité pour se remettre debout, le Kharmizi chargea.

L’Amarante vit éberlué l’homme qu’il croyait déjà mort se jeter sur lui. Instinctivement, il voulut l’arrêter d’un coup de lance, et la pointe de métal brut vint percer une fois de plus la robe jaune pour venir se loger entre deux plaques de bronze, s’enfonçant dans la chair de l’épaule. Mais cela ne suffit pas. Son adversaire, les traits déformés par un accès de rage furieuse, l’écume aux lèvres et les yeux fous, continua d’avancer en s’empalant de lui-même sur le fer, comme insensible à la douleur ; et de ses dernières forces, il le frappa à l’estomac.
L’Amarante hoqueta de surprise, dans un gargouillis sanglant. Il remua la lance dans la blessure de l’homme jaune, déchiquetant les tissus, venant racler contre l’os, mais cela l’empêcha pas l’autre de retirer sa lame et de porter un deuxième coup. Dans un même ensemble, les deux hommes tombèrent sur le sable.

Un long moment les deux corps restèrent immobiles, serrés l’un contre l’autre, doucement caressés par le vent d’Amarah. Après une éternité, le guerrier amarante revint à lui et rouvrit les yeux – et croisa le regard dément du Kharmizi qui ne l’avait pas quitté.
Le fils du Soleil lâcha l’épée qu’il n’était plus capable de manier, et tâtonna de ses doigts gourds jusqu’à trouver le fourreau de sa dague. Puis, doucement, presque amoureusement, il vint en percer le corps de son ennemi, une première fois, une seconde, perdant rapidement le compte, l’esprit égaré, avant de sombrer tout à fait dans le néant.

La nuit était tombée sur les dunes, froide et silencieuse, lorsque le Kharmizi reprit connaissance, allongé contre un cadavre. L’homme se sentait à peine vivant lui-même, et cependant eut encore à se battre pour se dégager de l’étreinte crispée de son ennemi défunt. Il rampa sur le dos, la lance toujours fichée dans sa chair, le torturant ignoblement à chaque mouvement jusqu’à ce qu’il n’en pût plus et fût contraint de la retirer. Son hurlement perça les ténèbres, déchirant ses lèvres fendues et sa gorge crevassée, et pleurant sans larmes, il répéta à en délirer les litanies de Khurzait pour ne pas céder à un nouvel évanouissement.
Le puits à balancier dont il devinait encore les formes dans l’ombre n’était qu’à quelques coudées, mais jamais distance n’avait été aussi longue à parcourir. Pourtant il touchait enfin au but. L’onagre de l’Amarante était toujours là, lui aussi, solidement attaché ; quand il aurait bu et se serait reposé, l’animal serait sa chance de fuir cet enfer rouge. Quand il aurait bu…

Lorsque le Kharmizi sentit contre lui la margelle de pierres sèches, quand il entendit le clapotis de l’eau et en sentit la fraîcheur, l’espoir rejaillit dans son cœur presque douloureusement ; mais quand, incapable de se lever pour actionner le balancier, il eut à tirer la corde pour lever le seau de son seul bras encore valide, il crut que l’effort dépasserait ses forces, et vagissant et geignant il implora les dieux d’enfin mettre un terme à ses supplices.
En fin de compte cependant, rompu et moribond, il parvint à force d’acharnement à ramener jusqu’à lui la cruche grossière qui servait de contenant à l’eau. Il trembla de délice lorsque ses doigts touchèrent la poterie humide, défaillit de plaisir lorsqu’il posa sa bouche sur la céramique. Il lapa et aspira, avec toute l’ardeur dont on sait capable un assoiffé, sans réussir à atteindre le précieux liquide ; du mieux qu’il put, alors, il saisit le récipient pour l’incliner vers sa gorge. Pourtant l’eau tardait toujours à arriver.
Enfin il comprit. Levant toujours plus haut le réceptacle, les rayons de la lune vinrent heurter ses yeux abattus, brillant à travers le fond de la poterie.

La cruche était fendue.

_________________
Amarthan Locëcundion, Fils du Dragon
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